Le Lion, une nouvelle fantastique dans l’Antiquité romaine – Partie III

Si vous lisez ces lignes, c’est que vous avez aimé le récit du bestiaire Leo et que vous avez follement envie de savoir ce qu’il est advenu de lui lors de sa rencontre avec le terrible et mystérieux lion noir. Sinon, je vous invite à découvrir les deux premiers épisodes de ce face-à-face dans mes précédents articles (partie 1 et partie 2). 😉

Notre ami gladiateur a-t-il survécu à cet affrontement ? Celui-ci n’était-il qu’un rêve… ou la sinistre réalité ? Cette fois, vous allez avoir le fin mot de cette nouvelle fantastique qui joue avec l’histoire romaine

Cette fois, je vous invite à accompagner votre lecture d’une envoûtante et mélancolique musique arménienne

Le Lion, une nouvelle fantastique qui vous invite dans l’histoire romaine…

 

Un craquement. Une douleur. Si aiguë, si atroce qu’il s’entendit hurler comme jamais encore il ne l’avait fait.

Il ouvrit les yeux sur les ténèbres de sa chambre, réveillé par son propre cri qui se prolongeait infiniment. Ses mains tremblantes se portèrent à son buste et à son ventre. Le cauchemar le poursuivait, car elles rencontrèrent un terrain de chairs molles et poisseuses, desquelles émergeaient des aspérités dures, affreusement sensibles. Le léger frissonnement de ses doigts sur ce lieu de dévastation lui arracha d’autres plaintes. Quand allait-il se réveiller ? « Diane ! Ancêtres ! » supplia-t-il. Mais ses aïeux et la figure tutélaire des bestiaires, sa Lune adorée, sa Chasseuse, restèrent muets.

« Tu es seul », murmura une voix dans l’obscurité.

Malgré le délire de souffrance qui le submergeait, Massi vit une silhouette se découper dans la faible clarté lunaire. C’était celle d’un géant, tel que lui, à la peau d’ébène. Deux yeux en amande, brillant comme des joyaux, rejetaient le visage dans l’ombre. Une chevelure hirsute, une véritable couronne d’or noir, entourait la tête. L’homme sourit et dévoila une dentition carnassière.

« Nul ne t’entendra mourir. »

Il jeta un regard entendu vers Artole qui n’avait pas bougé. Au supplice, Massi vit son ami s’agiter dans son sommeil, puis lui tourner le dos. « Mais tu reviendras et, je te le jure, tu souffriras mille fois ma douleur. »

Massi avait perdu la force de gémir. Ses yeux se brouillèrent. Tandis que la vision de l’individu s’estompait, il perdit connaissance.

 

Il retrouva ses sens dans un brasier de perceptions inconnues. Les douleurs avaient changé. Elles dansaient désormais avec grâce dans ses chairs martyrisées, comme des nymphes enflammées traçant des sillons de cendres dans l’herbe tendre. Elles allaient en lui, elles tourbillonnaient, elles creusaient, des entrailles jusqu’à la gorge, abîmant et desséchant tout.

Il aurait tué pour une simple gorgée d’eau.

Un râle profond lui échappa. La pénombre l’entourait. Il bascula sur le ventre, certain d’avoir senti non loin une bouffée de fraîcheur. Le mouvement l’ébranla tout entier et il rugit comme une bête, incapable de réfléchir ou de penser au-delà de sa souffrance. Puis il rampa, grelottant, trempé d’une suée abondante aux relents infects. Lorsqu’il parvint à la source pure, parfumée, enivrante, il dut mordre au travers d’une pellicule qui, d’abord, résista. Lorsqu’elle céda, le breuvage afflua, coula dans sa gorge et apaisa les brûlures. La source se débattit, protesta d’abord, puis supplia dans l’étreinte d’acier des bras de Massi. Le doux gargouillis de l’eau vive joua sur fond de hurlements et de craquements, mais le tueur de fauves était ivre.

Puis le nectar se tarit et le silence se fit. Un voile se leva. Quoiqu’il fît toujours nuit et qu’aucune lumière n’éclairât les lieux, Massi vit comme en plein jour. Il vit sous lui Artole. Il vit son frère gisant sur la paillasse, les yeux révulsés et les membres disloqués. La chair privée de vie était grise, excepté dans le cou, où une plaie noire béait. Du jeune homme s’échappait un parfum suave qui frappa les narines de Massi. Il se mit debout brusquement, muet d’horreur.

Une sensation de force et de puissance l’habitait. Sa chemise de toile était lacérée par les griffes. Du lion noir ? De l’homme à la crinière ? Qu’était ce monstre ? Et qu’était-il devenu, lui ? Son ventre et son buste, un instant auparavant déchiquetés, étaient intacts. Il y porta des mains tremblantes avant de s’agripper la tête, épouvanté.

Lorsque la voix retentit, il tressaillit.

« Bienvenue aux Enfers, mon enfant. »

Le jeune homme se retourna. À travers la fenêtre, dont les barreaux de métal avaient été tordus, il vit une silhouette perchée sur le mur d’enceinte du ludus. Il reconnut sans peine l’homme à la crinière noire. Le monstre le regardait, bras croisés, et un large sourire blanc fendait son visage en deux. Il ne portait qu’une tunique de cuir rapiécée. Ses muscles puissants saillaient en accrochant les reflets du clair de lune.

« Je te l’avais promis. Contemple ta solitude. Elle complétera la mienne, que je te dois. »

Massi le vit à peine disparaître. Un bond, et il n’était plus là. La terreur s’estompait déjà. Étouffé par le chagrin, le jeune homme se tourna vers son meilleur ami. Il tomba à genoux, la tête dans les mains.

« Artole ! supplia-t-il, sanglotant. Artole ! »

L’esprit de son frère s’en allait rejoindre les mânes de ses ancêtres. Et Massi, des larmes de sang sur les joues, le regardait s’éloigner.

*

Le lion noir, couché dans les herbes hautes, pleurait silencieusement.

Je t’ai vengé, mon frère. Mais, ce soir, je crois que je t’ai aussi trahi.

Au-dessus de sa tête, la lune jouait, solitaire.

 

Le Lion, un récit fantastique et antique… avec des vampires

 

J’espère que cette nouvelle fantastique qui joue avec l’histoire romaine vous aura plu !

Vous aurez probablement compris que le lion blanc et le lion noir étaient en réalité des vampires et que le pauvre Massi les a suivis dans ce destin cruel.

Pour la petite histoire, j’ai fait jouer cette nouvelle en tant que MJ à l’un de mes joueurs (coucou Sylvain !). J’étais maîtresse de jeu au JDR Dark Ages, l’Âge des Ténèbres. Normalement, ce jeu de rôle s’inscrit dans le contexte du Moyen Âge. Je l’avais déplacé dans l’Antiquité romaine, qui est l’une de mes périodes historiques préférées.

Du jeu de rôle à la plume (et inversement !), il n’y a qu’un pas que j’ai allégrement passer, et plus d’une fois. 😉

Si cette nouvelle vous a plu, vous aimerez aussi Le Dragon Blanc de Dacie, plus courte, dans laquelle j’explore le personnage d’un autre immortel aux multiples facettes. Vous en saurez plus en parcourant mes publications.

Je vous dis à la semaine prochaine pour une autre lecture ! Cette fois-ci, je vous emmènerai en Grèce antique… 😉

Crédits images : Caroline Sattler

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