Des rêves osés avec Artémis et Aphrodite !

Saviez-vous que les Grecs anciens étaient très attentifs à leurs rêves ? Ils y trouvaient des présages qu’ils avaient garde de négliger dans leur vie de tous les jours.

Ils interprétaient notamment les rêves dans lesquels ils rencontraient les dieux… surtout si ces derniers revêtaient un caractère érotique.

Je vous propose aujourd’hui de décrypter les significations des rêves dans lesquelles apparaissent la vierge chasseresse Artémis et Aphrodite, la déesse de l’amour. Je me suis penchée sur ces deux déesses car elles sont toutes deux omniprésentes dans les récits qui mettent en scène l’héroïne grecque Atalante. Vous verrez que le sujet en dit long sur les mentalités de la Grèce ancienne.

En tout cas, les croyances religieuses des Grecs anciens liées aux rêves ne manquent pas de croustillant !

Rêver d’Artémis et Aphrodite dans la Grèce antique

 

Aphrodite et Artémis sont deux déesses rivales qui s’arrachent Atalante. Dans le mythe, celle-ci appartient bel et bien à la sphère de la déesse vierge : elle chasse les fauves, elle fréquente les sombres halliers, elle tire à l’arc et lance le javelot aussi bien qu’un homme. Mais le spectre du mariage la guette, car, en tant que femme, Atalante est destinée à se marier et à enfanter. Or, le mariage et tout ce qui touche au sexe qui permet la procréation est le domaine réservé d’Aphrodite.

Artémis appartient à la triade des déesses vierges, avec Hestia et Athéna. Aphrodite, quant à elle, compte parmi celles qui ont une vie sexuelle, Héra et Déméter. Elle personnifie même davantage que les autres ce désir qui rapproche les êtres.

Les Grecs anciens étaient très conscients de cette distinction et de ce qu’il était licite d’espérer des unes et des autres. En témoigne leur interprétation des rêves. En effet, il était semble-t-il de bon augure de faire des rêves érotiques impliquant les trois déesses « autorisées » qu’étaient Héra, Aphrodite et Déméter. C’était un signe favorable qui annonçait la réalisation de ses vœux grâce à l’intervention d’instances supérieures. En revanche,

« Artémis, Athéna et Hestia, il est néfaste de s’unir, même si l’on y prend plaisir (…) car ce sont là nobles déesses, et nous avons appris en tradition que ceux qui ont mis la main sur elles ont subi de terribles châtiments ». (Artémidore).

On appréciera le « même si on y prend plaisir ». Les Grecs anciens ne méprisaient pas la chair, au contraire ! Par contre, j’aurais aimé savoir si les femmes grecques pouvaient interpréter de la même façon leurs rêves les plus torrides avec un Apollon, un Arès ou un Zeus !

En tout cas, vous allez voir que ce fait m’a inspirée ! Nous allons plonger dans l’âme et la conscience d’Hippomène, l’un des prétendants d’Atalante dans l’épisode des trois pommes d’or.

Attention ! Cette scène est réservée à un public averti, car il contient des éléments érotiques relativement explicites. Soyez prévenu.e !

Rêver de la déesse de l’amour Aphrodite ou de la chasseresse Artémis… n’implique pas les mêmes conséquences pour le Grec ancien.

Atalante Chasseresse – Extrait érotique

 

Les rituels de purification avaient duré longtemps. Il y avait trop d’enjeux en ce jour, plus que dans toutes les autres demandes qu’il avait pu faire auprès d’Aphrodite, et la belle à la ceinture d’or était susceptible. Lavé, rasé, huilé de près, Hippomène s’était présenté devant l’agalma, la statue divine, une merveille d’or qui étincelait au milieu des marbres chamarrés du sanctuaire niché dans le palais de son père Mégarée, prince d’Onchestos. Bien campé sur ses jambes, il avait levé la main droite et présenté sa paume à la déesse.

« Aphrodite d’Or ! Je me présente à toi humblement, ô ma protectrice. Tu me connais, moi Hippomène, fils de Mégarée d’illustre lignée, anax d’Onchestos la Sacrée. Tu sais ma dévotion, maintes fois témoignées par des présents de statues, de fleurs, d’encens, d’or et des marbres les plus beaux du Pentélique. Auras-tu la générosité illustre de m’aider encore ? Demain va se jouer l’événement qui décidera de ma destinée. Mon bonheur ou mon malheur… À qui d’autre pourrais-je demander l’intercession, ô ma divine, toi dont la ceinture fait naître l’amour et le désir partout autour de toi ? Sache qu’aucun de mes témoignages passés de piété n’atteindra ce que je t’offrirai à l’avenir si tu m’accordes demain ce que je souhaite et chéris plus que tout au monde. Mes largesses seront sans limite, jusqu’à ma mort, glorieuse Argynnís ! Et je promets de t’amener celles de ma parthenos, qui se refuse encore à honorer tes charmes pour leur préférer Artémis, la déesse farouche des sombres halliers… si tu me fais la grâce d’en faire mon alochos. »

À l’heure où la chouette hulule dans les profondeurs et que Nyx garde ses filets ténébreux tendus sur la toile du ciel, Hippomène tournait et retournait dans sa couche. De la fenêtre ouverte lui parvenait une brise légère, caressante, qui ourlait sa peau moite de fraîcheur et d’écume. Elle entraînait dans son sillage un délicat écho de la vie nocturne. Ces chants lointains essaimaient-ils depuis la cité ? Sortaient-ils des gorges délicates de quelques hétaïres qui ravissaient les sens de leurs bons amis dans les maisons de plaisir du port ? Ou bien était-ce le bruissement des herbes, par-delà les murs d’Onchestos, que foulaient les nymphes de leurs pieds menus ?

La brise prit de la pesanteur sur son bras. Elle glissa jusqu’à son épaule, elle s’enroula autour de son torse, elle descendit plus bas, sous les draps, pour juger de sa virilité. Hippomène tressaillit. Ce parfum qui mêlait le sel et le miel, le lys et la myrte, la pêche et le cuir… il pénétrait ses narines et embrouillait ses sens par tous les pores de la peau. Un doux chatouillement anima la chair de son cou, puis celle de sa poitrine. Son téton frissonna et se durcit. Tout son corps se préparait à l’assaut, il le sentait plus ardent au travers de sa léthargie, il le regardait en spectateur. Quelle étrange sensation…

Il lui sembla qu’il ouvrait les yeux, qu’il entrebâillait juste ses paupières sur cet instant. Un long chatoiement d’or éblouit sa rétine. Il lui fallut un temps pour comprendre ce qu’il voyait, le temps d’une pesanteur sur son bassin tandis que le drap s’envolait. Une lumière aveuglante irradiait devant lui. Il perçut une silhouette, l’arrondi charnu de longues cuisses qui enserraient les siennes, celui d’un sein tandis que le corps se dépliait pour se laisser admirer. Des bras étincelants de blancheur dans l’obscurité se levèrent avec grâce, en soulevant une chevelure parée de tous les joyaux du monde. Hippomène déglutit. Il avait déjà fait pareil rêve, un jour, alors qu’il devenait homme. Il en gardait des souvenirs si vifs de plaisir qu’il en tremblait encore, et aussi l’impression de n’être qu’un objet impuissant aux mains d’un géant.

Et de quels sentiments est tissée cette impression, Hippomène ? Toi qui me demandes d’enchaîner à ton cœur un autre cœur.

La femme s’arc-bouta lentement sur lui. Sa toison soyeuse glissa avec insistance, avec autorité sur son membre. Le jeune homme empoigna les draps du lit en se mordant les lèvres. Son sexe était si gonflé de désir qu’il lui en faisait mal. Il gémit tandis qu’elle se penchait sur lui et que ses mains, douces comme la soie, brûlantes comme les braises, couraient sur son torse. Ses longues mèches d’or glissèrent dans son cou tandis qu’elle se penchait pour l’embrasser. Le velouté humide de ses lèvres sur sa peau exaspéra les sens d’Hippomène. Il voulut lever les bras, saisir la taille, bouger son bassin, mais une force inouïe l’en empêcha. Il était l’offrande.

Alors, Hippomène ?

Dérangeant de n’être qu’un jouet privé de consentement, même dans les bras de la plus belle des déesses.

Le corps se redressa. Aphrodite apparut dans tout l’éclat de sa splendeur, toute blanche, toute blonde, pétrie de lumière. Un rire tout à la fois suave et cristallin résonna aux oreilles du jeune homme et il sentit se lever la pesanteur sur son corps. Le sang afflua brutalement dans ses membres engourdis. Avec hésitation, il leva un bras. La divine s’en saisit, entremêla ses doigts aux siens et le fixa de son regard clair.

Alors, enhardi, il la saisit par la taille et la fit basculer sous lui. Le rire le poursuivit tandis qu’il couvrait de baisers la chair pleinement offerte, que les sèves féminines l’étourdissaient de leurs parfums, que ses mains redessinaient avec volupté toutes les formes de ce corps généreux. Les cuisses, chaudes et douces, qui enserraient sa taille finirent par céder leur tribut. Il s’en empara hâtivement, la tête pleine de l’instant, mais aussi rêvant à la conquête à venir, plus ardemment convoitée, passionnément aimée, espérée et attendue depuis toujours. Pusse-t-elle gémir de plaisir tout pareillement, sa vierge enfin domptée !

Le rire s’éteignit. Dans un vigoureux coup de rein, la divine reprit l’ascendant sur lui. Son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine. Sa verge, presque parvenue à satisfaction, pulsait douloureusement. Sous ses mains, les longues cuisses frémissaient d’ardeur. Si puissantes… Il ouvrit les yeux — quand les avait-il fermés ? Le long corps pâle lui apparut brouillé. La déesse reprit le cours de la danse interrompu, soulageant la tension dans son membre par de grands coups de reins. Plus vive, plus véloce, plus sauvage… Au bord de la rupture, il considéra la silhouette élancée, les longs bras aux muscles ciselés, les seins menus au-dessus de la taille fine. Dans l’ombre du visage, deux iris farouches étincelaient. Une peur venue du fond des âges saisit Hippomène. Mais son corps, ensorcelé par la belle, n’en faisait plus qu’à sa tête. Un plaisir violent l’inonda tandis qu’il jouissait entre les cuisses de la déesse vierge Artémis.

J’espère que cela vous a plu. Quelle l’interprétation donnez-vous du rêve d’Hippomène ? Qui, d’Artémis et Aphrodite, guidera le destin du jeune homme… et celui d’Atalante ? Vous le saurez en lisant ce nouvel extrait ou en découvrant la version intégrale du roman Atalante, disponible dans toutes les librairies.

Et puisque vous aimez la mythologie grecque, que diriez-vous de vous évader aux côtés de la pythie de Delphes ? Je vous offre l’ebook de ma nouvelle Le Dit de l’oracle ici !

Sources : Les Femmes grecques à l’époque classique, de Pierre Brulé

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