Mais qui est Atalante ?

Qui est Atalante ?

Entre la jeune femme que l’on voit courir dans les tableaux des maîtres des XVIIe et XVIIIe siècles et l’héroïne des bandes dessinées qui rejoint les Amazones, il y a un monde. Pourtant, les peintres, les illustrateurs, les écrivains, les poètes qui ont célébré Atalante puisent tous à la même source : les mythes grecs antiques.

Je vous propose donc de redécouvrir l’Atalante de la mythologie grecque originelle. Allons explorer quelques-unes des nombreuses versions du mythe !


Et, parce que j’aime passionnément la littérature autant que j’adore la Grèce mythologique, vous trouverez un extrait de ma version du mythe à la fin de cet article. 🙂

L’Atalante sauvage : l’enfant abandonnée aux fauves

 

Atalante est tantôt la fille d’Iasos, roi du Péloponnèse (tradition arcadienne) tantôt la fille de Schœnée (tradition béotienne).


Iasos ne veut pas de fille. Il ne veut que des garçons. Dans la version arcadienne du mythe, donc, Atalante est exposée par son père dans la nature. Elle survit grâce à une ourse qui l’allaite. On retrouve là le topos de l’enfant nourri par un animal sauvage, comme les jumeaux Romulus et Rémus des légendes. Là où les fondateurs de Rome vont ensuite être recueillis par un berger, Atalante est recueillie par des chasseurs.


Cette Atalante-là est donc chasseresse jusqu’au bout des doigts. Très farouche, elle refuse le mariage, comme quasiment toutes ses autres versions. C’est une constante dans le mythe. Atalante se consacre à Artémis : elle veut rester dans le monde sauvage, qui est aussi, symboliquement, celui de l’enfance.

L’Atalante camarade de Thésée et Jason

 

D’autres versions d’Atalante la présentent comme un personnage important dans des quêtes célèbres, qui rassemblent de nombreux héros auprès d’elle.

  • Elle participe à la chasse du sanglier de Calydon, une créature monstrueuse envoyé par Artémis, auprès de Thésée, Pélée et Méléagre. Elle est la première à blesser l’animal grâce à l’un de ses traits.
  • Dans certains écrits, comme ceux de Diodore de Sicile, elle est l’un des Argonautes conduits par Jason en Colchide pour s’emparer de la Toison d’or.
Dans cette peinture de Theodoor Boeyermans (1677), on voit Atalante, à droite, qui brandit l'arc avec lequel elle a tiré le premier trait qui a blessé le sanglier de Calydon.

L’Atalante de la course contre Hippomène

 

Atalante fille d’Iasos est chasseresse. Elle est intimement liée à Artémis et au monde sauvage qui symbolise celui de l’enfance (et donc de la virginité). Mais il existe aussi une autre forme d’Atalante : l’athlète.


L’Atalante-athlète est la fille de Schœnée. Elle aussi refuse de se marier. Pour éviter ce sort, elle impose une épreuve à ses prétendants : celui d’une course. S’ils perdent, ils mourront. Celui qui gagnera pourra l’épouser.


La course est « truquée » par l’intervention de la déesse Aphrodite, qui aide l’une des prétendants, Hippomène (ou Mélanion selon les versions) en lui donnant trois pommes d’or. Le jeune homme les jette devant Atalante pendant la course. Distraite, celle-ci le laisse filer… On connaît la suite.

Cette peinture de Noël Hallé (1765), au Louvre, montre comment Hippomène vainquit Atalante à la course grâce aux trois pommes d'or.

L’Atalante mère

 

Vous ne le savez peut-être pas, mais Atalante est aussi une mère ! Cette version-là du mythe étonne, alors que l’héroïne est toujours liée à l’idéal de virginité.


Pourtant, Atalante est aussi présentée comme la mère de Parthénopée, l’un des membres de lexpédition des Sept contre Thèbes.

Mon Atalante de la mythologie grecque

 

En tant qu’auteur amoureuse de mythologie grecque, j’ai eu très envie d’explorer cette matière littéraire. Je vous propose donc de découvrir ma version d’Atalante. J’en propose un nouvel extrait chaque semaine, gratuitement, ici même. 🙂


Vous verrez dans ces extraits quelle version de l’héroïne j’ai choisi de mettre en valeur. Il y a tant à dire sur ce beau personnage !

Hippomène avait tardé sur la route. Depuis Onchestos, tout s’était ligué contre lui pour le retenir. D’abord son père, Mégarée, qui, averti de son projet, lui avait asséné un long laïus moralisateur sur les dangers d’un tel choix.


« Crois-tu vraiment que tu la vaincras ? Tu n’y es jamais parvenu par le passé. Et quand bien même tu la battrais sur son terrain de prédilection, saurais-tu la changer pour qu’elle devienne une bonne épouse ? Elle n’est pas femme, cette furieuse que l’on voit et que l’on entend toujours trop ! Tu risques ta réputation avec elle. Si j’ai consenti à ton projet, par affection pour toi, si j’ai accepté de perdre mon aîné en le donnant à Schœnée qui a besoin d’un héritier, laisse-moi te redire, mon fils, que je crains l’issue de cette initiative. Puisses-tu ne pas la regretter, et moi avec… »


Puis, à la porte nord-ouest d’Onchestos, un rassemblement de paysans qui bloquait l’entrée, et avec elle tous les marchands venus échanger avec l’anax. Ils venaient se plaindre de la disette. L’orge et le froment n’étaient pas encore mûrs, les récoltes de l’année précédente avaient été mangées depuis longtemps et les blés venus d’au-delà les mers et promis par le prince n’étaient pas encore parvenus à Onchestos.

Foin de ces huiles, de ces parfums, de ces bronzes qu’apportaient les commerçants du port ! Tout cela ne se mangeait pas.


L’aube était à peine là, mais Hippomène vit le soleil monter dans le ciel sur sa trajectoire oblique avec une hâte angoissante. Finalement, après avoir réussi à remettre un peu d’ordre dans la foule désemparée avec l’aide des gardes de la cité, Hippomène put se libérer. L’un de ses cadets, Taxiárchis, vint prendre la situation en main et, sur une interpellation moqueuse (« Va donc mordre la poussière contre ta virile ! »), il le congédia. Le jeune homme ne répondit pas plus à son frère qu’à son père. Il lança sa monture dans une course échevelée pour rattraper le temps perdu.


Furieuse ? Virile ? Elle n’était rien de tout cela, son Atalante. Tandis qu’il quittait la plaine et s’engageait dans les piémonts déjà découpés de l’Hélicon, Hippomène agitait ses pensées avec colère. Au sud, la mer apparaissait puis disparaissait au gré des reliefs, jouant avec le soleil entre les moutonnements verts et bruns des forêts. L’étendue lisse avait volé au ciel son azur mais, diaprée dans la lumière éclatante du matin, elle voilait souvent sa robe bleue sous des scintillements d’or aveuglants.

Découvrez mon Atalante de la mythologie grecque !

 

Et puis, soudain, le désastre. Echo, son cheval, ralentit l’allure. Le jeune homme eut beau tirer sur les brides et presser les flancs de la monture de ses talons, rien n’y fit. L’animal regimba même lorsqu’il força sur le filet ; Hippomène lui abîmait la bouche, au malheureux, et celui-ci n’avait pas l’habitude d’une telle brutalité de la part de son maître. Le jeune homme finit par sauter à terre et ne put que constater l’évidence. Son étalon boitait.


Ce pouvait-il que Poséidon, le maître du bois sacré d’Onchestos, désapprouva lui-même son initiative !


Pas le temps de faire quoi que ce soit pour réparer cette infortune. Il en coûtait à Hippomène, mais il se l’était juré, rien ne viendrait se mettre en travers de son projet. Il amena Echo jusqu’en la cahute d’un berger, accrochée à la roche non loin du chemin, au départ d’un sentier de chèvre. Des enfants dépenaillés, couverts de poussière, l’accueillirent en bondissant comme des cabris. Avec une poignée de pièces et la promesse d’en donner bien davantage si sa bête était bien soignée, le jeune hommes espéra avoir gagné leur loyauté. Pour le reste, il ne lui restait plus qu’à courir.


C’est ce qu’il fit. Il avala de sa foulée rapide les dernières lieues qui le séparaient de la cité de Schœnée. La matinée était déjà entamée avec toutes ces sottises et il était en train de perdre des ressources précieuses, dont il aurait bien eu besoin contre sa terrible chasseresse. Tout ruminant, il se remémora les jours d’avant l’enfance, ceux des roulades dans l’herbe, sous le regard sagace du vieux Chiron, les empoignades échevelées, les courses qui leur arrachaient toute haleine et les laissaient pantelants à la cascade, la langue tirée jusqu’aux genoux… et toujours vaincu pour lui, vainqueur pour elle, quelque peine qu’il se fût donné pour triompher. Les jambes flageolantes, le cœur battant à tout rompre, le souffle égaré, exténué, peu importait ses efforts : elle gagnait toujours.


Sans l’aide d’Aphrodite, il n’avait aucune chance de remporter l’épreuve. Aucun des prétendants n’y parviendrait. Il fallait que la divine à la ceinture d’or l’assistât, ou c’en était fini de lui.


Encore fallait-il qu’il arrivât à temps pour concourir ! Hippomène jeta un coup d’œil anxieux au sud-est. Le soleil était déjà bien trop haut dans le ciel !


Tant pis, il fallait jouer son va-tout. Un embranchement se présenta face à lui. À gauche, la route s’en allait jusqu’en une vallée encaissée où la cité de Schœnée nichait. À droite, elle prenait de l’altitude : elle allait se perdre dans des forêts accrochées à l’Helicon, parcourues de sources, de torrents et de chutes d’eau.

C’était le terrain de chasse d’Atalante et le sien depuis des années.


Si tu la connais aussi bien que tu le prétends, tu sauras l’endroit qu’elle a choisi pour humilier ses prétendants.


C’était peut-être l’ultime épreuve imposée par les dieux. Du reste, s’il allait jusqu’à la cité pour se renseigner, il arriverait trop tard, c’était certain.


Il bifurqua vers la droite. Vers le nord et ses indomptables futaies.

Hippomène arrivera-t-il à temps pour participer à la course ? Vous le saurez dans la suite de ce récit centré sur l’Atalante de la mythologie grecque. 😉

Vous trouverez aussi le roman Atalante dans sa version papier intégrale dans toutes les librairies. 🙂

En attendant, puisque vous aimez la mythologie grecque, je vous propose un ebook gratuit centré sur le personnage de la pythie de Delphes. C’est entièrement gratuit et ce n’est que le premier des cadeaux que je vous prépare. 🙂

À bientôt !

Crédits d’image en-tête : Antonios Ntoumas

Sources : DRUILHE, Émilie, Farouche Atalante.

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