L'Ara Pacis d'Auguste à Rome - Image du site romaculta.com

D’Auguste à Hadrien : les hauts et les bas de l’empire romain

Après la République, le Haut Empire romain nous a laissé le portrait d’empereurs aussi divers que hauts en couleur. Faisons le tour des individus qui se sont succédés à la tête de Rome de la fin du Ie siècle av. J.-C. jusqu’au début du IIe ap. et voyons comment ils ont marqué Rome et le monde de leur empreinte !

Les Julio-Claudiens au pouvoir

Tous les empereurs de la dynastie julio-claudienne descendent, directement ou indirectement, de deux vieilles familles patriciennes :

  • la gens Julia (celles de Jules César) ;
  • la gens Claudia.

Auguste : l’empereur bien sous tous rapports

Sous son règne, l’empire s’étend :

  • provinces de Galatie (25 av. J.-C.) et de Judée (6 ap. J.-C.) en Asie Mineure et en Orient ;
  • province de Mésie et de Pannonie dans les Balkans ;
  • au nord de l’empire, l’armée avance jusqu’à la limite du Rhin.

À la mort d’Auguste, en 14 ap. J.-C., les frontières sont sûres et le gouvernement impérial stable et efficace. Auguste a réussi à laisser de lui une image incroyablement positive qui incarne les valeurs romaines : vertu, clémence, piété. Le Sénat décide même de le faire figurer parmi les dieux de la cité. Des tablettes de bronze sont dressées à l’extérieur de son mausolée. Elles glorifient sa res gestae, c’est-à-dire tout ce qu’il a fait pour Rome.


L’Autel de la Paix (Ara Pacis) d’Auguste célèbre lui aussi l’œuvre de pacificateur de l’empereur. Il a été inauguré en 9 av. J.-C. Il est orné d’une frise qui représente divers aspects du nouvel âge né avec Auguste. Les bas-reliefs montrent, entre autres, une procession sacrificielle et les membres de la famille impériale.

Tibère : ça commence à se gâter à Rome

Tibère est le fils adoptif d’Auguste. Il a été choisi car c’est un administrateur sérieux et un bon général : c’était le meilleur candidat du moment parmi les membres de la famille d’Auguste. Son règne commence donc sous de bons auspices.


Sous ce second règne de ce qu’on appellera un jour le Haut Empire romain, l’empire s’agrandit en Asie Mineure des provinces de Cappadoce et de Commagène. La situation est plus difficile dans le nord. La lutte contre les Germains est si coûteuse qu’on finit par ramener la frontière impériale au Rhin.


Malheureusement, Tibère provoque le mécontentement des nobles à cause de sa trop grande confiance en un homme : le préfet du prétoire Séjan. Celui-ci se comporte de manière tyrannique avec les aristocrates. Il s’ensuit des conflits avec le Sénat, des procès, des meurtres, des conspirations…


Tibère est finalement contraint d’assainir la situation en faisant exécuter Séjan. Les dernières années de son règne sont assombries par sa rigueur.


Tout cela, plus le caractère renfermé et l’allure hautaine de Tibère ternissent son image. D’ailleurs, l’empereur finit par s’isoler à Capri. Les mauvaises langues s’en donnent alors à cœur joie en l’accusant rétrospectivement de débauche sexuelle (ce qui était probablement sans fondement).


Lorsqu’il meurt en 37, Rome est en joie, ce qui donne une idée de sa popularité.

Buste de l'empereur romain Tibère - Louvre- Crédits photo : Hervé Lewandowski
Buste de l'empereur romain Tibère - Louvre- Crédits photo : Hervé Lewandowski

Caligula : rien ne va plus au sommet de l’Empire

Caligula s’appelle de son vrai nom Caius César. Son surnom signifie « Petit Brodequin » et fait référence à sa façon inhabituelle de se chausser.


Le règne commence bien, mais il dégénère rapidement en tyrannie. Caligula était peut-être atteint d’une maladie mentale. Cela expliquerait sa violence, sa cruauté et son comportement incohérent. Il fait beaucoup de caprices dont les conséquences peuvent être terribles pour son entourage. Il finit par causer de tels désordres qu’il est assassiné par sa garde prétorienne en 41.

Claude : répit à la tête de l’État romain

La garde prétorienne remplace Caligula par Claude, un neveu de Tibère.


Claude ne fait pas bonne impression au premier abord car il souffre de tics nerveux. Son apparence physique ne correspond pas non plus aux canons romains de l’époque. Toutefois, c’est un homme très instruit et il sera un bon empereur, efficace et compétent.


On lui doit le port d’Ostie et la conquête de la Britannia. Il étend la citoyenneté romaine. Il fait aussi percer des routes à travers les Alpes et le long du Rhin.


Hélas pour lui (et probablement pour l’Empire), Claude est empoisonné en 64 par sa quatrième épouse, Agrippine. Pas de justice pour les bons empereurs.

Néron : un artiste sur le trône

C’est sans doute l’empereur du Haut Empire romain qui a le plus marqué l’imaginaire !


Agrippine a assassiné Claude pour le mettre sur le trône. Néron est son fils d’un premier lit et il a été adopté par Claude.


Néron est d’abord un bon empereur, apprécié de tous. Toutefois, sa popularité est « abîmée » par les meurtres de sa mère, de son épouse et de son beau-frère. (On… peut le comprendre.) Par ailleurs, ses prestations de poète et son goût pour les cochers de cirque lui valent le mépris des aristocrates.


Des auteurs font de lui l’auteur du grand incendie qui dévaste Rome en 64. Il faut dire qu’il en profite pour récupérer des terrains, créer un lac artificiel et bâtir sa Maison Dorée (Domus Aurea). Le Colisée est plus tard érigé à cet endroit.


Néron persécute les chrétiens en les accusant d’être à l’origine du même incendie.


Dans le même temps, les provinces d’Espagne, de Gaule, de Palestine et d’Afrique se révoltent.


Finalement, Néron est déclaré « ennemi public » par le Sénat. Il se suicide en 68. D’après la légende, il aurait prononcé ces derniers mots : « Qualis artifex perea ! » (« Quel artiste périt avec moi ! »).


C’est le dernier empereur de la dynastie julio-claudienne.

Généalogie des Julio-Claudiens - Crédits image : Atlas du monde antique de Margaret Oliphant, Éditions Solar, 1992, Paris
Généalogie des Julio-Claudiens - Crédits image : Atlas du monde antique de Margaret Oliphant, Éditions Solar, 1992, Paris

La dynastie des Flaviens

68 : l’année des quatre empereurs

Suite à la mort de Néron, l’année 68 est marquée par une violence crise de succession.

  • C’est d’abord Galba, gouverneur d’Espagne, qui est reconnu empereur. Il est assassiné par les prétoriens.
  • Ces derniers le remplacent par Othon, gouverneur de Lusitanie (Portugal actuel).
  • Vitellius, appuyé par l’armée du Rhin, vainc Othon.
  • Finalement, soutenu par l’armée d’Orient, Vespasien bat Vitellius sur le champ de bataille.

Vespasien : une nouvelle dynastie à Rome

Vespasien est reconnu à la tête de l’État au terme de la folle année de 69. C’est le premier empereur du Haut Empire romain qui ne soit pas noble.


Il introduit plusieurs nouveautés dans le fonctionnement de l’Empire. Il renouvelle le Sénat en y faisant entrer des Italiens et des représentants des provinces. Il fonde aussi de nouvelles colonies pour les soldats.


Vespasien est également le premier empereur à établir une succession fondée sur l’hérédité pure, en désignant son fils Titus comme successeur.

Titus et Domitien : une dynastie qui fait flop

Titus et Domitien sont les deux fils de Vespasien. Ils vont se succéder : Titus de 79 à 81, puis Domitien jusqu’en 96.


Le règne de Domitien se caractérise par une certaine tyrannie. Il est assassiné en 96, ce qui met fin à la dynastie des Flaviens.

Les premiers Antonins s’installent

À la mort de Domitien en 96, le Sénat veut un empereur qui ne fera pas de vagues. Il choisit Nerva, un vieil homme effacé qui n’a pas d’enfants. Nerva adopte et associe à son règne un homme qui va marquer l’Empire : Trajan.

Trajan : un Auguste +++

Trajan succède à Nerva en 98.
Il semble avoir possédé toutes les qualités augustéennes qui font un bon empereur, le côté militaire en plus.


C’est d’abord un général populaire. Il est le chef de l’armée du Rhin lorsque Nerva le choisit. Sous son règne, l’empire atteint sa plus grande expansion.

  •  En 106, il conquiert deux nouvelles régions qui vont devenir des provinces : la Dacie (Roumanie actuelle) et l’Arabie (ancien royaume vassal des Nabatéens).
  • En 114-115, il vainc les Parthes et annexe l’Arménie, l’Assyrie et la Mésopotamie. Toutefois, suite à des révoltes, ces provinces sont perdues deux ans plus tard.
Buste de l'empereur romain Trajan - Crédits photo : Mary Harrsch
Buste de l'empereur romain Trajan - Crédits photo : Mary Harrsch

Trajan est aussi un bon administrateur, ferme, éclairé et soucieux de son empire. Le butin issu des guerres est utilisé pour financer des constructions : nouveaux thermes, forum de Trajan dessiné par Apollodore de Damas… mais aussi des routes et des ponts en Italie et dans les provinces. Ces travaux permettent aussi d’occuper les légions et écarte les risques représentés par une armée de métier inactive !


Trajan prend des mesures pour améliorer la condition des pauvres, comme le système des alimenta qui pourvoit à l’entretien des fils de famille sans ressources.


L’empereur veille à ce que l’administration des provinces soit à la hauteur de ses exigences. Il choisit et surveille les gouverneurs et fait condamner des hommes corrompus. Il charge des individus de confiance, choisis pour leur intégrité, des finances publiques. (Ce sont les curateurs, une fonction qu’on retrouve tout au long du Haut Empire romain.)


L’un de ces hommes est connu : il s’agit de Pline le Jeune. Il est envoyé en Bithynie comme legatus en 111. Sa correspondance avec Trajan montre l’attention que l’empereur porte aux affaires municipales et provinciales, ainsi que l’équité dont il fait preuve dans la gestion de l’empire.


Né en Espagne, Trajan est le premier empereur issu d’une province romaine, et non d’Italie. Cela n’empêche pas le Sénat de le plébisciter. En 114, il le proclame Optimus Princeps (le meilleur des princes), en reconnaissance de ses actes qui ont restauré l’image impériale ternie par ses prédécesseurs.

Hadrien : l’empereur lettré et voyageur

Lorsque Trajan meurt, en 117, Hadrien lui succède. C’est un parent éloigné né lui aussi en Espagne.


Hadrien est un pacificateur. Il met fin aux troubles en Judée, Égypte et Cyrénaïque. Il conclut aussi la paix avec les Parthes.

Toutefois, en 132-135 a lieu une deuxième révolte juive (la première avait eu lieu sous Vespasien et Titus). Elle est conduite par Bar-Kokhba. Elle prend fin avec la destruction de Jérusalem.


Hadrien, c’est aussi un empereur nomade. Il fait de nombreux voyages dans l’Empire, inspectant les armées et créant des fortifications (limes) en Afrique et au nord de la Bretagne (Angleterre). Cette dernière est connue : il s’agit du fameux mur d’Hadrien.


Sous le règne d’Hadrien, une grande partie de l’armée est recrutée dans les provinces. Elles sont moins mobiles. Lorsqu’il y a des troubles, on envoie des détachements plutôt que des légions entières pour rétablir l’ordre.


Hadrien se distingue aussi par son goût des lettres et des arts. Il est très attiré par la culture grecque et par l’architecture. Il fait construire un temple dédié à Vénus et à la Ville divinisée à Rome. Il fait aussi rebâtir le premier Panthéon, qui a été détruit par un incendie.


Son mausolée est aujourd’hui devenu le château Saint-Ange.


Hadrien meurt en 138.

L’Urbs sous le Haut Empire romain

Rome s’était enrichie de nombreux temples et de bâtiments publics sous la République. Pendant le Haut Empire, elle s’embellit encore.


Auguste recourt énormément au marbre dans ses constructions. D’ailleurs, à la fin de sa vie, il déclare qu’il a trouvé une cité de brique au début de son règne et qu’il laisse derrière lui une cité de marbre.


On peut décompter d’autres changements très importants dans la physionomie de la Ville :

  • la construction des aqueducs, qui améliore l’alimentation en eau ;
  • le développement des égouts construits par les rois étrusques ;
  • l’édification de nombreux bâtiments de loisirs, comme un cirque immense pour les courses et le Colisée pour les jeux ;
  • l’érection d’innombrables statues et colonnes, sans compter un nouveau type de monuments qui va avoir une grande fortune : les arcs de triomphe, élevés pour célébrer les victoires de Rome.

Rome est une ville dont les empereurs achètent la paix sociale par le pain et les jeux, ce qui explique la construction d’édifices comme le Colisée. Pour la même raison, pendant toute la période, les empereurs maintiennent les distributions gratuites de blé. La leur enlever aurait certainement concouru à provoquer de graves désordres !

Plan de la Rome impériale - Crédits image : Atlas du monde antique de Margaret Oliphant, Éditions Solar, 1992, Paris
Plan de la Rome impériale - Crédits image : Atlas du monde antique de Margaret Oliphant, Éditions Solar, 1992, Paris
Plan de la Rome impériale (légende) - Crédits image : Atlas du monde antique de Margaret Oliphant, Éditions Solar, 1992, Paris

Mes balades littéraires dans la Rome antique

J’ai écrit plusieurs textes qui prennent place dans l’Empire romain du Ier et du IIe siècles. L’un de ces textes emmène le lecteur sous le règne de Néron et évoque aussi les troubles de l’époque de Tibère dus au personnage tyrannique du préfet du prétoire Séjan (La Nuit des Saturnales). L’autre, plus horrifique, plonge dans l’univers des gladiateurs dans la Carthage d’Hadrien (Le Lion). Ces deux nouvelles sont disponibles en ebook à tous mes mécènes Médée.


Je vous invite aussi à une balade irrévérencieuse dans les rues de l’Urbs du Haut Empire romain avec mon feuilleton interactif des Nuits Romaines !

Pour encore plus d’immersion dans les périodes anciennes, pensez à vous inscrire à ma newsletter ici. À bientôt !

Sources : OLIPHANT, Margaret, Atlas du monde antique, Éditions Solar, 1992, Paris

Crédits image d’en-tête : l’Ara Pacis d’Auguste imaginé en peinture sur le site romaculta.com

À PROPOS DE L'AUTEURE

Je suis Marie, passionnée d'antiquité et de mythologie grecque depuis l'enfance. J'ai acquis un gros bagage dans ce domaine grâce à mes lectures, innombrables, sur le sujet : ma bibliothèque compte plusieurs centaines d'ouvrages, sources antiques et essais historiques traitant de nombreux aspects de ces périodes anciennes.

Je suis également diplômée d'histoire ancienne et médiévale (Maîtrise, Paris IV Sorbonne). J'ai notamment travaillé sur l'antiquité tardive, le Bas Empire romain et la romanisation des peuples germaniques.

Je suis l'auteure de plusieurs romans et nouvelles, dont Atalante, qui réinterprètent et revisitent la mythologie grecque et l'antiquité.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *