Le Lion, une nouvelle fantastique dans l’Antiquité romaine – Partie I

Comme promis, voici une nouvelle lecture rien que pour vous ! Cette fois, je vous offre une courte nouvelle fantastique à lire en ligne dans son intégralité. Elle va vous plonger en pleine Antiquité romaine, une de mes périodes de prédilection. L’occasion d’en apprendre un peu plus sur cette période de notre histoire, qui est fascinante à bien des égards.

Comme elle est assez longue, je vous la proposerai en deux ou trois fois dans les prochaines semaines. 😉

(Pssst… si vous avez envie de la lire en musique, je vous conseille la BO de la série Rome !)

Une courte nouvelle fantastique à lire pour en apprendre plus sur l’Antiquité romaine

Un héros de la Carthage romaine

Pour la petite histoire, j’ai été maître de jeu de rôle pour des amis pendant quelques années. Je les faisais jouer en plein IIe siècle après J.-C., sous l’empereur romain Hadrien. Cette nouvelle relate ce qu’on appelle le background de l’un de mes joueurs (merci Sylvain !).

Le background, c’est l’histoire du personnage tel qu’elle est au moment où le joueur commence à jouer. Vous allez donc découvrir le superbe bestiaire Leo, alias Massi, héros de l’arène dans la Carthage antique.

Gladiateurs et bestiaires

Un bestiaire est un peu comme un gladiateur, si ce n’est que ces derniers affrontent des animaux sauvages, et non leurs semblables. Cette profession de l’arène est jugée moins noble, malgré tout le danger qui lui est attaché. On considère alors qu’il est beaucoup plus honorable de se battre contre des hommes que contre des animaux. Cela n’empêche pas les Romains de raffoler de ce type de spectacles. Les fauves de toutes sortes, les fameux africanae (dans lesquels on retrouve des éléphants, des lions, des ours, des panthères, des autruches…) sont décimés dans les arènes de l’Empire.

Mosaïque romaine – IIe siècle – Villa romaine de Nennig (Sarre)

Dans la nouvelle, il sera aussi question d’un rétiaire. C’est un type de gladiateurs, comme le thrace, le secutor, l’hoplomaque, etc. Le rétiaire combat avec un filet, un trident et un poignard. Il ne porte pour se protéger qu’un brassard et une épaulière et est formé aux tactiques d’évitement.

La vie dans le ludus

Les gladiateurs de toutes sortes vivent au ludus. S’ils sont esclaves, ils sont la propriété du lanista. Quelquefois, des hommes libres se lient par contrat pour se produire dans l’arène.

Je terminerai cette petite mise en contexte avec cette citation qu’on retrouve souvent dans les épitaphes des gladiateurs : « Celui qui perd, celui-là meurt. » Toutefois, ma nouvelle va vous montrer que d’autres destins peuvent se présenter…

Bonne lecture !

Le Lion

Deux lions couraient dans les herbes hautes. L’un était noir. Noir comme l’encre qui coule sur le papyrus, noir comme l’onyx qui orne la beauté des matrones. L’autre était blanc. Blanc comme l’albâtre des marbres honorant les dieux, blanc comme la toge virile des hommes parvenus à l’âge adulte.

La lune jouait avec ces lions. Tantôt, elle les nimbait de sa clarté et accentuait le hiatus de leurs couleurs. Tantôt, elle s’effaçait derrière les nuages et les ténèbres les engloutissaient.

Bientôt, le lion noir s’affala aux pieds d’un acacia. Il se vautra langoureusement dans la poussière, mêlée aux débris de gousses jaunes tombées de l’arbre en fleurs. Un râle bienheureux lui échappa.

— N’est-ce pas merveilleux, mon frère ?

Le lion blanc, la tête tournée vers le nord, contemplait la nuit. Une fois encore, à la faveur d’une trouée dans les nuées, Diane reparut. Le lion voyait loin derrière les étendues sauvages et désertées par la civilisation. Là-bas, tout là-bas vers la mer, une cité fleurissait et il en percevait les échos. Les hommes, gibier mais aussi prédateurs. Il était des leurs, jadis.

Le lion noir se releva et secoua sa crinière d’un air mécontent.

— Fous, inconséquents, éphémères. Et orgueilleux dans leur certitude de dominer ce monde. Ils ne sont qu’un vivier dans lequel puiser pour se nourrir. Rien d’autre.
— Jamais plus je ne m’attaquerai à eux. Tu le sais. J’ai changé.
— Eh bien, tu es meilleur qu’eux ! Ils chassent les lions. Ils descendent toujours plus loin au sud et ils capturent toutes les bêtes qu’ils trouvent pour les faire s’entre-tuer ou les massacrer dans leurs arènes. Même les antilopes ! Même les macaques ! Et ils ne s’épargnent pas entre eux. Tes humains, mon frère. Les voilà, tes humains, dans toute leur sagesse et leur bravoure.

Le lion blanc releva la tête et huma l’air. La douceur de cette nuit d’été était incomparable. En réponse à son compagnon, sa pensée fut paisible.

— Nous sommes tous des monstres.

*

Massi contemplait la mer, accoudé à la balustrade de la terrasse. Derrière lui, dans la villa romaine, la fête battait son plein.
Les invités, tous des notables carthaginois, les avaient dans la première heure pressés de toutes parts, lui et son ami Artole, dans l’arène Leo le bestiaire et Narcisse le gladiateur. La maîtresse de maison avait fait d’eux son attraction. Cela faisait des mois qu’elle réclamait au lanista le prêt pour une soirée de quelques-uns de ses meilleurs combattants.

La vedette, c’était Narcisse le rétiaire, le tueur d’hommes. Pour le public, massacrer des animaux sans intelligence, comme le faisait Massi, n’avait rien de bien glorieux. Le bestiaire n’était là que le faire-valoir de son ami. Il plaisait quand même, car lui aussi faisait couler le sang et lui aussi risquait sa vie. Comme cela aurait été excitant de le voir un jour encorné par un buffle ! Et puis, il y avait l’étrangeté de ce duo dont les composantes se mettaient mutuellement en valeur : Narcisse, le blond Germain à la silhouette de danseur, et Leo le colosse, dont les muscles frémissaient sous la peau d’un noir d’ébène. Ces deux hommes, qu’ils méprisaient tout en les admirant, les patriciens de Carthage voulaient les voir, les interroger, les toucher. Ils voulaient les respirer et sentir cette odeur de sang et de mort qui émanaient d’eux en relents imaginaires.

Leur curiosité assouvie, ils étaient passés à d’autres plaisirs. Massi et Artole s’étaient réfugiés sur la terrasse désertée de la villa. La lune pleine projetait leurs ombres floues sur la marqueterie de marbre. Ses segments de couleurs s’agençaient superbement pour représenter des chevaux en pleine course et des conducteurs de chars dressés derrière eux, le fouet levé. Le marbre, les soieries, les coupes sculptées, tant de luxes dont on n’avait pas idée, au ludus

« Par les Enfers, Massi, déride-toi ! Profite de cette manne ! Des plats à se bâfrer, des vins de toutes les provinces de Rome et des femmes dont les tétons débordent presque du corsage quand elles nous voient ! On ne va pas rester là à regarder les vagues comme si on avait envie de s’y jeter !
— Je n’y pensais pas » rétorqua Massi en jetant à son ami un regard scrutateur.

Non, Artole n’avait pas abusé tant que cela de ces vins dont il vantait les mérites. Coupés d’eau comme les aimaient les Romains, ils n’auraient pas suffi à enivrer un pareil habitué des tripots de Carthage. En dépit de sa petite taille et de sa silhouette gracile, Artole buvait comme il se battait dans l’arène – en homme.

« Laisse-moi deviner, railla le gladiateur. Le lion hante encore ta cervelle remplie des chimères de tes ancêtres. Un esprit, peut-être ? Pluton t’épargne, pauvre vieux, tu aurais irrité les mânes de la tribu des lions en tailladant un de leurs chatons ? »

Apollon, le lion blanc. La créature la plus belle que Massi eût jamais vue. Son souvenir ne le quittait plus. Du chanfrein à la queue, de la crinière à la croupe, toute la posture de l’animal était celle d’un souverain. Si altière, si majestueuse… Mais à la manière d’un roi déchu. Car Apollon était maigre et famélique. Sa couleur, blanche comme la lune, parlait de malédiction. Une telle marque ne pouvait induire que malheur ou félicité, tout le monde le savait. Massi avait planté sa dague dans le flanc de l’animal avant de le lacérer de coups : on ne pouvait guère parler de bonne fortune pour le malheureux félin.

C’était son travail, après tout. Tuer les bêtes qui entraient dans l’arène, pour le plus grand plaisir des spectateurs. Il y avait gagné son surnom de Leo. Le lion blanc n’était qu’une victime parmi de nombreuses autres. Pourquoi obsédait-il Massi ? Quel remords ridicule…

L’angoisse le cueillait parfois au cœur de la nuit, à la sortie d’un cauchemar où le jeune homme s’engluait comme dans une poix bien réelle. Ce soir-là, il la sentait encore flotter dans l’air, menaçante et presque extérieure à lui-même.

« Moque-toi, Artole. Moque-toi des esprits. Il se pourrait que tu le regrettes un jour. Même un barbare du nord comme toi devrait prendre garde au courroux de ceux qui sont morts. »

Le blond Germain eut un superbe sourire, l’un de ceux qui plaisaient tant aux femmes, surtout lorsqu’ils naissaient après le passage du couteau sur la gorge du vaincu.

« Les esprits existent au nord mais, moi, je ne les crains pas. Je ne crois qu’à une chose : la loi de l’arène. Et j’ai toujours la tête à l’endroit où sont mes pieds. Tu devrais faire de même, Massi ! Prends garde à ce que le souvenir d’une carcasse pourrissante ne vienne te hanter à ton prochain combat. Je te préviens encore, mais tu le sais : celui qui perd, celui-là meurt. »

Son ami acquiesçait lorsqu’un murmure venu de la mer le fit frissonner.

Pas toujours.

J’espère que cette première partie vous aura plu ! L’obsession de Massi pour le Lion Blanc est-elle justifiée ? Ses mânes lui jouent-ils des tours ? Et, au fait… avez-vous deviné ce que sont le lion noir et le lion blanc ?

La réponse mercredi prochain avec la suite de cette courte nouvelle fantastique à lire en ligne !

 

Merci à Alexandra pour la superbe photo d’en-tête. 🙂

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