Hippomène, un amant d’Atalante parmi d’autres ?

Qui est donc cet Hippomène qui apparaît dans certains des mythes de l’héroïne grecque Atalante ? A-t-il une existence propre, indépendante de celle-ci, ou n’est-il qu’un des éléments des récits de la vierge chasseresse ? Sans prétendre à l’exhaustivité, je vous propose de faire un petit point. Puis de découvrir le portrait que j’ai tracé de ce personnage dans ma version du mythe d’Atalante !

Hippomène et les trois pommes d’or

 

Hippomène est le personnage principal, avec Atalante, du mythe des trois pommes d’or. Dans cet épisode héroïque, Atalante refuse de se marier. Pour se débarrasser des pressions matrimoniales dont elle est l’objet, elle défie ses prétendants de la battre à la course. Ceux qui échoueront mourront (de sa main). Celui qui gagnera l’épousera.


Hippomène, ou Hippoménès, est l’un de ces prétendants. Futé, le jeune homme demande l’aide de la déesse Aphrodite.

Celle-ci est ravie de rouler cette jeune impertinente qui refuse de s’abandonner aux plaisirs dont elle est la patronne. Elle donne trois pommes d’or à Hippomène.


Et alors, me direz-vous ? En quoi ces pommes peuvent-elles bien aider le jeune homme à gagner la course ? En réalité, le choix du fruit n’est pas anodin : il a une forte connotation sexuelle dans la Grèce antique. Pendant l’épreuve, lorsque Hippomène les laisse tomber devant Atalante, celle-ci tombe en pâmoison. Elle est littéralement vaincue par l’amour. Hippomène a gagné et la course, et la main d’Atalante.

Hippomène par le sculpteur Guillaume Coustou, Bassin des Carpes du Parc Marly. Actuellement au Louvre. On voit Hippomène qui s'apprête à lancer une pomme d'or en direction d'Atalante.

Hippomène, l’amant d’Atalante

 

Hippomène n’est décrit que comme amoureux d’Atalante. Dans le Catalogue d’Hésiode, il veut tellement l’épouser qu’il est prêt à mourir dans l’épreuve :

« Lui courait pour sa vie : sans autre choix que la fuite / Ou la capture. »


Mais, si beaucoup d’hommes désirent ou s’éprennent d’Atalante, ils ne sont pas si nombreux à en être aimés. Or, c’est le cas d’Hippomène, grâce à la magie des pommes (et d’Aphrodite, après tout déesse de l’amour !). Ovide nous dit en effet dans Les Métamorphoses :

« Elle dit, et naïve encore, blessée par le dieu du désir pour la première fois, ignorant ce qui lui arrive, elle aime sans se douter qu’elle aime. »

Hippomène métamorphosé avec Atalante

 

Hippomène apparaît dans un autre mythe d’Atalante : celui de la métamorphose en lion (et en lionne pour Atalante).


L’histoire raconte que les deux époux se retrouvent dans un temple de Cybèle ou de Zeus (les versions diffèrent selon les auteurs). Là, un dieu leur inspire un violent désir. Ce pourrait être l’œuvre d’Aphrodite, furieuse qu’Hippomène ne l’ait pas remercié comme il se doit de son aide dans l’épisode de la course. Les deux amants consomment donc leur passion dans le sanctuaire. C’est un sacrilège, un anosios gamos (un mariage impie). Ils sont punis de leur bestialité par un châtiment adapté : ils sont métamorphosés en lion et en lionne.

Précisons un détail : les anciens, semble-t-il, pensaient que les lions ne s’accouplaient jamais entre eux, mais avec des léopards. C’est en tout cas ce que nous raconte Pline l’Ancien dans son Histoire naturelle. Le châtiment consistait donc surtout en la privation des plaisirs de l’amour entre les deux amants.


Dans certaines versions de ce récit, Hippomène est remplacé par Mélanion, un autre amant d’Atalante dans d’autres histoires.

Y aurait-il Hippomène sans Atalante ?

 

Trouver des informations sur Hippomène qui ne concerne pas son lien avec Atalante est difficile !


D’après la Cynégétique de Xénophon, il a été l’élève du centaure Chiron — mais comme Atalante. J’ai vu aussi qu’on le disait fils de Mégarée, roi de la cité d’Onchestos, en Béotie. Finalement, Hippomène est un satellite d’Atalante. Et, oui, il n’est qu’un amant parmi d’autres (Méléagre, Mélanion, voire Pélée).


Avouons que, dans cette mythologie souvent très centré sur des héros qui, à l’occasion, s’appuient sur des adjuvants féminins, ça fait un peu plaisir.


Reste qu’Hippomène était à mes yeux une belle matière pour un personnage masculin d’envergure. J’espère lui avoir fait justice dans ma nouvelle sur Atalante.

Cette nouvelle est à lire entièrement et gratuitement en ligne. En voici un extrait ci-dessous.

Hippomène surgit dans la clairière comme un fou furieux. Un bruissement de voix l’avait guidé sur les dernières lieues. Une foule de domestiques, d’esclaves, d’artisans, de gardes, de courtisans du prince… s’écarta, surprise, lorsqu’il se rua au milieu d’eux. Au prix de quelques bousculades et de nombreuses récriminations, il se fraya un passage. Le bruit de l’eau vive jaillie des hauteurs de l’Helicon s’intensifia et la brume fraîche l’assaillit. Ce fut une caresse sur sa peau échauffée par la longue course dans la montagne. Il avait tellement transpiré que sa chlamyde était trempée de sueur.


La transpiration voilait ses yeux. Il passa une main sur son visage en regardant autour de lui avec inquiétude. Arrivait-il trop tard ? Un silence s’était fait à son approche. Il ne vit d’abord qu’un conglomérat de couleurs vives, les tissus des suivants, le lin, la laine, la soie, le métal aussi, qui contrastaient avec les verts de la forêt qui les cernait autour de la source. Puis son regard croisa celui de Schœnée. L’anax était debout près du petit bassin alimenté par la cascade, très droit, le pied confiant sur les rochers glissants. Il se tenait tout juste à l’endroit où siégeait autrefois Chiron lorsque celui-ci arbitrait les conflits d’enfants d’Hippomène et d’Atalante. Les yeux d’aigle du prince étaient amènes et le jeune homme y trouva du réconfort. Il avait toujours été gracieux aux yeux du père d’Atalante. Après tout, il était le seul camarade qu’elle eût jamais toléré à ses côtés, ce qui n’était pas un mince exploit.


Le silence qui l’entourait fut rompu par le froissement de l’herbe sous des pas légers. Légers, mais certes pas hésitants.

Hippomène tourna la tête et vit venir à lui Atalante. Elle était magnifique. Élancée, fuselée comme un rameau vert tendu vers le soleil, elle avait la chair couleur de pêche mûre, bien loin du blanc de lait de sa mère et des autres femmes de la maisonnée. Tout en elle vibrait de force et de joie, de ses longues cuisses musclées jusqu’à ses épaules bien ourlées. Le sein adorable que sa robe laissait nu lui rappela avec une émotion inquiète l’orbe délicat de la déesse vierge… Elle était chaussée de sandales et un bonnet retenait ses longs cheveux, sans parvenir à les contenir entièrement. Quelques mèches s’en échappaient et allaient folâtrer sur la nuque et autour des oreilles. Hippomène retint son regard alors qu’il commençait à suivre la ligne douce, du lobe d’oreille à la courbe du menton puis à celle de la gorge. Il ne devait pas se laisser distraire, pas maintenant. Du reste, Atalante ne lui permit aucune distraction. Son regard, lumineux d’abord, se fit perçant alors qu’elle s’approchait de lui. Un bref instant, il y avait eu l’allégresse dans ses yeux d’écorce caressante, puis le doute s’était fait jour et le bois devint dur.

Lorsqu’elle se planta devant lui, les pieds campés dans l’herbe folle comme si elle était une émanation même des puissances de la terre, elle avait compris. Il sut ce qui démangeait sa main, qu’elle tenait poing fermé contre sa cuisse. Tous les regards étaient fixés sur eux. Doucement, il murmura :


« Ne me gifle pas, Atalante. Ne me fais pas affront ainsi devant mes rivaux. S’il te plaît. »


Une amertume puissante envahit les yeux de la jeune fille et chassa la colère. Hippomène en eut le cœur étrangement serré.


« Tu le mériterais bien, pourtant, car c’est toi qui me fais affront aujourd’hui par ta trahison. »


Que répondre à cela ? Il se tut et elle ne le frappa pas. Elle se détourna de lui et clama :


« Il est l’heure ! Nous verrons bien si les dieux vous sont propices. Courez donc pour gagner ma main… et conserver la vie. »


Elle acheva ces mots en dardant un regard de défi triste sur son ami d’enfance. Alors, Hippomène remarqua qu’elle portait dans le dos son grand arc de chasse et son carquois d’ivoire rempli de flèches. Il en resta interdit un instant. Ce fut la voix de Schœnée, venu le rejoindre au milieu de la clairière, qui le sortit de sa stupeur.


« C’est une épreuve à mort, mon garçon. Ma fille a annoncé qu’elle exécuterait tous ceux qui n’arriveraient pas à la distancer. »

Et il ajouta plus bas, d’un ton plein d’excuse :

« Je l’ignorais.


— Ce n’est pas grave, s’entendit répondre le jeune homme d’une voix lointaine. Je sais que je vais y arriver. »


Si ce n’était aujourd’hui, jamais il n’obtiendrait l’hymen avec Atalante. Sa chasseresse venait de prouver, avec cruauté, qu’elle ne céderait jamais. La mort ou la vie sans elle, le choix était vite fait.

Mourir de la main d’Atalante ou vivre sans elle : mon Hippomène est aussi absolu que celui d’Hésiode ! J’espère qu’il vous plaît ainsi. 😉 La suite des aventures d’Hippomène et Atalante se trouve par ici !

Vous pouvez aussi acheter le roman Atalante dans sa version papier intégrale en librairie.

Si vous aimez l’antiquité et la mythologie grecques, je vous invite également à télécharger ma nouvelle sur la pythie de Delphes. C’est gratuit !

À bientôt !

Crédits images en-tête : Atalante et Hippomène par Guillaume Coustou.

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