Métal Souffrant, nouvelle fantastique – Partie II (Public averti)

La semaine dernière, je vous ai présenter un jeune héros, Axel, en proie à de bien dérangeantes visions. Je vous propose aujourd’hui de découvrir la conclusion de cette histoire de fantastique et d’horreur contemporaine.

Attention ! Je réitère ici mes recommandations : cette nouvelle n’est pas adaptée à un lectorat de moins de seize ans.

Bonne lecture ! 🙂

 

Métal Souffrant, fantastique horrifique

 

« Tu es malade ! Il n’y a rien là-dessous, c’est des trucs que perdent les promeneurs, c’est tout. Tes rêves sont délirants. Tu psychotes à cause de tes examens…
— Mes exams de droit me font voir ce gamin ? rétorqua Axel avec un rictus.
— …ou tu digères mal un Stephen King. Je ne te vois pas en oracle de la cause enfantine, franchement.
— Ah ouais ? »

Axel regarda Janis avec détestation. Pourquoi tu lui en veux ? Tu ne lui as jamais rien dit ! Il ferma les yeux un instant, sous le regard médusé de son ami.

« Tu te foutras de ma gueule si j’ai vraiment pété un plomb. Ça te donnera une bonne raison. Mais y a un enfant là-dessous, je le sais ! Mort depuis peut-être des décennies, mais il y est. Bordel, Janis, faut que j’y aille. Me laisse pas ! »

Son ami resta un instant silencieux, puis il lâcha :

« OK. Mais tu m’expliqueras, quand même ? Tu me caches un truc, non ? »

Axel se sentit pâlir. Le regard perplexe, anxieux, de Janis était sur lui.

« Ou… oui, balbutia-t-il. Je t’en prie, viens avec moi. »

Alors que la journée s’achevait, ils retournèrent dans les bois, sur les lieux de la découverte. C’était un de ces dimanches qui annoncent l’été. Les chemins avaient été arpentés tout l’après-midi par les familles, les enfants en vélo, les couples d’amoureux et les personnes âgées menant leur chien. Ils croisèrent même, revenant de balade, Madame Meinvieille, la propriétaire d’Axel, avec son petit-fils Alex que le jeune homme gardait quelquefois, pour se faire un peu d’argent de poche. L’enfant, neuf ans, sourit joyeusement à l’étudiant. Ses yeux brillaient. Axel se crispa et enfonça ses mains tremblantes dans ses poches. Pendant quelques secondes, le bout de métal l’appela. Ou appelait-il Alex ? Non, jamais !

Le jour déclinait et les lieux finirent par se vider. Les silhouettes des arbres se tenaient immobiles dans le couchant.

« C’est là », dit-il soudain.

Les hautes herbes folâtraient aux pieds des arbres. La lumière venait y mourir. Dans le silence qui suivit, alors qu’ils regardaient bêtement le sol qui disparaissait sous la verdure, ils entendirent le crissement des insectes, leurs chants stridulants, le pépiement des oiseaux.

« T’es sûr ? demanda Janis.
— Oui.
— Il va faire nuit dans moins d’une heure. Faut pas que je traîne, Nat’ m’attend pour qu’on aille au ciné. Axel, je fais ça pour toi, mais tu pourrais me d…
— Raison de plus pour s’y mettre tout de suite », le coupa son ami.

Ils commencèrent donc. Janis donnait des coups de bêche mollement. Axel sentait son regard sur sa nuque. Lui creusait avec une opiniâtreté furieuse. Foutez le camp de ma tête ! Foutez-moi la paix ! Je ne veux plus y penser !

Et pourquoi tu ne jettes pas ce truc, alors ?

Il ne pouvait pas. Pas cette image d’enfant, qui pulsait contre lui comme un second cœur.

 

Métal Souffrant, une histoire de fantastique et d’horreur

 

Tiré par une jambe. Éraflé, déchiré, ensanglanté des orteils jusqu’à la taille. Il avait laissé des bouts de peau sur le chemin. La poigne sur sa cheville était mauvaise et réjouie. Les mains aimaient qu’on lui échappe, parce qu’elles aimaient punir ensuite.

Les larmes l’aveuglaient quand il fut tiré à travers l’entrée de la maison. Sa tête heurta le seuil en pierre, rudement. Sonné, il ne put se redresser. Les mains le prirent par la nuque et le relevèrent. Devant lui, un halo de lumière révéla les visages graves des autres jouets de la collection. Marqués comme des poupées : à leurs épaules nues, le métal luisait.

 

La nuit se levait. Le ciel s’obscurcissait derrière les arbres et confondait ténèbres et ramures. Ils creusaient toujours. Axel touchait au but et celui-ci lui glaçait les sangs. La terre argileuse était de plus en plus dure sous leurs bêches. Si quelqu’un les surprenait, ils auraient droit à une visite chez les gendarmes.

« Axel, y a rien, ici ! s’exclama soudain Janis. Y a rien du tout, tu t’es fait un film, tu…
— Eh bien, casse-toi ! »

Axel se reconnut à peine dans ce ton agressif, mais il n’avait pas pu retenir ces mots. Barre-toi, Janis ! Barre-toi et ne me demande rien !

Son ami le regarda d’un air abasourdi. Aussi vite, il fronça les sourcils.

« OK ! si c’est comme ça, amuse-toi bien ! Salut. »

Axel resta seul. Janis ne pouvait pas comprendre… C’était son plus vieil ami, son seul ami, mais comment lui dire… ? Le jeune homme sentit les larmes affluer à ses yeux. La bêche s’enfonça à nouveau dans la terre dure.

 

Il n’avait plus de larmes. Il attendait assis sur le lit, immobile. Tout son corps était une plainte, un gémissement.

Des cris déchiraient le silence de la maison. Des sanglots, venus de la Chambre. La dernière pièce ajoutée à la collection voulait se dérober aux mains avides.

Il entendit les pas menus, précipités, sur le plancher. Puis les pas plus lourds. Les cloisons étaient si fines. Il comprenait maintenant. Il voyait la scène. Il l’avait vécue.

Il écouta, yeux grands ouverts. Il absorba chacun des sons. Il ne pleurait plus. Il serrait les dents.

 

Il avait mal aux mains et au dos, mais il avait peur de s’accorder un répit pour s’étirer. Il était attendu, là, en bas. Cela faisait des années. Des décennies.

« Plus pour très longtemps… »

Sa voix résonna dans la nuit. Elle était blanche, elle lui creusait le cœur. Un quartier de lune éclairait à peine ses gestes. Mais il progressait.

 

« Pour toujours. »

Il les regarda et leur tendit les mains. Ils s’agglutinèrent autour de lui, comme des lucioles. Leurs doigts se nouèrent les uns aux autres. À sa suite, ils promirent. La fin était proche.

 

Ce n’était pas un énième caillou. La couleur blanche tranchait nettement sur le sol sombre, mais c’était trop long. Axel lâcha sa bêche et tomba à genoux.

Il gratta la terre avec les doigts pour libérer l’objet. Lisse. Blanc. Allongé. Axel avait cessé de respirer. Lorsqu’il leva la chose pour la présenter au clair de lune, il lâcha un gémissement rauque.

Un os.

Il avait eu raison. Il n’était pas fou. Pas encore, du moins. Il baissa les bras d’un coup en lâchant l’horrible preuve et se retrouva assis au milieu du monticule de terre qu’il avait érigé. En cet instant, il regretta désespérément l’absence de Janis auprès de lui. Son ami lui aurait dit que ce n’était pas sa faute, qu’ils ne connaissaient pas la victime, que ce n’était sans doute pas ce qu’il croyait. Il ne pouvait pas comprendre, lui… Il ne ressentait pas ce trouble lorsque le petit Alex lui lançait ce regard scintillant…

Il resta ainsi un moment, sans bouger. Les rayons bleutés de la lune jouaient autour de lui. Et, soudain, un éclat brilla.

Puis deux.

Puis un troisième.

Hagard, Axel se pencha sur la fosse. Instinctivement, il porta la main à sa poche où palpitait la lamelle de métal. Dans la terre affleuraient comme des étincelles de lune. Le jeune homme tendit le bras vers l’une d’elles et, stupéfait, il cueillit une silhouette d’enfant argentée. Il gratta, gratta encore. Des ossements émergèrent, accompagnés d’une nuée de petits anges étincelants.

Tout un squelette. Et, brusquement, son cœur cessa de battre. Tout un squelette, mais une ossature lourde. Un adulte. Un adulte constellé de toutes petites lucioles…

 

« En souvenir », cracha-t-il en jetant la sienne dans la fosse. Son épaule saignait encore après qu’il l’en eût arrachée.

« En souvenir », répétèrent les autres en l’imitant.

Les grandes mains cruelles ne les toucheraient plus jamais.

 

Axel resta assis, longuement, à respirer l’air frais de la nuit.

« C’est fini », murmura-t-il enfin en jetant l’étrange petite chose dans le trou.

Il mit si longtemps à reboucher la fosse que le ciel s’éclaircissait à l’est lorsqu’il en eût terminé. Il se redressa et s’épousseta les genoux et les cuisses, puis s’éloigna dans le chatoiement rose du soleil levant.

Presque fini. Janis l’écouterait peut-être quand même ? Il fallait parler, maintenant, pour briser le cercle.

 

Ainsi se termine cette petite histoire de fantastique et d’horreur, qui traite d’un sujet sensible mais dont la fin vous aura, je l’espère, semblé plus douce qu’amère. Je vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour de nouvelles lectures. Si vous en voulez plus (et de l’exclusif), abonnez-vous à ma newsletter. Je vous enverrai des textes entièrement inédits de fantasy et de fantastique. 🙂

Crédits image : Yuri_B

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