Atalante Chasseresse – Nouvelle fantastique mythologique – Partie I

Vous aimez la mythologie grecque ? Vous aimez les récits qui mettent en valeur de beaux portraits de femmes ? Voici le premier extrait d’une longue nouvelle centré sur l’une des figures féminines les plus connues des légendes grecques : l’Atalante Chasseresse.


Dans les semaines à venir, je vais vous dévoiler son histoire. En bonus, de nombreuses informations sur les mythes qui l’ont prise comme héroïne et sur le statut et la vie des femmes dans l’Antiquité grecque.


Avec, comme d’habitude, un peu de musique : de la lyre dans une composition qui imagine ce que pouvait être la musique dans la Grèce antique.


Bonne lecture !

Balade dans la Béotie antique

 

Pour commencer, je vous présente le cadre géographique du mythe d’Atalante : la Béotie !

La Béotie - Carte extraite du site de l'association Arrête ton char.fr, bourré d'infos sur les antiquités grecque et romaine.

La Béotie, c’est un bout de terre grecque au nord de la péninsule. C’est de ce territoire que nous vient le plus vieux mythe d’Atalante. Il existe en effet une autre version du mythe, plus tardive semble-t-il, qui serait issue d’Arcadie. L’Arcadie se trouve dans le Péloponnèse.


J’ai eu envie de développer le mythe de l’Atalante béotienne, notamment parce qu’on y trouve l’épisode de la course contre Hippomène. Nous verrons cela un peu plus tard !


La Béotie antique, qu’est-ce que c’est ? Elle se caractérise par l’omniprésence de la mer et de la montagne, comme le reste de la Grèce, avec toutefois une plaine plus vaste, celle d’Orchomène (l’une des cités belligérantes de ma nouvelle Le Dit de l’oracle). On y trouve aussi le lac de Copaïs, qui a été asséché au XIXe siècle et qui fournissait dans l’Antiquité un peu de fraîcheur dans les sécheresses estivales.


La Béotie, c’est aussi la fameuse triade méditerranéenne : le blé, la vigne, l’olivier. On y élève du gros bétail dans les montagnes et des porcs, des moutons et des chèvres dans le maquis. Sans compter le gibier, qui pullule : les lièvres, lapins, oiseaux en tout genre, les cerfs et les daims, et les sangliers, ours et lions qui ont fait la fortune du mythe d’Atalante.


Et, justement, allons la rejoindre, notre Atalante Chasseresse, qui s‘apprête à partir en chasse en contrevenant à toutes les règles qui régissent le statut de son sexe…

Une nouvelle dans la mythologie grecque

 

Son nom résonnait dans tout le palais.


« Atalante ! »


Il était amené par le vent étésien qui rafraîchissait l’ardeur torride de la saison chaude. Il le portait partout, ce vent, cette brise légère et caressante, qui faisait frissonner le duvet velouté des peaux moites de sueur.


« Atalante ! »


Il palpitait le long des murs, rebondissant durement d’une pierre à l’autre, ces belles pierres de calcaire gris-bleu arrachées au mont Parnasse. Il imprégnait chaque brique d’argile crue, il les traversait, il cherchait sa cible.


« Atalante ! »


Il avait des accents mâles, c’était la voix de l’anax Schœnée, son père, le prince. Et des notes plus minces, plus flûtées, plus douces, c’était les appels de ses femmes et, première d’entre elles, de sa nourrice qui l’implorait encore.


« Atalante ! »


Et Atalante faisait la sourde oreille.


Elle avait chaussé ses nébrides, ses bottes souples en peau de faon. Elle marchait sans un bruit sur les carrelages en mosaïques, passant de sa chambre au mégaron, puis aux antichambres. Les esclaves et les domestiques la regardaient passer puis, lorsqu’ils quittaient son regard, elle entendait le froufroutement d’une robe, le glissement pressé d’un pied sur le sol, et l’un d’eux s’en allait prévenir le prince. Atalante s’en allait encore ! Elle portait le chitôn court de la chasseresse, en lin plissé, qui laissait libre l’un de ses seins pour ne pas entraver ses mouvements. Elle avait le carquois d’ivoire en bandoulière, les javelots hérissaient son dos, l’arc ceignait sa hanche, ses longs cheveux étaient relevés au-dessus de sa tête pour laisser libre ses yeux d’épervier à l’affût !


Eh bien ! Était-ce si surprenant ?


Ils l’acculèrent dans la seconde cour, juste après qu’elle eut passé le premier porche à colonnes. Trop tard pour atteindre les propylées entre lesquels vibrait l’appel du dehors. Schœnée la rattrapa de sa voix tonnante.


« Atalante ! »


Ses femmes couraient pour la rejoindre, mais le moyen d’imposer cela à son glorieux père ? Tout athlétique qu’il fut encore, il aurait été plus ulcéré encore si elle l’avait contrainte à lui courir après. Et sous les yeux de toute la maisonnée ! Des soldats qui vaquaient à la garde, tout armé de bronze ! Des fonctionnaires qui étaient là rassemblés pour recevoir les contributions, le blé, l’huile, le vin, et des paysans venus les apporter ! Des artisans et esclaves qui façonnaient le bronze en lingots, ou lissaient l’argile au tour pour en faire des céramiques, ou fabriquaient chars et roues dans leurs ateliers !


Elle s’arrêta donc avant d’avoir franchi l’entrée monumentale et se retourna pour lui faire face. Les énormes blocs de pierre qui avaient présidé à la construction de la forteresse dans laquelle nichait le palais lui coupaient toute perspective. La base des murs était en maçonnerie, le reste en briques crues. Au-dessus du linteau de la grande porte, un grand relief monolithe en pierre grise occupait le triangle de décharge. Il représentait deux lions affrontés dont les pattes antérieures s’appuyaient l’une sur l’autre.
« Tu pars encore ! »

Atalante Chasseresse

 

Il était grand, son père, le prince Schœnée, fils d’Athamas à la divine lignée. De sa tunique courte émergeaient de longues jambes musclées et halées, qui avaient arpenté bien des contrées et des champs de bataille. Il dardait sur elle un regard de faucon, en croisant sur son torse des bras enserrés de bracelets d’or, d’argent et de cuir, que les muscles voulaient faire voler en éclats. Quel indice accusait l’âge sur ses traits féroces, si ce n’était un léger relâché des joues, quelques rides au coin des yeux et de longues mèches grises dans la chevelure brune ?


« Je vais chasser », répondit Atalante d’un ton plat.


Il la regarda de haut en bas tandis que ses femmes s’esquivaient, que les gardes et les artisans regardaient ailleurs, que les fonctionnaires et les paysans retournaient au comptage des herbes aromatiques, du miel, des épices. Nul n’avait envie de se trouver entre ces deux là quand ils prenaient leurs allures de grands fauves. C’est que la fille ressemblait au père, elle le savait : tout en puissance et en orgueil, de la tête aux pieds.


« Nous avions convenu de discuter des modalités de cette course que tu as choisie comme épreuve, répliqua Schœné d’une voix contenue. Puisque, enfin, tu consens à la possibilité d’une union !


— Tu ne m’en laisses guère le choix, père. Je ne veux pas me marier, tu le sais. Avec cette épreuve, tu constateras que ma volonté vaut bien la tienne.


— Nous ne reprendrons pas cette discussion, tout a été dit ! Tu ne peux pas rester parthenos plus longtemps ! Que deviendra mon nom si je meurs sans descendance ? Qui honorera ma mémoire, celle de mon père et de mes ancêtres ? Qui fera chanter les aèdes lors des banquets ? Et mon palais, et ma principauté, entre quelles mains échoueront-ils ? Il faut que tu ais un fils ! J’ai renoncé aux plus beaux hymens pour toi, alors celui-là qui te vaincra lors de cette épreuve, tu l’épouseras !


— Tu n’as pas eu de fils, et ce serait à moi d’en payer le prix », riposta Atalante avec amertume, en se détournant.


La main de son père l’arrêta sur le seuil. D’un tenant, elle recouvrait toute l’épaule de la jeune fille.


« Ma pais, dit-il à voix plus basse, calmée, affectueuse. C’est que j’aimais trop ta mère, ma tendre Clyménè, pour la répudier de n’avoir su me donner d’héritier mâle. Je l’aurais dû, je le sais. Tout homme finit par aimer son alochos, et moi j’ai aimé la mienne plus qu’il ne l’aurait fallu, trop pour mon propre bien. Voilà tout ce que je te souhaite de connaître avec ton époux. »


Atalante ne répondit rien. Elle ne lui jeta pas au visage les ombres de toutes ces petites sœurs exposées après elle, jusqu’à la dernière, parce qu’elles n’avaient pas eu la grâce de naître dotées de l’attribut désiré, et le cœur déchiré de sa tendre alochos à voir périr grossesse après grossesse le fruit de son ventre. Le fils n’était jamais venu.


Elle siffla. Son père marmonna, tandis qu’un grand chien fuselé, à la robe beige, sortait des écuries qui jouxtaient la cour. Il vint en trottinant, louvoyant entre les barriques de vins, les jonchées de menthe et les grands sacs en toile de jute qui regorgeaient de fenouil et de graines de sésame. Sa queue allait et venait joyeusement, sa langue pendante se réjouissait dans la gueule grande ouverte. Il s’approcha de sa maîtresse. Atalante lui caressa affectueusement la nuque.


« Une vraie femme-chienne, grommela Schœnée, toujours à aboyer, jamais contente, même lorsqu’on emploie tout à son bonheur, insociable et sauvage. Cigale, tu ne connais pas ta chance, toi dont la femelle a été dépourvue de voix par les dieux ! »


Atalante tourna les talons.

Atalante, immortalisée dans sa course contre Hippomène par Pierre Lepautre, collections du Musée du Louvre

Ce début vous a-t-il plus ? Retrouvez Atalante Chasseresse par ici ! Ou encore chez votre libraire préféré, pour la version papier intégrale. 🙂

Et n’hésitez pas à me laisser un commentaire si vous avez envie d’échanger autour de cette héroïne passionnante. 🙂

10 réflexions sur « Atalante Chasseresse – Nouvelle fantastique mythologique – Partie I »

    1. Merci Marie-Gaëlle ! Installe-toi confortablement, tu es la bienvenue ici ! Je ne suis pas surprise d’apprendre que tu aimes ce mythe. Dessinée par toi, Atalante serait superbe !

  1. Whaou, on s’y croirait ! J’ai tout lu d’une traite tellement c’est captivant ! J’ADORE !!! Encore, encore encore…

  2. Bonsoir,

    Je suis férue de mythologie grecque et pourtant, je connais peu le mythe d’Atalante. C’est super de pouvoir en faire une nouvelle sur son histoire!

    1. Merci de votre message Manon. 🙂 Il y a beaucoup d’épisodes différents dans le mythe d’Atalante, j’en ai sélectionné trois. J’espère que cette version vous plaira ! Si vous avez envie de lire la nouvelle en entier, vous pouvez vous inscrire à ma newsletter. Je compte l’envoyer en cadeau à mes abonnés lorsqu’elle sera prête. Bonne journée !

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