Montagne dans le Kazakhstan

La Loi Femelle : au cœur d’une société matriarcale

Bonjour à vous, chère lectrice ou cher lecteur.

Aujourd’hui, je vous propose de découvrir un roman auquel je viens de poser les derniers mots. Il s’agit de La Loi Femelle. Si vous avez déjà lu Valadonne, vous allez en apprendre beaucoup sur le peuple de mon héroïne Aniélis et vous comprendrez mieux d’où lui vient cette volonté farouche de résister à l’oppression d’une société qui exclut les femmes. En effet, La Loi Femelle est un roman sur une société matriarcale, celle du peuple Val-Adon.

 

À l’origine de la société matriarcale val-adon

 

À l’origine de ce projet, j’ai été très inspirée par le roman d’Élisabeth Vonarburg, Chronique du Pays des Mères. Je trouvais la thématique fort inspirante : comment pouvait imaginer l’organisation d’une société purement matriarcale ?

Il y a débat autour de la définition de matriarcat. On définit parfois ce mot par le « pouvoir des femmes », alors que, dans la réalité des quelques sociétés « matriarcales » qui ont pu exister et qui existent encore, on voit qu’il s’agit plutôt de sociétés organisées « à partir des femmes ». En effet, la filiation est construite à partir des mères. Ce sont elles qui donnent le nom et la propriété. On parle alors de sociétés matrilinéaires. D’autre part, ces sociétés sont souvent construites géographiquement autour des femmes : on vit dans le foyer de sa mère. Ce sont donc des sociétés matrilocales. Les exemples montrent que, en dépit de ces particularités, les hommes n’y sont pas exclus des instances de pouvoir et de décision. Pour plus de précisions, je vous suggère cet article sur les sociétés matriarcales qui intègre une interview de l’anthropologue Heide Goettner-Abendroth.

Dans les faits, je ne sais pas si a existé un jour une société purement matriarcale dans le sens où ce mot aurait le sens inversé du mot « patriarcal ». C’est à dire une société qui donnerait le pouvoir aux femmes en excluant les hommes. Les Amazones ne tuaient pas leurs fils tout juste nés. Elles ne vivaient pas dans l’entre-soi et le mépris des hommes. Elles étaient des guerrières redoutables, qui savaient manier l’arc et monter à cheval comme leurs homologues masculins. Leur société a tout l’air d’avoir été très égalitaire sur ce point.

C’est sur ce terreau que j’ai imaginé ma société matriarcale val-adon : matrilinéaire, matrilocale, mais en sus un peu plus excluante que les sociétés historiques connues puisque c’est un conseil de femmes qui prend les décisions. Cette perspective m’a permis d’aborder les rapports de genre avec beaucoup de liberté et de curiosité, en essayant d’opérer un inversement de regards par rapport à nos sociétés actuelles qui ont des fondations patriarcales fortes.

Tout ceci n’a aucunement prétention à une quelconque valeur scientifique. 😉

Chronique du Pays des Mères, un roman qui présente une société matriarcale
Chronique du Pays des Mères d’Élisabeth Vonarburg (et, juste derrière, ma Valadonne ! ).

 

Je vous propose maintenant de découvrir un extrait de ce roman sur la société matriarcale val-adon !

 

Un extrait de La Loi Femelle

 

Je suis Laurana, fille de Mila, fille de la bantal Hansie du clan val-adon Aman-Pô. Je suis née à la fin du printemps de l’an mil cent vingt neuf, à Ausser, la communauté bâtie la plus importante de notre clan.
Je suis la première née de ma mère, laquelle était l’enfant unique de ma grand-mère Hansie. À l’époque, cette filiation directe faisait de moi l’héritière de la lignée, la bantal en puissance de notre famille. J’ai été élevée en ce sens, pourrait-on dire, quoique, en réalité, les Val-Adon ne fissent pas de vraie distinction dans l’éducation de leurs enfants. J’appris à lire les runes, j’appris à filer la laine, j’appris à manier l’arc et à mener les ânes sur nos routes de montagne. J’assistai à l’occasion aux réunions des bantals. Notre lignée n’était pas la plus importante du clan, notre voix ne dominait pas lors des décisions, mais ma grand-mère remplissait ses devoirs avec un sérieux et une discrétion qui ont fait sa réputation presque jusqu’à sa mort.

Je suis née assez tard du ventre de ma mère. Elle avait trente ans lorsque je vis le jour. Sa jeunesse avait été tumultueuse et fort occupée à rallier dans son lit tout ce que le clan comptait d’hommes remarquables, que ce fusse par la carrure, par le charme ou par l’esprit. Tardivement, elle se décida à prendre un compagnon et à enfanter. Son choix se porta sur un bûcheron effacé, très différent de tous les hommes qui l’avaient précédé. Il avait cependant ceci de particulier : il savait conter et toutes les familles se l’arrachaient pour les veillées. Les mots dans sa bouche prenaient une saveur toute particulière dès lors qu’ils parlaient d’héroïnes et de héros, d’animaux fantastiques, d’époques révolues recouvertes par la poussière des siècles. Transparent le jour, Marzel se transformait à la nuit tombante en un barde valwar comme les temps anciens en avaient produits. Sans doute est-ce de lui qu’est né mon amour de notre passé.

Marzel est mon géniteur. Je parlerai beaucoup de lui, et peut-être vous vous en étonnerez, car vous connaissez le fonctionnement des clans val-adon C’est qu’il a été plus que cela pour moi. Un père, comme on le dit ici et ailleurs. Comme un oncle l’est pour ses neveux issus de ses sœurs.

Notre maisonnée ne comptait pas d’hommes sous son toit. Je me souviens vaguement d’un vieil esclave qui mourut dans ma prime jeunesse et qui avait été le compagnon de mon arrière-grand-mère mais, pendant des années, il n’y en eut pas d’autre. Ma grand-mère avait été fille unique. Dans sa jeunesse, elle s’était éprise du géniteur de ma mère, mais celui-ci ne lui avait donné qu’un enfant avant de disparaître dans des circonstances que je ne connaissais pas. Elle n’en aima jamais d’autre et vécut le reste de sa vie dans l’abstinence. Ce fut probablement le seul reproche que le clan lui fit jamais.

Je n’avais donc ni grand-oncle, ni oncle auprès de moi. Comme ma mère, après moi, n’enfanta à son tour que des filles, la maisonnée resta pendant des années exclusivement féminine. C’est sans doute pourquoi Marzel tint une place si importante dans mon cœur. Je passais beaucoup de temps auprès de lui.

 

Un roman sur une société matriarcale

 

Malheureusement, ma mère l’éconduit assez rapidement. Je n’ai gardé aucun souvenir de leur compagnonnage, j’étais trop petite lorsqu’elle le remplaça par un autre amant beaucoup plus jeune qu’elle. Meinrad, c’était son nom, lui fit deux filles, mes petites sœurs Bélina et Prescilla. Je me souviens un peu de lui. De là où je me tenais, je le voyais très grand, bien plus que ma mère et ma grand-mère. Lorsque sa patrouille était de retour après plusieurs jours d’absence, il soupait dans la maison de sa lignée, puis il venait égayer notre veillée. Contrairement à d’autres maisonnées où s’assemblaient des dizaines de personnes, nous n’étions que trois, Muoma-Ban, Muoma et moi. Meinrad mettait de la joie dans notre foyer, il allumait des étincelles dans les yeux de ma mère et il avait toujours un mot gentil et une caresse affectueuse pour moi. Je l’aimais beaucoup et je lui fus reconnaissante pour les sœurs qu’il me donna.

Sa mort fut un déchirement pour nous. Il arrivait cependant que les échauffourées entre clans fussent violentes et ce fut le cas en cette occasion. Ma mère en pleura pendant des semaines. Elle souffrit beaucoup de ne pouvoir afficher son deuil ouvertement. C’était là la prérogative de la famille de Meinrad.

Oui, décidément, je naquis dans une maisonnée bien particulière au regard du peuple val-adon.

Après la mort de Meinrad, ma mère resta seule plus longtemps qu’elle ne l’avait jamais été. Enfin, presque. Marzel parvint à se faire une place dans son lit, à l’occasion. Jusqu’à sa mort, il fut très amoureux d’elle. Cependant, je dois bien reconnaître que l’alcôve de ma mère, dans notre chambre, bruissait de bien moins de rires et de gémissements que lorsque Meinrad l’occupait avec Muoma.

Moi, je grandissais. Comme je trouvais les histoires des adultes tristes et compliquées, je résolus de me les épargner. J’avais huit ans et mes préoccupations étaient de la plus haute importance. Marzel m’avait parlé depuis longtemps déjà de Ruvona, la Grande Aïeule. Il n’est pas certain qu’il eut été le premier à me conter son histoire, car cette figure importante du passé val-adon fait l’objet d’une vénération toute particulière chez nous. Cependant, ce sont les mots de Marzel qui me la firent aimer.

« Dans un creux de l’ombre, éclairé par un rayon d’aube, Ruvona apparaît. Elle lève la main. Entre ses doigts, il y a trois runes. « Là où il y a les ténèbres, j’apporte la lumière. Là où il y a la guerre, j’apporte la paix. Là où il y a l’injustice, j’apporte l’égalité. » Et ainsi fit-elle, la première Bantal. Ainsi fit notre Aïeule à tous. »

Personne ne contait Ruvona mieux que Marzel.

Il y avait malgré tout trop de mystère autour de la Grande Aïeule. Si d’autres s’en contentaient, ce n’était pas mon cas. Je voulais en savoir davantage. Il existait des ruines sur notre territoire, et certainement y en avait-il aussi sur celui des autres clans. Ils étaient les témoignages du passé val-adon. Ne pouvait-on y retrouver la trace de notre première Bantal ? Je rêvais d’être celle qui pourrait justifier la légende par de la pierre que l’on pourrait toucher du doigt. Pourquoi cela, je n’en sais toujours rien du tout car, enfin, personne ne me le demandait, ni se s’en souciait.

 

J’espère que cette lecture vous aura plu et vous aura donné envie d’en savoir plus sur mes Val-Adon ! Dans l’attente de ce roman sur une société matriarcale pas comme les autres, je vous propose de découvrir leur enfant terrible, Aniélis, petite-nièce de Laurana, ardente défenseuse de leur cause dans Valadonne !

 

Crédits image : Andy_Bay

close

Votre lecture vous a plu ?

Si vous en voulez encore, abonnez-vous à ma newsletter ! Une fois par mois, pas plus. 🙂

Pas de spam ici ! Consultez ma politique de confidentialité pour plus d’informations.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *