La Bostra romaine, une capitale de basalte en Arabie ! Sans transition, je vous propose d’aller la visiter. 🙂
Pour aller à Bostra
Bostra est d’abord la capitale de Rabbel II, le dernier roi nabatéen (70-106). Après l’annexion de ce royaume par Rome, la ville devient la capitale provinciale de l’Arabie romaine. On y vient de l’ouest en passant par Tyr, Césarée Panias et Adraha.
Elle est située dans un pays volcanique… et ça se voit ! Toute construite en basalte, Bostra est austère, mais pas sans charme. Sa pierre est grise, presque noire quand on vient de la tailler. Elle prend des effets colorés lorsqu’on l’associe au calcaire blanchâtre ou légèrement rosé venu du nord de la Transjordanie. D’ailleurs, les architectes et les urbanistes utilisent ces effets : on le retrouve dans les colonnades qui bordent la rue menant au théâtre ou encore dans le mur de scène de celui-ci.
Bostra est une ville fortifiée. Ses remparts ont été restaurés et renforcés au IIIe siècle, en même temps que ceux d’Adraha. Il faut dire que, de l’autre côté de la frontière, il y a les Perses, les ennemis jurés de Rome.
Balade dans la Bostra romaine
Passés les remparts, on se trouve sur une belle rue, presque droite. Elle est bordée de portiques. On arrive à un carrefour central : là, depuis l’époque des Sévères, il y a un arc monumental. Peut-être l’a-t-on érigé pour fêter la promotion de la ville au rang de colonie.
Le centre-ville est beau :
- un cryptoportique ouvrant sur le forum
- un macellum
- deux immenses thermes
- au sud, un théâtre hors-sol, qui ne s’appuie sur aucune éminence
Plus loin, nous voyons des sanctuaires, des réservoirs…
Les gens à Bostra
Beaucoup de soldats romains
La cité fait à peine 10 000 habitants et, pourtant, le théâtre abrite 9 000 places ! C’est que Bostra, même petite, est une capitale de province et, surtout, une ville de garnison. Les soldats sont majoritaires dans la population : on en trouve 5 000 à 6 000.
Le camp de la légion se trouve juste à côté de la ville, au nord. Il est même littéralement « collé » à la ville : la porte nord de Bostra est en fait la porte sud du camp.
Les légionnaires ne sont pas tout le temps à Bostra. Ils patrouillent parfois très loin dans l’immense Arabie, jusqu’aux postes de Hégra et de Dumata, soit à plus de 900 kilomètres de là ! Mais ils sont suffisamment nombreux dans la cité pour qu’on pense à eux. D’autant plus qu’ils ont de l’argent : on a retrouvé beaucoup d’épitaphes de qualité de ces soldats.
Or, que veulent-ils ? Des loisirs, des spectacles ! D’où les immenses thermes du centre-ville (alors qu’il y a aussi des thermes dans leur camp). D’où, aussi, le théâtre, l’amphithéâtre et l’hippodrome. En outre, Bostra organise deux concours à la grecque depuis le milieu du IIIe siècle :
- les Dousaria Actia en l’honneur de Dousarès, le dieu de la cité
- un concours sacré olympique (depuis la fin du règne de Valérien ou le début de celui de Gallien seul)
Les notables de la Bostra romaine
Parmi les notables de la cité, on trouve surtout de riches propriétaires fonciers. Ils possèdent de belles maisons dans les villages et s’y font parfois enterrer.
Ils ont des fonctions à Bostra (bouleutes, magistrats, liturges), mais ne mettent pas spécialement en avant ces titres dans les épitaphes. La mention « bouleute de Bostra » figure en abrégé (BB) surtout sur des stèles funéraires très simples. Visiblement, ce sont les stèles d’habitants modestes qui sont fiers d’avoir acquis ce statut, alors qu’il est banal chez les plus riches.
De façon générale, les notables n’essaient pas de paraître « grecs ». Ils gardent des noms araméens, parfois arabes.
Peu d’habitants de Bostra semblent avoir eu la citoyenneté romaine avant 212, date à laquelle l’Empire l’accorde à tous. Les seuls citoyens romains sont les vétérans qui ont fait souche et leurs descendants, et quelques familles de colons installés au IIe siècle. En effet, on a remarqué des opérations de cadastration dans la plaine : elles ont dû profiter à ces familles.
Quelques communautés religieuses
En dehors des païens qui sont majoritaires, il y a une communauté juive et une communauté chrétienne à Bostra.
- La communauté juive est assez importante. Le grands maîtres palestiniens viennent la visiter, comme rabbi Abbahu de Césarée. Rabbi Simon b. Yoçadak en est issu au IIIe siècle.
- La communauté chrétienne est précoce. Au début du IIIe siècle, on connaît l’évêque Bérylle de Bostra (qui se fait réfuter par Origène). On sait aussi qu’il y a eu un petit concile à Bostra grâce à des actes retrouvés en Égypte.
Bostra, ville marchande ?
Bien sûr, quelques caravanes font étape dans la Bostra romaine. C’est la première grande ville de Syrie pour les voyageurs qui viennent d’Arabie centrale ou orientale par le wādī Sirhān. Les fabricants d’outres de la ville sont d’ailleurs prospères : ils ont des sièges réservés au théâtre.
Mais ce n’est pas la voie principale des caravanes. Celles-ci viennent plutôt de l’Arabie Heureuse par Hégra.
L’activité caravanière est une activité secondaire par rapport au commerce des produits agricoles de la région. Les notables de Bostra sont de grands propriétaires plutôt que des grands marchands.
J’espère que cette découverte de Bostra vous a intéressé. 🙂 Pour plus de balade en antiquité grecque et romaine, retrouvez-moi deux fois par mois dans ma newsletter ! À bientôt. 😉
Sources : SARTRE, Maurice, D’Alexandre à Zénobie – Histoire du Levant antique – IVe siècle av. J.C. – IIIe siècle ap. J.-C., Fayard, 2001
Crédits image d’en-tête : vue panoramique du théâtre de Bosra – https://archeologie.culture.gouv.fr/proche-orient/fr/bosra
À PROPOS DE L'AUTEURE
Je suis Marie, passionnée d'antiquité et de mythologie grecque depuis l'enfance. J'ai acquis un gros bagage dans ce domaine grâce à mes lectures, innombrables, sur le sujet : ma bibliothèque compte plusieurs centaines d'ouvrages, sources antiques et essais historiques traitant de nombreux aspects de ces périodes anciennes.
Je suis également diplômée d'histoire ancienne et médiévale (Maîtrise, Paris IV Sorbonne). J'ai notamment travaillé sur l'antiquité tardive, le Bas Empire romain et la romanisation des peuples germaniques.

Je suis l'auteure de plusieurs romans et nouvelles, dont Atalante, qui réinterprètent et revisitent la mythologie grecque et l'antiquité.