Allons visiter les ports de Syrie romaine, base arrière des marchands qui faisaient jadis le commerce dans toute la Méditerranée et au-delà !
On va parler dans cet article des ports de :
- Tyr
- Sidon
- Césarée Maritime
- Laodicée
- Arados
- Séleucie
- Gabala
- Sarepta
- Byblos
- Bérytos
Le commerce international des marchands syriens
De Gaza au sud à Séleucie au nord, on a toute une série de ports. Le commerce extérieur est actif : les marchands syriens vont jusqu’aux ports italiens et occidentaux. Ils louent les services des nombreux armateurs qui font leurs affaires dans les ports. Ils circulent aussi par leurs propres moyens.
On sait par exemple que la cité de Tyr a des relations étroites avec Puteoli (Pouzzoles) dès le Ier siècle. On retrouve des communautés syriennes en Occident, y compris à Rome. Ce sont des relais pour les marchands.
Que vendent-ils à l’Occident, ces marchands ? Eh bien, des marchandises qu’ils reçoivent depuis l’Orient et qu’ils travaillent pour leur ajouter une plus-value importante :
- des tissus qu’ils font teindre en pourpre
- de la soie qu’ils retissent pour obtenir des étoffes encore plus fines ou des motifs recherchés
- des cosmétiques et des produits élaborés à partir d’épices et d’aromates importés ou locaux
Les ports de la Syrie romaine
Le port de Tyr
Tyr a été partiellement fouillée. Autrefois, il y avait une île. À l’époque romaine, elle est rattachée à la terre ferme par un isthme sablonneux. Il y a deux ports, que Strabon décrit dans XVI, 2, 23. Arrien en parle aussi dans son récit du siège de Tyr par Alexandre (Anabase, XXIV).
- Le port nord ou « port sidonien ». C’est le plus petit et le mieux protégé. Il est englobé dans la muraille.
- Le port sud ou « port égyptien ». Il est beaucoup plus grand et plus exposé, car il n’est pas pris dans les remparts. De longues jetées le délimitent. Elles s’appuient sur des îlots rocheux et de hauts fonds. Ce port forme un vaste rectangle avec une passe au centre de la jetée sud.
Antoine Poidebard, archéologue français (1878-1955) a découvert des systèmes de brise-lames en avant de ces ports, au sud et au nord. Ces installations étaient construites à partir de rochers isolés qu’on trouve en nombre aux alentours et qui sont naturellement dangereux pour les navires approchants.
Le port de Sidon
L’aménagement global du port
Sidon aussi a deux ports. Ils ont fonctionné entre le IIe siècle av. J.-C. et le IIe ou le IIIe siècle ap. J.-C. Durant cette époque, le niveau des mers était assez haut pour que tous les aménagements fonctionnent.
Achille Tatius, un auteur antique, les décrit dans son Roman de Leucippè et de Clitophon (I, 1) :
« Sidon est une ville située au bord de la mer. (…) Un double port s’ouvre largement dans un golfe, tout en formant une légère barre contre la mer ; à l’endroit où le golfe se creuse sur le côté, à droite, avait été ouverte une seconde entrée. L’eau y reflue et le port donne naissance à un second port, si bien que les bateaux de transport y passent l’hiver au calme, mais passent l’été dans l’avant-port. »
Les deux ports ne sont donc pas disposés comme ceux de Tyr, de part et d’autre de la ville. À Sidon, ils sont situés dans le prolongement l’un de l’autre, au nord de la cité. On les a érigés à partir de deux languettes rocheuses sur lesquelles on pouvait appuyer des jetées.
Il y a aussi des mouillages au sud, pour les barques légères. Une crique ronde se trouve près d’une colline artificielle de murex.
Le port fermé
Le premier port est protégé de la rade par une longue digue. Il est quasiment fermé. Jean Lauffray, architecte et archéologue français (1909-2000) a montré que le système avait 3 avantages :
- défense militaire comme beaucoup de ports de Syrie romaine
- protection contre la houle venue du large
- un système de vannes pour éviter l’ensablement (une technique romaine connue)
En 1864, Ernest Renan signalait des quais et des mosaïques d’époque romaine (Mission de Phénicie). Il n’en reste rien aujourd’hui.
La rade ou avant-port
Ce second port, plus exposé, accueille les bateaux pendant l’été. L’archéologue écossaise Honor Frost (1917-2010) l’a examiné : elle y a décelé une jetée, des abris, des entrepôts.
Le port de Césarée Maritime
Le port de Césarée Maritime a connu beaucoup d’activité entre la fondation de la ville (VIe-IVe siècles) et la fin du Ier siècle. Ensuite, le site a décliné. Ce serait à cause de l’affaissement des brise-lames : ils auraient rendu le port dangereux.
Le port a connu quelques réparations aux IIIe et IVe siècles L’activité a repris, mais Césarée n’était plus qu’un port marginal de la côte palestinienne.
Le port de Laodicée
Le port de Laodicée est protégé par une enceinte. Un étroit goulet le relie à la mer. Il a une superficie d’environ 50 hectares sur les 230 hectares de la cité qui se trouvent dans les remparts.
Ses quais étaient pavés de dalles de marbre.
Le port d’Arados
Arados possède une double rade. Les deux rades sont séparées par une jetée naturelle renforcée artificiellement. Toutefois, on ne sait pas si ces aménagements ont été faits dans l’antiquité. Ils peuvent aussi avoir été retouchés à l’époque médiévale.
Le port de Séleucie
Séleucie possède un port rond artificiel. Il se trouve dans l’enceinte de la ville basse. C’est sûrement le roi Séleucos Ier qui l’a fait aménager en même temps qu’il fondait la ville.
Problème : au fil du temps, les torrents venus de la ville haute ont déversé des alluvions jusque dans le port. Celui-ci a donc été ensablé. L’empereur Vespasien fait détourner le torrent principal à la fin du Ier siècle ap. J.-C. grâce à un canal d’environ 1,2 km de long. Mais visiblement, ça ne sauve pas le port : celui-ci est largement ensablé deux siècles plus tard, à l’époque de Dioclétien.
L’empereur Constantin le fait réaménager à son tour au IVe siècle. Séleucie est une ville qui attire les empereurs, surtout pour des raisons militaires. Même si une partie de l’approvisionnement de la cité d’Antioche passe par ce port, l’aspect commercial semble moins important.
D’autres petits ports de Syrie romaine
La côte syrienne compte beaucoup d’autres ports intermédiaires à l’époque romaine :
- le port de Gabala, au sud de Laodicée, creusé artificiellement en forme de demi-cercle ouvert sur la mer par un étroit goulet
- le port de Sarepta, entre Tyr et Sidon, aménagé vers la fin du Ier siècle ap. J.-C. : il possède des quais, des bassins d’eau douce et des viviers à poissons
- le port de Byblos, reconstruit par l’empereur Hadrien
- les ports de Bérytos et du Sud palestinien qui sont connus pour être actifs mais dont on ne sait quasiment rien d’un point de vue archéologique
J’espère que vous avez aimé lire cet article qui a tenté de faire revivre un peu ces ports de la Syrie romaine. 🙂 Pour plus de balade dans l’antiquité, je vous donne rendez-vous dans ma newsletter ! À bientôt.
Sources : SARTRE, Maurice, D’Alexandre à Zénobie – Histoire du Levant antique – IVe siècle av. J.C. – IIIe siècle ap. J.-C., Fayard, 2001
Crédits image d’en-tête : Illustration libre de Tyr © akg-images / Balage Balogh / archaeologyillustrated.com
À PROPOS DE L'AUTEURE
Je suis Marie, passionnée d'antiquité et de mythologie grecque depuis l'enfance. J'ai acquis un gros bagage dans ce domaine grâce à mes lectures, innombrables, sur le sujet : ma bibliothèque compte plusieurs centaines d'ouvrages, sources antiques et essais historiques traitant de nombreux aspects de ces périodes anciennes.
Je suis également diplômée d'histoire ancienne et médiévale (Maîtrise, Paris IV Sorbonne). J'ai notamment travaillé sur l'antiquité tardive, le Bas Empire romain et la romanisation des peuples germaniques.

Je suis l'auteure de plusieurs romans et nouvelles, dont Atalante, qui réinterprètent et revisitent la mythologie grecque et l'antiquité.