Le Gardien, un dragon… dans votre salon !

On replonge dans le fantastique ? Cette semaine, je vous propose une nouvelle courte dans laquelle se mêle souvenirs d’enfance, jeu de rôles et féerie. Et, en guest star : la plus mythique des créatures imaginaires ! Voici Le Gardien, une nouvelle fantastique avec un dragon !

 

Un bougeoir, des dés et de la musique : et vogue l’imaginaire

 

Cette nouvelle est une ode à ma passion du jeu de rôle. Les amateurs y reconnaîtront l’ambiance si particulière d’une partie de JDR telle qu’elle doit se faire dans les règles… Du moins, c’est ainsi que j’ai appris à pratiquer ce loisir avec mes compagnons du Cénacle d’Arras !

Trois indispensables :

• des dés, cela va sans dire, pour matérialiser la part d’incertitude que comporte toute aventure ;
• une ambiance sonore adaptée (c’est là que j’ai découvert Loreena McKennit, pour mon plus grand bonheur, mais les BO du 13ème Guerrier, du Dernier des Mohicans, de Rome ou du Dracula de Coppola sont très efficaces aussi pour planter l’atmosphère !) ;
• des bougies… pour donner à chaque mot un peu plus de tension, à chaque scène un peu plus de gravité, de solennité, de liesse ou de terreur !

 

Des personnages de fantasy qui font du jeu de rôles ? (Image du Journal du Geek)

 

C’est tout cela que vous allez retrouver dans la nouvelle Le Gardien.

En la relisant, je réalise que j’y ai aussi mis un petit quelque chose inspiré de la Nuit sur le mont chauve de Moussorgski, revisité dans le film Fantasia de Disney, qui a enchanté mon enfance. C’est assez amusant !

Bonne lecture ! (Avec cette musique tirée de Narnia et que j’ai trouvé plutôt pas mal adaptée en terme d’ambiance à cette nouvelle fantastique avec un dragon… en tout cas plus que celle de Moussorgksi !)

 

Le Gardien, nouvelle fantastique

 

La maison est plongée dans le silence. Elle a résonné durant des heures de murmures, d’exclamations, de rires retenus. Surtout, de ce bruit caractéristique, celui des dés roulant sur le bois. Une musique basse d’ambiance, tirée des meilleures bandes originales du genre, l’a accompagné sans discontinuer pour donner le ton. Il ne fallait pas réveiller les enfants. Puis, les yeux ont commencé à papillonner et les bâillements supplanté les mouvements d’enthousiasme ou d’effroi. Il a fallu s’arrêter là. Les pas sur le carrelage, des souhaits de bonne fin de nuit, quelques rires bas ; la porte d’entrée, ouverte puis refermée ; plusieurs va-et-vient et enfin des craquements dans les escaliers.
Désormais, les feuilles de papier, les crayons, les dés gisent abandonnés sur la table basse du salon, près des verres et des mugs vides. Au centre, le bougeoir a perdu son aura. On a soufflé la mèche.

Il est beau, ce bougeoir. En céramique peinte. Un dragon endormi, vert émeraude, se love autour de la tige façonnée pour représenter un tronc d’arbre. Sa tête repose, les yeux clos, au-dessus de ses ailes repliées. De la cire a coulé de la chandelle, allumée toute la nuit, et cette lave blanche recouvre des couches plus anciennes, jaunies, ternies, noyant les détails des membranes finement sculptées et des écailles lustrées.

Tant d’heures passées sous ces yeux fermés…

Ils s’ouvrent. Et, dans les ténèbres de la nuit, un éclat jaillit. La mèche de la bougie, presque totalement submergée par la cire, se rallume.

Les yeux reptiliens balayent l’espace. S’arrêtent sur la table. Des feuilles blanches, partout. L’une d’elles a déjà été dévorée par le feu et une dentelle roussie la couronne. La maladresse d’un des humains ; il s’en souvient. Ah ! la magie de la flamme vacillante, qui berce leurs aventures extraordinaires… Ils ne peuvent s’en passer.

Mais lui aussi peut jouer.

Il lève doucement son long museau et hoche la tête, mimant pour lui-même une indécision taquine. Les couleurs se mettent à tournoyer dans ses yeux comme des agates étincelantes. Dans un frémissement lent, il souffle.

Une flamme jaillit. Elle s’étire dans l’air, crépite, puis se ramasse sur elle-même comme pour prendre de l’élan. Les ombres dévorent l’espace autour d’elle, mais elle les rejette subitement. L’or la couronne lorsqu’elle prend forme, révèle un bras, puis deux, enfin une paire de jambes fines.

Parvenue au sommet de la courbe, elle redresse une tête minuscule au bout d’une nuque gracieuse et retombe, légère, sur la table jonchée de feuilles blanches. Les pieds menus foulent ces fantasmes de papier. Elle se met à danser. Le dragon sourit.

Il reste un instant à la regarder évoluer avec grâce. Les flammes ondoient au rythme de ses mouvements. Une nymphe de feu… Ses pieds ardents laissent sur les feuillets comme des empreintes de fumée grise, immatérielles, qui s’estompent en quelques secondes. Si belle, si belle…

 

Le Gardien, une nouvelle fantastique avec un dragon

 

Il souffle encore et un amant vient la rejoindre. Les deux corps fugaces tournoient sur la table, tantôt un, tantôt deux, se confondant pour aussitôt se séparer. Le crépitement du feu, léger, presque imperceptible, se mêle à des soupirs de ravissement.

Oui, si beau, si sensuel, si charmant… Mais il n’y a pas que l’amour dans la vie.

Les flammes embrasent la pièce pour combattre l’obscurité. De vagues silhouettes en armure, portant épées et boucliers, jaillissent du souffle du dragon pour mener la charge. Ils assaillent le canapé, les coussins rouges et les radiateurs. Ils lèvent leurs armes les uns contre les autres et l’écran de la télévision renvoie en l’agrandissant le reflet de leurs combats acharnés. Les flammes s’enroulent autour des rideaux qui deviennent des étendards crépitants. Le dragon, enchanté, suit du regard leur ballet fantastique. Ses yeux brillent du même brasier intense. Victoire, défaite, soif de sang et de gloire animent ces pantins de feu. Une flamme, une vie, un triomphe ou un anéantissement. Et il en est le maître ordonnateur.

Le museau se relève et expire d’autres nuées rougeoyantes. D’autres marionnettes s’en détachent, follement. Foin de la discipline militaire ! Elles s’égaillent dans le salon, traversent et bousculent les rangs de guerriers et les amants impavides, grimpent partout, jusque sur le chien à bascule du bébé qu’ils s’amusent à balancer. Ils s’entrelacent en une couronne enflammée autour du lustre. Ils jonglent, pirouettent, se joignent les uns aux autres pour se disperser soudainement et reformer ailleurs d’autres figures improbables. Feux-follets, feux d’artifice, joie pour les yeux et le cœur.

D’autres envies affluent encore chez le dragon, qui prend son inspiration.

Aussitôt, il se fige.

L’aurore n’est plus très loin. Il fait encore noir, mais le ciel rosit derrière les grands arbres qu’on voit à travers la fenêtre. Et la mèche se noie dans son lac de cire.

Il y a autre chose. Des bruits à l’étage : des petits pieds menus sur le plancher. Le dragon tend son long cou, les sens en alerte, tandis que tout se figea autour de lui. Statues de feu, guirlandes de feu, tous s’immobilisent. Le doux crépitement meuble ce vide de mouvements. Quelques étincelles s’échappent des créatures et viennent mourir sur le carrelage.

Les marches de l’escalier craquent. Irrégulièrement. Ensommeillement ou peur ? Le dragon soupire. Les créatures le regardent, dans l’expectative. La fête est-elle terminée ? Il ouvre largement sa gueule.

Une dernière fois, la pièce s’illumine tandis que les créatures s’élèvent dans les airs. L’aura flamboyante paraît grossir autour de chacun d’eux ; les membres graciles, les armes, les boucliers se fondent dans cet éblouissement fulgurant. Et, tout à coup, la pièce plonge dans les ténèbres les plus totales. Privé de sa force vive, éprouvé, vulnérable, le dragon frissonne. Il penche la tête vers son poitrail.

Un visage apparaît à travers la porte vitrée qui sépare le séjour du reste de la maison. Doucement, la porte s’ouvre et le gamin entre dans la pièce. Il porte son pyjama à carreaux rouges et verts ; il a mis sa robe de chambre et noué tout seul la ceinture, mais il a oublié ses pantoufles. Ses petits pieds nus foulent le carrelage froid jusqu’au canapé. Le dragon sent son regard qui s’arrête sur la table basse.

« Oooohhhh… »

Il y a de l’émerveillement dans sa voix. Le gamin prend alors une grande inspiration ; et le dragon se rend compte qu’il a oublié d’éteindre sa mèche. L’enfant la souffle.

Un silence. Puis il murmure :
« Quand je serai grand, moi aussi, je ferai du jeu de rôles. »

Le dragon réprime un sourire. De longues et belles nuits l’attendent encore.

 

J’espère que vous avez aimé cette lecture… et qu’elle vous a donné envie d’essayer le jeu de rôle ! N’oubliez pas l’ambiance musicale et les bougies lors de votre prochaine partie. 😉

Si vous aimez les dragons, je vous suggère aussi de lire Le Dragon Blanc de Dacie, une nouvelle qui met en scène la rencontre fantastique de deux Immortels.

À la semaine prochaine !

 

Crédits image : Tina

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