Gare aux charmes d’Aphrodite…

Article mis à jour le 18 octobre 2025

Oui, dans la mythologie grecque, Aphrodite est la déesse de l’amour, c’est la beauté, c’est le désir… mais c’est aussi le mariage. Les rôles d’Aphrodite sont multiples. Nous allons brosser assez largement le portrait de cette déesse charmante pour comprendre pourquoi elle a gagné et gardé sa place dans des sociétés aussi « strictes », pourrait-on dire, sur la place des femmes dans la société. Nous allons donc parler de sa naissance et de ses amants, mais aussi de ses cultes et de ses représentations. Comme souvent, gare aux clichés !

Qui est Aphrodite ?

Aphrodite est la déesse de l’amour, de la beauté et de la séduction. Elle est aussi liée à la fécondité qui s’ensuit.

Dans l’Odyssée d’Homère, on a une scène qui présente typiquement la déesse dans ses œuvres :

« Elle allait à Paphos, l’Aphrodite aux sourires ! Retrouver son enclos, l’encens de son autel, et, l’ayant mise au bain, les Grâces la frottaient de cette huile divine qui reluit sur la peau des dieux toujours vivants, puis elles lui passaient une robe charmante, enchantement des yeux. » (Chant VIII, 361-367)

La naissance d’Aphrodite

Dans l’Iliade d’Homère, Aphrodite est la fille de Zeus et de Dioné (elle-même fille d’Ouranos et de Gaia). Mais dans la Théogonie d’Hésiode, c’est une déesse bien plus ancienne. Elle serait née de l’écume de la mer, fécondée par le sperme d’Ouranos (Ciel) tranché par Cronos sur l’ordre de sa mère Gaia (Terre) et jeté dans la mer.

De là vient qu’on l’appelle Aphrodite : car elle aurait émergé de l’écume (aphros).

«  je jouis de quelque crédit dans l’Océan, s’il est vrai que je fus jadis une écume qui a pris corps au milieu de l’abîme et que de là est venu le nom grec que je porte » (Ovide, Métamorphoses, IV, vers 531 et suivants)

C’est elle que l’on voit dans le célèbre tableau de Boticelli, Vénus sortie des eaux.

Dans cette deuxième version, Aphrodite a aussitôt été transportée par les Zéphyrs à Cythère, puis à Chypre (Paphos), ses deux îles de prédilection. Elle y a été vêtue, couverte de bijoux et de parfums, puis conduite chez les dieux.

De là lui viennent deux autres de ses noms : Cythérée (Cythère) et Cypris (Chypriote).

Deux Aphrodite : la vulgaire et la céleste

Dans son Banquet, Platon a disserté sur cette double origine de la déesse Aphrodite pour développer une réflexion philosophique. Pour lui, il y a deux versions de la divinité :

  • La fille d’Ouranos, dite aussi Uranie, qui représente l’amour pur et noble. C’est elle qui permet la relation d’homophilie qui engage le jeune homme (éromène) dans sa vie d’adulte. Nous ne sommes pas dans l’amour érotique car l’adolescent n’en est pas encore capable (seuls les hommes et les femmes adultes peuvent partager la jouissance des plaisirs d’Aphrodite) : nous sommes dans un sentiment plus élevé.
  • La fille de Dionè, dite aussi Pandémos, qui incarne l’amour « vulgaire ». C’est elle qui provoque les sourires, le désir, qui crée le charme, qui attise la volonté de séduire. Elle peut aussi utiliser la ruse et la tromperie si cela permet d’atteindre l’objet du désir. Elle gouverne le champ des relations sexuelles visant la satisfaction physique.

« Comment nier qu’il y ait deux Aphrodites ? L’une, qui est sans doute la plus ancienne et qui n’a pas de mère, c’est la fille d’Ouranos, celle que naturellement nous appelons la « Céleste ». L’autre, la plus jeune, qui est la fille de Zeus et de Dionè, c’est celle que nous appelons la « Vulgaire ». » (Platon, Le Banquet, 180d–181e )

Xénophon dans son Banquet fait la même distinction entre Aphrodite la Populaire, qui s’occupe des amours du corps, et Aphrodite la Céleste, qui s’occupe de ceux de l’âme, des belles actions, de la philia.

Je ne vais pas aborder davantage cette question philosophique dans le reste de l’article, mais je tenais à vous en parler ici ! 🙂

Aphrodite : un mari et des amants

Héphaïstos et Arès : qui est l’époux ?

De nos jours, on présente toujours Héphaïstos comme l’époux d’Aphrodite. Toutefois, dans l’antiquité, c’est plus souvent avec Arès que la déesse est mariée. L’amour et la guerre : l’union des contraires.

Même dans l’Iliade (Chant XVIII, 382-383), le dieu Héphaïstos n’est pas l’époux de la déesse Aphrodite, il est celui de Charis.

C’est l’Odyssée d’Homère qui a inscrit Héphaïstos, le dieu boiteux, comme l’époux d’Aphrodite. Ce mariage est très peu attesté ailleurs.

Héphaïstos ne plaît pas à Aphrodite, il n’est pas beau. Elle le traite négligemment, avec indifférence, allant même jusqu’à punir violemment Lemnos de l’avoir mal vénérée, alors que cette île est une résidence de son époux.

Qu’il soit son époux ou son amant, Aphrodite préfère toujours Arès, le dieu de la guerre. Tous deux se désirent et s’aiment.

« Le dieu des combats ne put supporter ses larmes plus longtemps ; il fait passer son javelot dans la main gauche, saute sans plus tarder de son haut char et comme il la serre dans son bouclier il la blesse en l’étreignant » (Stace, Thébaïde, III, 291-294)

Sa hâte est maladroite mais sincère.

L’adultère avec Arès

C’est l’Odyssée (chant VIII, 265-370) qui raconte en premier la découverte de l’infidélité d’Aphrodite avec Arès par le dieu Hélios (le Soleil). Celui-ci avertit l’époux trahi. Héphaïstos tend un piège aux amants et Aphrodite et Arès se retrouve prisonniers d’un filet aux mailles invisibles (personne ne peut rivaliser avec Héphaïstos en artisanat !). Tous les dieux de l’Olympe sont conviés par l’époux à constater son infortune.

Ovide aussi raconte l’épisode dans ses Métamorphoses (IV, vers 171 et suivants). C’est cet épisode qui provoque le célèbre « rire homérique » d’un des dieux face à la scène.

Héphaïstos trompé est cependant dévoué à sa femme. Aphrodite le dit elle-même à Arès, son amant :

«  cet époux bafoué, irrité, m’est cependant tout dévoué ! Si je lui ordonnais de verser sa sueur pour moi sans quitter ses forges et de passer des nuits entières de veille à l’ouvrage, il s’en réjouirait et te réparerait, oui, même à toi, de nouveaux équipements et de nouvelles armes » (Stace, Thébaïde, III, 275-280)

Une flopée d’amants et de favoris

Qui sont, parmi les mortels et les autres dieux, les « bienheureux » qui reçurent l’amour de la plus belle des déesses ?

Adonis

Adonis est né des amours incestueuses de Myrrha avec son père Cinyras. En grandissant, il devient un beau jeune homme qui va inspirer l’amour chez la déesse Aphrodite :

« celui qui était fils de sa sœur et de son grand-père, (…) le voilà maintenant un jeune homme, le voilà un homme et voilà que par sa beauté il se surpasse lui-même ; voilà qu’il charme jusqu’à Vénus et qu’il se venge sur elle de la passion inspirée à sa mère. » (Ovide, Métamorphoses, Livre X)

Hélas, Adonis meurt en affrontant un sanglier. Inconsolable, la déesse inscrit son souvenir à jamais en faisant naître de son sang la première anémone (ou rose selon les versions).

Dans le Livre X des Métamorphoses toujours, Ovide donne l’étiologie d’une fête grecque, les Adonies, d’origine syrienne, passées d’abord à Chypre puis répandues dans tout le monde grec. Les femmes y revivaient la douleur d’Aphrodite devant la mort d’Adonis. Théocrite décrit cette fête à Alexandrie dans Les Syracusaines (Idylles, XV).

Anchise

Anchise a une place particulière dans la vie amoureuse d’Aphrodite, et aussi dans la mythologie tout court, car les deux amants ont une postérité. (Une sacrée postérité, même !)

Anchise est un berger troyen que la déesse rencontre sur le Mont Ida, lieu d’amour s’il en est. L’Hymne homérique à Aphrodite raconte comment Zeus, pour rabaisser la déesse au rang de toutes ses victimes, lui inspire le désir de ce simple mortel. Aphrodite paraît devant Anchise en se faisant passer pour une mortelle innocente ; en la voyant, le berger s’en éprend aussitôt.

« L’amour s’empara d’Anchise qui lui dit ces paroles en s’exprimant ainsi :
« S’il est vrai que tu es une mortelle […] comme tu l’affirmes,
tu porteras toujours le nom de mon épouse :
non ! personne, dieu ni homme, ne pourra m’empêcher désormais
de m’unir à toi, ici même, maintenant, tout de suite ;
le grand archer Apollon devrait-il décocher des flèches douloureuses
je consentirais ensuite, ô femme semblable aux déesses,
à disparaître dans la demeure d’Hadès après être monté dans ton lit. » » (Hymne homérique à Aphrodite, 143 sq, traduction J. Humbert)

Selon certaines sources littéraires, cet amour est durable. Dans les Métamorphoses (IX, 424), Aphrodite souhaite le rajeunissement d’Anchise. Ils seraient peut-être même mariés.

De cette union naît Énée, l’un des ancêtres fondateurs de Rome. (On en reparle plus bas.)

D’autres amants et des favoris

La déesse Aphrodite aurait aussi séduit (et été séduite par) :

  • le vieux Phaon, auquel elle aurait donné jeunesse et beauté
  • Dionysos ou Zeus lui-même, dont elle a un fils, Priape
  • Hermès, avec lequel elle conçoit Hermaphrodite
  • etc.

Notons aussi Pâris. Ce n’est pas un amant, mais un « chouchou », un favori. Tout le monde connaît le jugement de Pâris : comme il lui avait offert le prix de la plus belle déesse contre Héra et Athéna, Aphrodite lui offrit la plus belle femme du monde, Hélène. C’est ainsi que commença la Guerre de Troie (selon Stasinos de Chypre, les Chants cypriens et l’Iliade).

Les enfants d’Aphrodite

Aphrodite a toute une progéniture — j’ai choisi de vous présenter ses enfants les plus emblématiques, ceux auxquels la déesse voue une attention particulière.

Éros et sa fratrie

Arès et Aphrodite ont plusieurs enfants. D’après certains versions (Simonide d’Amorgos par exemple), Éros est l’un d’eux. Dans d’autres cas, il s’agit plutôt d’une divinité primordiale et d’un amant d’Aphrodite. Il peut aussi être le fils d’Ouranos et de la déesse. De toute façon, il est subordonné à Aphrodite.

Éros fait parfois partie d’une double paire d’enfants :

  • Éros (l’amour) et Antéros (l’amour en retour)
  • Deimos (la terreur) et Phobos (la crainte)

Ces deux derniers sont plus souvent rattachés exclusivement à leur père, avec Eris, la Discorde.

Éros (Cupidon chez les Romains) est très proche de sa mère ou amante. La déesse l’utilise pour provoquer l’amour, y compris contre les plus importants des dieux, ainsi Hadès qui va tomber amoureux de Perséphone :

« Ô toi, lui dit-elle, mon armure, mon bras, ma puissance, ô mon fils, prends les traits qui te soumettent tous les êtres, cher Cupidon, et lance tes flèches légères vers le cœur de ce dieu à qui est échu le dernier lot entre les trois royaumes du monde. Tu domptes les habitants du ciel et Jupiter lui-même, tu domptes les divinités de la mer et le souverain même auquel obéissent les divinités de la mer ; pourquoi le Tartare fait-il exception ? Pourquoi n’agrandis-tu pas l’empire de ta mère, qui est aussi le tien ? » (Ovide, Métamorphoses, Chant V)

Peinture représentant "Vénus et Amour" de Robert Lefèvre - Huile sur toile du Musée d'Art et d'Histoire de Gérard Baron, Bayeux
"Vénus et Amour" de Robert Lefèvre - Huile sur toile du Musée d'Art et d'Histoire de Gérard Baron, Bayeux - Crédits photo Marie Tétart

Harmonie

Harmonie est également née des amours d’Arès et d’Aphrodite. Fille de deux dieux, elle a pourtant un destin d’humaine : elle épouse Cadmos, un mortel, fondateur de la ville de Thèbes. De cette union va naître tous les personnages du cycle thébain, tels que Sémélé mère de Dionysos, Œdipe et ses enfants Antigone, Étéocle et Polynice, parmi bien d’autres.

Dans bien des mythes, ce mariage voue à la descendance de Cadmus et d’Harmonie la haine d’Héphaïstos, l’époux d’Aphrodite bafoué par l’adultère avec Arès. Il faut aussi compter avec la colère de Héra, puisque l’une des descendantes d’Harmonie, Sémélé, va attirer l’œil de Zeus. Bref, la déesse Aphrodite va avoir fort à faire pour protéger sa descendance. On remarque toutefois qu’elle s’y emploie autant qu’elle le peut.

Par exemple, elle sauve Ino, fille d’Harmonie, qui s’est jetée dans les flots avec son bébé Mélicerte. Ino avait été rendue folle par Héra. Aphrodite supplie Poséidon de les sauver dans les Métamorphose d’Ovide (Livre IV, vers 531).

Dans la Thébaïde de Stace, elle reproche à Arès d’aller porter la guerre contre Thèbes :

« Même contre Thèbes c’est la guerre, beau-père, — une guerre magnifique — que tu prépares et l’anéantissement par le fer de tes propres descendants ? Ni la race issue d’Harmonie, ni son mariage fêté par le ciel ni mes larmes ne te retiennent un seul instant, furieux que tu es ! » (Thébaïde, III, 263 et suivants)

On remarque l’ironie de la déesse lorsqu’elle dit à Arès que c’est « magnifique » d’anéantir sa propre famille, lui qui est le « beau-père » de Cadmos, époux d’Harmonie.

(En aparté : le cycle thébain regorge de héros au destin funeste, je vous invite à découvrir l’intégralité de ce cycle souvent méconnu !)

Énée

Énée, fils d’Anchise, est lui aussi l’un des enfants « préférés » de la déesse, au sens où on la voit souvent intervenir pour lui. En fait, il s’agit de propagande politique : c’est la Vénus romaine de l’époque césarienne et impériale qui intercède pour son fils et permet ainsi l’évocation d’une glorieuse filiation pour certains maîtres de Rome (César, Auguste). J’en parle plus bas dans la partie consacrée à Vénus.

Dans les Métamorphoses d’Ovide, on voit Vénus obtenir de Zeus l’immortalité de son fils :

« accorde à mon cher Énée, qui, formé de mon sang, reconnaît en toi son aïeul, accorde-lui, ô le meilleur des pères, un rang parmi les immortels, un rang aussi modeste que tu voudras, pourvu qu’il en est un » (Chant XIV, vers 572 et suivants)

Aphrodite, déesse du désir, de l’amour et du plaisir

L’amour irrésistible

« Ah ! que ta puissance est grande, aimable Vénus ! Ainsi ce monstre barbare, objet d’horreur pour les forêts elles-mêmes, qu’aucun étranger n’a jamais vu impunément, qui méprise l’Olympe auguste et ses dieux, ressent les effets de l’amour. » (Ovide, Métamorphoses, XIII, 759 et suivants)

Ainsi parle le poète pour montrer que personne ne peut résister à Aphrodite, même Polyphème, le cyclope monstrueux.

Aphrodite est la cause de tout amour, même pour le pire. Dans l’Odyssée, Hélène dit qu’elle est partie avec Pâris par « la folie qu’Aphrodite avait mise en mon cœur » (Chant IV, 261).

Aphrodite est l’inéluctabilité de l’amour. Celles et ceux qui dédaignent d’aimer (par exemple, Atalante, une figure féminine farouche de la mythologie grecque) ne pourront longtemps résister : tôt ou tard, ils aimeront.

« Si aujourd’hui elle fuit, rapidement elle poursuivra ;
Si elle n’accepte pas les dons, elle en accordera ;
Si elle n’aime pas, rapidement elle aimera, même contre son gré. » (Sappho, fragments 1, 18 sq Voigt)

C’est le pouvoir d’Aphrodite. Même les sages ne peuvent lui échapper.

Le désir lancinant

Aphrodite préside à toutes les étapes de l’amour, du premier regard à l’assouvissement « sur une tendre couche ».

« Douce mère, je ne parviens pas à tisser ma toile, domptée par le désir d’un garçon, par la volonté de la tendre Aphrodite. » (Sappho, fragment 102 Voigt)

Aphrodite, c’est donc tout ce qui mène à l’amour. Hésiode attribue à la déesse les babils des jeunes filles, les sourires et les ruses, bref la panoplie qui fait naître le désir et l’amour. En plus de sa beauté, Aphrodite utilise la ruse face à Anchise en se faisant passer pour une jeune humaine innocente :

« Aphrodite la souriante détournait la tête et baissait les yeux en s’avançant vers la couche bien garnie. » (Hymne homérique à Aphrodite, 143 sq, trad. J. Humbert)

Hésiode, dans Les Travaux et les Jours, montre Pandora parée par Athéna des mêmes atours que ceux portés par Aphrodite. Or, Pandore est l’incarnation de la ruse.

On peut citer aussi Homère, l’Odyssée (XVII, 37) : Pénélope est comparée à la fois à Artémis, la divinité grecque de la nature sauvage, pour la chasteté de l’épouse fidèle, et à Aphrodite pour tout ce qui crée le désir chez les prétendants.

Le plaisir de la couche

La sexualité consacre l’amour. C’est la déesse Aphrodite qui lie les êtres dans le rapport sexuel, ce sont les choses d’Aphrodite ou les « plaisirs de Vénus » (Ovide, Métamorphoses, IV, 258).

Sémonide d’Amorgis parle directement de « couche d’Aphrodite » pour évoquer l’union sexuelle. Même le vocabulaire médical hippocratique utilise la déesse pour nommer les choses : « ta aphrodisia » désigne le rapport sexuel. Le terme se retrouve aussi chez les philosophes.

Une anecdote « amusante » 😅 : Pline l’Ancien raconte dans son Histoire Naturelle ( XXXVI, 20, 4, 10-11) que les statues de Vénus (et d’Éros) attiraient de loin des amateurs d’art. Il évoque notamment celle de Cnide (c’est la statue de Praxitèle). Toutefois, l’art n’était pas leur seule motivation. Après qu’ils fussent restés seuls avec les statues, on remarquait parfois une tache sur le marbre, qui dénonçait l’outrage subi par les divinités.

Les adjuvants d’Aphrodite

Aphrodite est souvent entourée d’aides, des divinités métaphoriques qui personnifient différents aspects de l’amour et qui lui sont liés. On a déjà parlé d’Éros, tantôt son fils, tantôt son amant, en tout cas son subordonné. Il y a aussi Pothos et Himeros, qui représentent tous deux le désir amoureux et qui sont soumis au pouvoir d’Aphrodite. On les voit souvent sur les céramiques grecques, notamment sur des scènes liées au jugement de Pâris.

Aphrodite a aussi comme compagnons de jeux Dionysos, les nymphes, les Grâces, Persuasion, Péithô et Charis.

« À ses côtés, pour assister leur mère,
voici Désir, et Persuasion enchanteresse,
qui jamais n’a reçu un refus ;
Harmonie aussi a sa part du lot d’Aphrodite,
tout comme les Amours au babil joyeux. » (Eschyle, Les Suppliantes, 1034 sg, trad. P. Mazon)

L’amour d’Aphrodite : un châtiment ?

L’amour folie ou mortifère

Aphrodite, cruelle, utilise son pouvoir pour provoquer des passions mortelles chez des figures héroïques :

« Tu fais naître le désir,
et tu le combles par la folie.
Hors de la voie droite
tu pousses au crime l’esprit des justes.
Tu bouleverses le sang des hommes
et tu le fais couler dans les querelles.
La mort resplendit dans le charme désirable
des yeux d’une jeune fille.
Au pied du trône du dieu souverain,
associée au gouvernement du monde,
est assise Aphrodite invincible,
avec la cruauté de son rire. » (Sophocle, Antigone, 781 sq, trad. A. Bonnard)

Parfois, cet amour devient désamour, car la déesse Aphrodite a aussi ce pouvoir. Dans la Thébaïde de Stace, elle veut punir Lemnos de son manque d’attention envers elle. Elle fait appel à la Discorde pour désunir les couples, allant jusqu’à provoquer la folie des femmes qui vont tuer tous les hommes.

« Aussitôt, tendres Amours, vous avez fui Lemnos ; Hymen devint muet et renversa ses flambeaux ; l’attrait d’une union légitime ne se fit plus sentir ! Plus de nuits où renaisse le plaisir, plus de doux abandons dans l’étreinte mais partout la Haine implacable, la Fureur, la Discorde qui s’installe au milieu du lit. » (Stace, Thébaïde, V, 70-74)

Lorsque tout est achevé, elle utilise à nouveau ses pouvoirs pour susciter le désir des Lemniennes envers les Argonautes de passage et inaugurer un nouveau cycle de procréation (car nous verrons plus bas que le but ultime d’Aphrodite est la génération).

Aphrodite est aussi invoquée par celles et ceux qui ne veulent pas qu’on mette de frein à leur passion, comme Byblis amoureuse de son frère et qui dit : « la téméraire Vénus convient seule à notre âge » (Ovide, Métamorphoses, IX, 553).

Attention pourtant : même quand il est folie, l’amour inspiré par Aphrodite s’inscrit dans un cadre normé, celui de la cité des hommes. Rien à voir avec l’hybris des centaures, par exemple, qui se développe en-dehors de la civilisation.

L’amour punition

  • C’est Phèdre tombée amoureuse d’Hippolyte : cette passion aboutit à la mort du jeune homme. Il est puni d’avoir refusé les plaisir d’Aphrodite.
  • C’est Narcisse, récalcitrant à l’amour proposé par plusieurs nymphes, qui finit par mourir de n’avoir aimé que lui-même.
  • C’est Éos, l’Aurore, qui avait séduit Arès. Jalouse, Aphrodite lui inspire un amour impossible pour Orion, fils de Poséidon.

Ce sont aussi les filles du Soleil, qui a révélé l’adultère d’Aphrodite avec Arès et qui sont punies à la place de leur père, comme Circé, prompte à devenir folle d’amour selon Ovide (Métamorphoses, XIV, 27).

Pasiphaé, autre fille du Soleil, se prend de passion pour le taureau blanc de Minos et va accoucher du Minotaure. On dit aussi que Pasiphaé a été punie de n’avoir pas bien honoré la déesse :

« Pasiphaé, fille du Soleil, épouse de Minos, n’avait pas rendu, pendant un certain nombre d’années, les cultes à la déesse Vénus. Pour cette raison, Vénus lui inspire un amour monstrueux, pour qu’elle puisse s’unir, sous une autre forme, à un taureau dont elle était amoureuse. » (Hygin, Fables, 40)

Voilà pourquoi les Grecs de leur temps implorent la déesse Aphrodite de leur épargner ces souffrances :

« Toi dont le trône étincelle, ô immortelle Aphrodite,
fille de Zeus, ourdisseuse de trames,
Je t’implore : ne laisse pas, ô souveraine, dégoûts
ou chagrins affliger mon âme » (Sappho, Ode à Aphrodite, 1-3)

L’Aphrodite prostituée

Entre l’amour vénal et l’amour conjugal, il y a un grand écart et Aphrodite le fait facilement.

La déesse a sous sa coupe tous les types d’unions, y compris mercenaires. Dans l’Odyssée, Homère lui attribue les relations sexuelles des servantes du palais d’Ithaque avec les prétendants :

« Quand vous aurez remis tout en ordre au manoir, de la salle trapue emmenez les servantes ! et dans la cour d’honneur, entre le pavillon et la solide enceinte… faites-leur rendre l’âme à la pointe du glaive, sans en épargner une : c’est fini d’Aphrodite et des plaisirs de nuit aux bras des prétendants ! » (Chant XXII, 439-445)

C’est toujours le cas des siècles plus tard, à Rome. Selon Suétone, voici ce que fit l’empereur Tibère dans sa retraite de Capri :

« Il eut aussi l’idée de faire disposer çà et là dans les bois et les bosquets des retraites consacrées à Vénus et placer dans les cavernes et dans les grottes des jeunes gens de l’un et de l’autre sexe qui s’offraient au plaisir en costumes de sylvains et de nymphes. » (Suétone, Claude, 33)

Des rituels autour de la prostitution

Il existait des temples (au mont Éryx, à Corinthe…) dans lesquels des jeunes filles offraient leur virginité à Aphrodite, la déesse de l’amour, en se prostituant. C’était des hiérodules. Elles s’en allaient ensuite vers une vie normale d’épouse. L’écrivaine Christa Wolf a utilisé ce concept dans son roman Cassandre.

Plus tard, cependant, des esclaves furent attachées au temple et exercèrent cette prostitution : elles devinrent des professionnelles du sexe. Cela évitait la confusion entre la femme qui pratique le sexe en dehors du mariage et celle qui s’y plie dans le gynécée. Aphrodite ordonnance bien tout ce petit monde.

Ces cultes sont là pour ritualiser et contrôler un éros qui pourrait déstabiliser la cité si on y cédait n’importe comment. L’historien de la religion Apollodore d’Athènes a par exemple expliqué la fonction du culte rendu par les Athéniens à la déesse Aphrodite Hétaïra.

La déesse des prostituées

Une inscription funéraire érotique datée de 200-150 av. J.-C. montre sur le vif l’invocation d’Aphrodite dans un contexte de prostitution :

« Je ne sais pas ce que je peux faire pour toi ni de quoi te remercier. Je couche avec un autre bien que j’ai souvent fait l’amour avec toi. Mais il y a quelque chose dont je remercie grandement Aphrodite : c’est que ton manteau est resté en gage. Mais moi, je suis partie en courant et je t’ai laissé pleine liberté. Continue à faire ce que tu veux ; mais cesse de frapper le mur, cela fait du bruit. Oui, (ton manteau) est resté de l’autre côté de la porte, sous mon contrôle. » (SEG, VIII, 244)

La Vénus sicilienne d’Éryx obtient en 184 av. J.-C. un temple hors de l’enceinte sacré de Rome (le pomerium). Selon Strabon, il se trouve près de la porte Colline (Géographie, VI, 2, 5). Cette Vénus a gardé son lien initial avec le monde de la prostitution. Les prostituées la fêtent le 23 avril : c’est le jour de la prostitution (meretricum dies). Ovide invite les filles publiques à honorer Vénus à cette date en lui offrant des présents pour obtenir en échange beauté et succès (Fastes, VI, 863-900). Les prostituées défilent au temple, se comparent entre elles pour faire valoir leurs atouts et s’assurent ainsi une large publicité auprès des hommes qui viennent sans doute nombreux pour les voir.

De l’adolescence à la maturité sexuelle… dans le mariage

Aphrodite, promotrice du mariage

Mais on ne saurait se tromper : si Aphrodite veille sur les marges de la sexualité (la prostitution), elle est d’abord celle qui permet le bon ordonnancement du monde et sa reproduction dans un cadre normé, celui du mariage. L’hymen est l’aboutissement normal de l’amour. La déesse le réclame dans l’Odyssée : « un jour Aphrodite, au sommet de l’Olympe, vint demander pour vous un heureux mariage à Zeus, le brandisseur de foudre » (Homère, Odyssée, XX, 73-75)

Elle l’offre aussi à Pygmalion qui veut épouser la statue qu’il a sculptée. Le marbre prend vie grâce à elle. La déesse Aphrodite agit avec d’autant plus d’empressement que, jusqu’alors, Pygmalion refusait le mariage. On pourrait aussi citer la ruse amoureuse d’Hippomène, inspirée d’Aphrodite pour vaincre Atalante, une jeune fille qui refusait le mariage. (On retrouve ces deux histoires, entre autres occurrences, dans le Livre X des Métamorphoses d’Ovide.)

Convoquer Aphrodite, c’est demander le bonheur dans l’union. Un graffiti de Pompéi nous dit :

« Méthé esclave de Cominia [comédienne d’]Atellane aime Chrestus. Que la Vénus de Pompéi leur soit du fond du cœur propice et qu’ils vivent toujours en bonne entente. » (CIL, IV, 2457) 

La fille d’Aphrodite, Harmonie, est elle-même une épouse amoureuse et exemplaire : elle partage le destin de son époux Cadmos jusqu’à la métamorphose finale, devenant avec lui un serpent.

Enfin, notons que la divinité personnifiée d’Hymen est aussi présentée comme le fils d’Aphrodite !

Aphrodite dans les rites du mariage

Si, donc, Aphrodite est une épouse infidèle, elle n’incite pas les femmes grecques à l’adultère. Elle est plutôt le chantre du sexe dans le mariage.

Aphrodite en prélude au mariage

La jeune fille (parthenos) abandonne ses jouets d’enfants à Artémis pour devenir une femme dans le lit de son mari. À partir de la cérémonie du mariage, le gamos, elle passe sous la coupe d’Aphrodite.

« Les filles vont d’Artémis à Aphrodite », dit le rhéteur Libanios.

Dans sa pièce de théâtre Hippolyte, Euripide évoque l’institution d’un rite prématrimonial de dédicace de la chevelure à Aphrodite. Ce rite consacre pour les jeunes filles le passage de la juridiction d’Artémis à celle de Cypris.

On pourrait parler aussi de possibles initiation au mariage. La poétesse Sappho dispense ainsi un enseignement qui pourrait amener les jeunes filles de Lesbos et de Lydie à devenir des femmes accomplies : elles apprennent la danse et le chant rituels. Ces apprentissages se doublent-ils de relations d’homophilie initiatique ? Je vous recommande le livre sur l’éros de Claude Calame si vous avez envie de creuser le sujet. 🙂 (Lien en sources en bas de l’article)

Aphrodite pendant la cérémonie de mariage

La déesse Aphrodite fait partie des divinités invoquées lors des cérémonies du mariage : « Vénus, Junon et Hyménée, leur acolyte, viennent se réunir auprès des torches nuptiales » lors du mariage d’Iphys et d’Ianthé (Ovide, Métamorphoses, IX, 796).

Sappho fait l’éloge de la beauté de la nymphê, la jeune épouse, dans des fragments de poèmes spécifiquement matrimoniaux. La jeune femme est distinguée par les honneurs d’Aphrodite elle-même. Dans un Épithalame à Sévère, Himérius paraphrase un hyménée de Sappho : la déesse pénètre dans la chambre nuptiale, juchée sur le char des Grâces et accompagnée par un chœur d’Amours porteurs de torches. Dans le Phaéton d’Euripide, l’hyménée chanté par un chœur de jeunes filles commence comme un hymne à Aphrodite, maîtresse des Amours, la plus belle des déesses, qui conduit les jeunes filles au mariage.

Aphrodite récupérée : la vertu dans le mariage

La déesse de l’amour est parfois bien éloignée de celle qui inflige de funestes amours aux mortels et aux dieux. Les Romains, qui se défiaient de trop de passion dans le mariage, érigent en 295 un temple à Venus obsequens (Vénus obéissante). Le bonheur, oui, mais point trop n’en faut !

Aux calendes d’avril, les femmes romaines célèbrent une autre Vénus, la Vénus Verticordia. Celle-ci est apparue peu après l’adoption du culte de la Vénus Érycine pour les prostituées. Elle la contrebalance : elle est là pour détourner les matrones et les vierges des amours interdites. Une statue lui est consacrée en 204 av. J.-C. Elle a été sculptée sur le modèle d’une matrone de noble famille, Sulpicia, dont on reconnaissait les grandes qualités morales.

En 114 av. J.-C. a lieu un scandale autour de l’inceste de trois vestales. On se raccroche à la Vénus Verticordia en lui érigeant un temple dont on ne connaît plus l’emplacement.

Bien sûr, le culte de cette Vénus est desservie par des femmes de la bonne société. Elles baignent la statue et se purifient elles aussi dans l’eau des désirs charnels qui doivent rester tournés vers l’époux et servir un but procréatif. Ces ablutions auraient eu lieu dans la vallée du Grand Cirque, là où autrefois avait eu lieu le rapt des Sabines par les Romains. Le mythe qui a fondé le mariage à Rome : ce n’est pas un hasard !

Mais pourquoi tout ça, au bout du compte ? Pourquoi ces ruses, cette séduction, ces sourires, ces hyménées et ces ébats sur « une tendre couche » ? Pour susciter la vie. La déesse Aphrodite intervient dans l’institution du mariage pour susciter une sexualité reproductrice.

La grande affaire d’Aphrodite : la reproduction

Les poètes en parlent si bien…

« Elle égare même la raison de Zeus (…), lui, le plus grand des dieux (…) ; même cet esprit si sage, elle l’abuse quand elle veut (…). Elle atteignit l’Ida aux mille sources, la montagne, mère des fauves ; derrière elle marchaient en la flattant les loups gris, les lions au poil fauve, les ours et les panthères rapides, insatiables de faons. À leur vue, elle se réjouit de tout son cœur et jeta le désir dans leurs poitrines ; alors, ils allèrent tous à la fois s’accoupler dans l’ombre des vallons. » (Hymne homérique à Aphrodite)

Si la Terre tourne, en somme, c’est grâce à Aphrodite : sans elle, pas de désir, pas de reproduction, pas de vie.

« Ciel le vénérable désire pénétrer Terre,
le désir saisit Terre d’embrasser le mariage.
De Ciel étendu une averse se répand sur Terre
pour la féconder ; pour les mortels elle engendre
les pacages à brebis, les vivres de Déméter
et les fruits des arbres : de ces noces humides
est créé tout ce qui existe. J’en suis la complice. »

conclut la déesse dans Les Suppliantes d’Eschyle.

Aphrodite est liée à la capacité de reproduction. Empédocle désigne même les organes sexuels féminins comme les « prairies fendues d’Aphrodite ».

Des rites symboliques de reproduction ?

Même si nous ne sommes sûrs de rien, je souhaite partager avec vous les réflexions des historiens autour d’un rite qui avait lieu à Athènes.

Sur la pente nord de l’Acropole se trouvait un sanctuaire à Aphrodite « dans les Jardins ». Une étrange tradition s’y déroulait :

« ayant chargé sur la tête ce que la prêtresse d’Athéna leur donne à porter — et ni celle qui donne ne sait ce qu’elle donne, ni les porteuses ne savent ce qu’elles portent —, les jeunes filles (parthenoi) descendent à l’endroit où se trouve dans la ville une enceinte d’Aphrodite dite dans les Jardins, un endroit peu éloigné, traversé par un passage souterrain naturel ; arrivées là en-bas, elles laissent les objets apportés pour en prendre un autre qu’elles rapportent, bien cachées. Elles sont alors congédiées et on les remplace sur l’Acropole par d’autres parthenoi. » (Pausanias, 1, 27, 2 sq)

Les jeunes filles en question sont des fillettes de 12 ans environ, impubères, issues de bonnes familles de citoyens et choisies comme arrhéphores (servantes du culte d’Athéna sur l’Acropole). L’idée des historiens serait celle-ci : les petites filles suivent un passage initiatique en amenant un objet phallique à Aphrodite. Elles en reviennent avec un autre objet « bien caché » : un nouveau-né symbolique ? Elles sont dès lors séparées du reste des arréphores et remplacées.

Ce serait donc un geste rituel intronisant de jeunes Athéniennes parmi les meilleures de la cité à la capacité future d’une sexualité reproductrice et génératrice de futurs citoyens. Pour cela, elles doivent quitter le service d’Athéna et rendre hommage à la déesse Aphrodite.

Si tout ça vous intéresse, je vous recommande à nouveau l’ouvrage de Claude Calame, L’Éros dans la Grèce antique. 🙂

Vénus, l’Aphrodite romaine

La Vénus latine

J’ai déjà beaucoup évoqué la Vénus romaine, mais il faut vraiment s’attarder sur elle, tant cette déesse a une place importante dans la civilisation et l’histoire de Rome.

À l’origine, Vénus est une vieille divinité italique distincte d’Aphrodite. C’est la déesse des champs et des jardins. Il existe un culte à Vénus à Lavinium, haut-lieu de la spiritualité latine.

Plus tard, Vénus devient la déesse de la beauté féminine. Sous l’Empire, Juvénal dit que les mères prient au temple de Vénus pour que leurs enfants soient beaux (Satires, X, 289-295).

Deux fêtes sont instituées en son honneur : les Veneralia et les Vinatia Priora, qui ont lieu en avril.

Vénus existe donc chez les Latins bien avant les débuts de l’influence grecque à Rome. Reconnaissons qu’elle lui ressemblait beaucoup (la beauté, les jardins…).

La Vénus mère d’Énée et protectrice de Rome

Dans l’Iliade, Aphrodite est la mère d’Énée. Ce mythe semble connu de longue date dans le Latium. À quelques kilomètres de Rome, sur le site probable de l’ancienne Solonium, à Castel di decima, on a retrouvé un bronze figurant peut-être Aphrodite allaitant Énée, accompagnée d’Anchise et datant du VIIIe siècle av. J.-C., soit l’époque de Romulus.

Or, les Romains vont faire d’Énée un fondateur de Rome. Ils s’emparent de cette filiation : Vénus est Aphrodite, la mère d’Énée.

Vénus devient dès lors une déesse protectrice du peuple romain. Les poètes des générations suivantes, notamment ceux de l’époque augustéenne, vont construire cette légende. On voit ainsi une Vénus partisane des Romains dans les Métamorphoses d’Ovide. Dans le livre XIV, elle veut leur venir en aide contre leurs ennemis sabins que soutient Junon (Héra) :

« Seule Vénus s’aperçut que les barres de la clôture avait été retirée. Elle l’aurait refermée, s’il était jamais permis aux dieux de détruire l’ouvrage d’un autre dieu. Auprès du temple de Janus, les Naïades ausoniennes occupaient un terrain d’où s’écoulait une source glacée ; Vénus implore leur secours ; la demande de la déesse était trop juste pour que les nymphes pussent y résister »

Nous sommes dans la continuité de l’opposition déesse Héra / déesse Aphrodite, la première ennemie des Troyens puis des Romains, la seconde leur alliée. Rome devient la nouvelle Troie.

Toutefois, le premier temple de Vénus à Rome n’est construit qu’en 295. Dans un premier temps, Vénus est tout de même moins honorée que Fortuna (la Fortune) et Junon. Elle ne devient la grande déesse, mère de Rome avec Mars, qu’au Ier siècle av. J.-C.

La Vénus protectrice des Imperator et des Césars

Vénus et Sylla

De grands hommes romains se réclament de Vénus. C’est d’abord le dictateur Sylla (138-78 av. J.-C.) : il récupère Vénus après la victoire de Chéronée, lorsqu’il est acclamé imperator par ses hommes. Il la vénère sous le nom de Venus Felix (la Bienheureuse). C’est une construction politique claire : Sylla veut se placer sous le patronage d’une Mère universelle romaine face à Marius qui se réfère davantage à la Cybèle orientale.

Sa Vénus est déjà l’Aphrodite grecque : Sylla se donne le nom grec d’Epaphrodite (« protégé d’Aphrodite ») et il donne Vénus comme mère d’Énée. De plus, il élève un trophée à Mars, à la Victoire et à Vénus en même temps.

Vénus et Mars à l’origine de Rome, c’est l’amour et la guerre, les forces procréatrices et destructrices de Rome.

Vénus, divinité tutélaire de Jules César

Comme d’autres membres de familles patriciennes, Jules César se réclame de cette filiation. Il est un descendant d’Énée, donc de Vénus. À la suite d’un rêve, il prend Venus Genitrix comme déesse tutélaire et fait construire un monument en son honneur sur le Forum Iulium.

Vénus apparaît comme la déesse qui amène la victoire, aussi bien à l’époque de Sylla que lors des campagnes de Jules César : il lui dédie les batailles de Munda et de Pharsale contre Pompée. Par la suite, César frappe des deniers à l’effigie d’Énée et d’Anchise. Iule devient le nouvel Ascagne et César est désormais aux yeux de tous Venere prognatus, fils de Vénus.

Vénus et Auguste

Auguste, fils adoptif du divin César, recueille cette tradition vénusienne, énéenne, albaine et romuléenne. Il intronise une triade Vénus / Mars / le Divin César dans le panthéon d’Agrippa (Dion Cassius, 53, 27).

Les poètes romains au service d’Auguste vont eux aussi soutenir la pérennité de cette propagande centrée sur le héros Jules César. Dans les Métamorphoses, Vénus se lamente de l’assassinat prévu contre son lointain descendant et elle le positionne à l’issue d’une histoire glorieuse :

« Vois quels efforts on tente pour m’attirer dans un piège, quel complot menace la tête qui seule me reste de la famille d’Iule, descendant de Dardanus. Seules serai-je donc toujours en proie à des douleurs trop justifiées ? (…) tombent, pour ma honte, les murs de Troie, que je n’avais pu défendre ; puis je vois mon fils errer pendant de longues années, ballotté sur les mers, je le vois entrer au séjour des morts silencieux, faire la guerre à Turnus, ou plutôt, pour dire la vérité, à Junon. Mais pourquoi rappeler aujourd’hui les maux que ma race a autrefois soufferts ? La crainte que j’éprouve domine tous ces souvenirs du passé ; vous voyez aiguiser contre moi les épées scélérates. Arrêtez-les, je vous en supplie ; prévenez l’attentat ; n’éteignez pas les feux de Vesta dans le sang du pontife. » (Ovide, Métamorphoses, XV)

Finalement, à l’issue du même ouvrage (Métamorphoses, XV, 844), la déesse Aphrodite / Vénus emporte Jules César au ciel… mais il va de lui-même encore plus haut ! Quel homme ! 😀

Les successeurs d’Auguste vont eux aussi utiliser la figure divine de Vénus. Ainsi, Néron invite les matrones à dédier un temple à sa femme Poppée, dans lequel celle-ci sera assimilée à Vénus (Dion Cassius, Histoire romaine, LXIII, 26).

Quelques Vénus romaines

La déesse Vénus se décline en plusieurs figures qui sont proprement romaines :

La Vénus Érycine

C’est la Vénus des prostituées, qui vient de Sicile (mont Eryx). Ses prêtresses se prostituaient.

Pendant la première guerre punique, les Romains s’acharnent à s’emparer de la colline d’Éryx qui abrite le sanctuaire de cette Vénus. Ils importent la déesse à Rome en lui bâtissant un premier temple après la défaite du lac Trasimène (217).

Le culte de cette déesse, à Rome, perd ses caractéristiques orientales, surtout ses hiérodules : la prostitution sacrée choquait beaucoup trop les Romains.

Pendant les Vinalia qui célèbrent la vigne, elles font des offrandes à Vénus. Aux fêtes de la déesse Flore, elles se déshabillent en dansant.

La Vénus Verticordia (« qui tourne les cœurs »)

C’est un avatar rassurant d’Aphrodite, plus conforme aux mœurs romaine de la République. Je vous en ai parlé plus haut.

Avec le temps, cependant, Vénus va se parer de plus en plus des grâces d’Aphrodite. Les mœurs sont de plus en plus tolérantes. Même l’épicurien, donc athée Lucrèce va l’invoquer.

La Vénus Pompeiana

C’est la patronne de la ville de Pompéi. Sous le règne de Néron, Poppée offre des pierres précieuses à cette Vénus (Année épigraphique 1977, p. 217).

La Vénus Chauve (Venus Calua)

C’est un culte archaïque, célébré dès le IIIe siècle av. J.-C.

On lui prête deux origines différentes :

  • Alors que Rome est assiégée par les Gaulois, les femmes romaines offrent leurs cheveux pour la fabrication des câbles de machines de guerre. Un temple et une statue à la Vénus chauve sont érigés pour célébrer ce don, remercier les matrones et leur montrer qu’elles restent belles malgré ce sacrifice.
  • Sous le roi Ancus Marcius, la reine et d’autres femmes deviennent chauves à cause d’une maladie mystérieuse. Pour consoler son épouse, le roi fait ériger une statue la représentant sous les traits d’une Vénus chauve. Aussitôt, les cheveux des femmes repoussent.

Dans les faits, les Romains ont peut-être voulu honorer Vénus tout en la dépouillant d’une partie de son pouvoir trop « séducteur », donc en lui ôtant la partie la plus caractéristique à leurs yeux de la beauté féminine : la chevelure.

Vitrail représentant Vénus - Fin du XVème siècle - Pièce provenant du 19 rue des Cuisiniers, Maison des Heuriers à Bayeux et exposée au Musée d'Art et d'Histoire Robert Baron de Bayeux
Vitrail représentant Vénus - Fin du XVème siècle - Pièce provenant du 19 rue des Cuisiniers, Maison des Heuriers à Bayeux et exposée au Musée d'Art et d'Histoire Robert Baron de Bayeux - Crédits photo Marie Tétart

Temples et figures variées de la déesse Aphrodite

On connaît de nombreux sanctuaires de la déesses à travers la Méditerranée antique. En voici quelques-uns.

Quelques Aphrodite grecques

Paphos, au sud-ouest de Chypre, a une importance capitale : Aphrodite y aurait posé le pied après sa naissance dans la mer. L’île abrite donc un très fameux culte à Aphrodite, dont parle Hérodote dans ses Enquêtes (I, 105). L’Aphrodite de Paphos sait calmer le vent et la mer. Les marins viennent la consulter avant de prendre le large.

Aphrodite est aussi fêtée à Chypre, juste à côté de Paphos. Ovide en parle dans ses Métamorphoses :

« Le jour était venu où Chypre tout entière célébrait avec éclat la fête de Vénus : des génisses, dont on avait revêtu d’or les cornes recourbées, étaient tombées sous le couteau qui avait frappé leur cou de neige ; l’encens fumait de toutes parts » (X, 270)

Dans les Métamorphoses, Ovide évoque un temple et une statue à Salamine :

« Cette ville possède aussi un temple de la Vénus qu’on appelle la Vénus Spectatrice. » (XIV, 760)

Ovide est le seul à nous parler de la statue de la déesse qui s’y trouve.

Le temple d’Aphrodite à Élis abrite une impressionnante statue de la déesse faite d’or et d’ivoire.

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Aphrodite sortant des eaux, statue sur les rives de Paphos. Crédits Yves Hardy

Aphrodite au Proche-Orient

En Phénicie et en Syrie antique, on retrouve souvent la figure d’Aphrodite, assimilée ou non à des déesses locales, notamment Ashtarté.

Il y a des mosaïques représentant Aphrodite et Arès à travers toute la Syrie. Il y a aussi des peintures et des sarcophages. Ils sont datés des Ier, IIe et IIIe siècles ap. J.-C., c’est-à-dire de l’époque romaine. À Soueïda, dans le Hauran, on a trouvé un linteau montrant le jugement de Pâris, avec Athéna et Aphrodite au lion.

Les cultes phéniciens à l’Aphrodite de Kition ou Ashtarté sont même introduits à Athènes en 333-332. À Délos, vers 100, un Athénien désigne Aphrodite comme « la sainte déesse syrienne » (SEG, XX, 389) : ça semble l’assimiler davantage à Atargatis qu’à Ashtarté.

Statue d'Aphrodite à la tortue - Doura
Statue d'Aphrodite à la tortue - Doura - Crédits photo Ph. Maillard

La déesse Aphrodite en Syrie et Phénicie

À Antioche, il y avait une fête de la réjouissance de l’eau, le maïouma. On la célébrait en mai : des cérémonies étaient conduites en l’honneur de Dionysos et d’Aphrodite. Ces fêtes duraient trente jours.

En Phénicie, à Wasta, une Aphrodite Secourable est associée au roi Ptolémée dans une dédicace par un Phénicien :

« Au Roi Ptolémée
à Aphrodite Secourable,
Pimilkas, fils de Nabousamo,
en ex-voto » (SEG, XX, 389)

À Bérytos, on a retrouvé une inscription bilingue qui établit une équivalence entre Vénus Heliopolitaine et Atargatis (AE, 1955, 85). Plusieurs dédicaces honorent aussi Jupiter Héliopolitain, Vénus et Mercure, les dieux de Baalbek.

Dans le temple de Bêl à Palmyre, il y a un zodiaque sur le plafond de la niche cultuelle. On retrouve Vénus / Atargatis parmi les six divinités astrales entourant Bêl représenté en Jupiter. (Voir ci-dessous)

Plafond de la niche cultuelle de Bêl dessiné par Borra en 1751
Plafond de la niche cultuelle de Bêl dessiné par Borra en 1751

Aphrodite chez les Arabes

On retrouve aussi un temple d’Aphrodite à triple cella à Oboda, chez les Nabatéens, sur l’emplacement de la future citadelle romano-byzantine. Chez les Arabes, Aphrodite est souvent rapprochée de la déesse al-Uzza.

Aphrodite chez les Juifs

Aphrodite trouve même sa place dans le monde juif. Des représentations artistiques rapprochent Aphrodite et Éros d’une part et la fille du pharaon recueillant Moïse d’autre part. Toutefois, son installation à Jérusalem, lorsque celle-ci devient la colonie Aelia Capitolina suite à la révolte de 130, est une brutalité et une offense à la foi juive : le sanctuaire de Vénus y est construit avec d’autres sanctuaires païens pour les colons romains qui viennent y remplacer la population juive chassée de Jérusalem. Une statue de Vénus a été retrouvée près du Capitole, à l’ouest du mont du Temple.

Quelques assimilations d’Aphrodite

Aphrodite a été rapprochée de et assimilée à plusieurs divinités du Proche-Orient et d’Asie Mineure. Ce sont souvent des déesses lunaires, associées à l’idée de fertilité et de fécondité :

  • l’Isis égyptienne
  • Atargatis chez les Philistins
  • Mylitta chez les Babyloniens
  • Ishtar chez les Assyriens
  • Astarté chez les Sémites…

La déesse Aphrodite : toute une symbolique

Quelques animaux : le poisson et l’oiseau

Aphrodite est née de la mer. On retrouve donc le poisson parmi ses symboles.

Dans les Métamorphoses d’Ovide (V, 331), poursuivis par Typhée, les dieux se cachent et se métamorphosent en animaux : Aphrodite devient un poisson. (Les astrologues ne seront pas surpris par ce symbolisme.)

On retrouve l’oiseau dans l’histoire de Diomède. Celui-ci a blessé Aphrodite lors de la guerre de Troie. Elle se venge lors de son voyage de retour et transforme ses compagnons en oiseaux. On voit cette transformation dans les Métamorphoses d’Ovide (XIV,478 et suivants), dans Antoninus Liberalis (XXXVII) et chez Nicandre, qui dit que les oiseaux sont des mouettes ou des hérons.

Les fleurs et les fruits

Déesse de la reproduction universelle, Aphrodite est naturellement rapprochée des fruits de la nature, et surtout des fleurs et des fruits.

La pomme

La pomme notamment a un caractère érotique marqué. Dans l’histoire d’Atalante, Aphrodite donne trois pommes à Hippomène pour que celui-ci batte l’héroïne à la course et puisse ainsi l’épouser :

« Il est un champ que les gens du pays appellent champ de Tamasus ; c’est le plus riche territoire de l’île de Chypre ; leurs aïeux me l’ont consacré jadis et ont ajouté ce don aux propriétés de mes temples. Au milieu de ce domaine resplendit un arbre dont on entend crépiter la fauve chevelure, les fauves rameaux d’or. J’arrivais justement de ce lieu, tenant à la main trois pommes d’or que j’y avais cueillies » (Ovide, Métamorphoses, X)

On voit que ces pommes viennent du domaine d’Aphrodite : l’île de Chypre. Les pommes d’or, instrument du désir, permettent la naissance de l’amour et, in fine, le mariage.

Les fleurs

Aphrodite, ce sont surtout les fleurs qui se manifestent dans les scènes d’amour :

  • mélilot, safran, jacinthe parsèment l’herbe qui accueille les ébats de Zeus et de Héra sur le mont Ida (ébats qu’Aphrodite a favorisés en apportant son concours à Héra)
  • le rapt d’Europe par Zeus se déroule dans une prairie où poussent narcisses, roses et myrtes (Achille Tatius)

Dans les Cypria (Chants cypriens de Stasinos de Chypre), les vêtements de la déesse Aphrodite sont teints dans une décoction de fleurs de printemps analogues : safran, jacinthe, violette et rose. Lorsque Pâris la choisit au détriment d’Athéna et de Héra, tout se passe dans une prairie où les trois déesses étaient venues cueillir des roses et des jacinthes (selon l’Hymne homérique à Aphrodite).

Toujours dans l’Hymne homérique, on apprend qu’Aphrodite a son jardin à Paphos, sur l’île de Chypre. Ce jardin coïncide avec les limites d’un sanctuaire centré sur son autel. Les fleurs et les jardins sont donc intimement mêlés à son culte.

Enfin, pour enfoncer le clou, rappelons que Narcisse, puni par Aphrodite d’avoir refusé l’amour, est transformé en fleur et que le sang d’Adonis aimé de la déesse devient une rose ou une anémone.

L’or

Homère est le seul à accoler l’épithète « d’or » à Aphrodite. L’origine de cette épithète est inconnue. Peut-être permet-il de mesurer la beauté de cette déesse ou la couleur éclatante de ses cheveux.

« Aussi belle et charmante que l’Aphrodite d’or » nous dit Homère dans l’Odyssée (IV, 14).

Les cheveux

Les cheveux sont une parure vantée lorsqu’il s’agit de beauté féminine. La splendeur des cheveux crée le désir.

Les représentations d’Aphrodite sortant des eaux la montre souvent tenant ses cheveux. Cette figure spécifique a un nom chez les Romains : c’est la Vénus anadyomène. Elle est souvent représentée dans les intailles magiques relatives aux sortilèges amoureux.

Une Vénus en particulier veille sur les cheveux des femmes dans la Rome antique. C’est la Vénus Chauve (Venus calua) dont on a parlé plus haut.

Les vêtements et les bijoux

Dans l’Hymne homérique à Aphrodite, les vêtements apprêtés par les Heures pour la déesse et les bijoux qu’elle porte rehaussent tellement sa beauté que chacun des dieux présents désire aussitôt en faire son épouse. Les parures ont donc un réel impact sur la beauté.

Une parure est récurrente dans l’iconographie romaine de la déesse Aphrodite : le sautoir qui se croise entre les seins et passe derrière les reins. On retrouve cet attribut dès le IVe siècle av. J.-C.

La Vénus en bikini du Musée archéologique national de Naples la montre avec des résilles dorées. C’est une brassière tissée d’un réseau de fils laissant entrevoir la poitrine par de nombreux interstices. Elle est reliée à une pièce de tissu qui couvre le pubis par deux chaînettes se croisant sur le nombril en un motif étoilé.

On voit que ce type de « vêtements » nous mène en fait à la nudité d’Aphrodite.

La nudité

Aphrodite est souvent nue ou à peine vêtue sur les représentations. Sa nudité permet d’apprécier la perfection de ses formes et un idéal de beauté. On retrouve cet idéal dans la Vénus de Milo, qui a un rapport taille-hanches de 0,7 (99 cm pour la taille, 128 cm pour les hanches). Ce sont les proportions féminines idéales qui éveillerait l’instinct de reproduction chez l’homme en provoquant une pulsion sexuelle.

Chez les Romains, on a même une Vénus qui montre ses fesses : c’est la Vénus Callipyge. Selon l’auteur Athénée (Les Deipnosophistes, XII, 554), un jour, deux sœurs auraient montré leurs fesses à un jeune homme pour que celui-ci leur dise laquelle des deux avait le plus joli postérieur. Séduit, le garçon épousa l’une d’elles tandis que son frère épousait l’autre. Pour remercier la déesse de l’amour de ce double bonheur, les deux époux firent ériger une statue d’Aphrodite aux belles fesses.

Je trouve cette chute parfaite pour clore ce très long article sur la déesse Aphrodite ! J’ai pris beaucoup de plaisir à l’écrire, j’espère que vous en avez eu à le lire. 🙂 Retrouvez mes sources ci-dessous si vous souhaitez aller creuser le sujet !

Quelques questions courantes autour d’Aphrodite :

Aphrodite compte plusieurs amants mythiques. Parmi les plus célèbres figurent Arès, dieu de la guerre, dont elle partage la fougue et la passion ; Adonis, jeune homme d’une beauté tragique qu’elle pleure après sa mort ; Anchise, berger troyen avec qui elle conçoit Énée.

Aphrodite est la déesse grecque de l’amour, de la beauté et du désir. Vénus en est l’équivalent romain, mais cette dernière subit une forte réinterprétation sous l’Empire en devenant un symbole moral et politique. Chez les Romains, Vénus est aussi l’ancêtre mythique de la gens Iulia, ce qui la relie directement à Jules César et à Auguste. Si les deux figures partagent des attributs, leurs fonctions et leurs valeurs varient selon les époques et les contextes.

La naissance d’Aphrodite est l’un des récits fondateurs de la mythologie grecque. Née de l’écume fertilisée par le sexe tranché d’Ouranos, elle incarne la puissance du désir reproducteur primal qui engendre toute vie.

La coquille, la pomme, la colombe, la nudité, le miroir et la ceinture font partie de ses symboles les plus connus. Chacun évoque une dimension particulière de son pouvoir : la fertilité, la séduction, le choix amoureux

Parmi les enfants d’Aphrodite, on trouve :

  • Éros, dieu de l’amour, dont les flèches éveillent le désir
  • Harmonie, née de son union avec Arès, incarnation de l’amour conjugal
  • Énée, fondateur mythique de Rome, fruit de sa liaison avec Anchise

Ces descendants reflètent différents aspects de l’amour dans la mythologie et, dans le cas d’Énée, symbolise le destin à venir du peuple romain.

Les sources que j’ai utilisées pour cet article sur la déesse Aphrodite

ACHARD, Guy, La Femme à Rome, PUF, 1995
CALAME, Claude, L’Éros dans la Grèce antique, Belin, 1996
CAMOUS, Thierry, Romulus, Le Rêve de Rome, Payot et Rivages, 2010
GIROD, Virginie, Les Femmes et le sexe dans la Rome antique, Tallandier, 2020
HOMÈRE, Odyssée, Traduction Victor Bérard
HYGIN, Fables, Traduction Véronique Merlier-Espenel
MATYSZAK, Philip, Une Année en Grèce antique, First, 2022
OVIDE, Les Métamorphoses, Traduction Georges Lafaye
PLATON, Le Banquet, Traduction Luc Brisson
SARTRE, Maurice, D’Alexandre à Zénobie, Histoire du Levant antique, IVe siècle av. J.-C. – IIe siècle ap. J.-C., Fayard, 2001
SARTRE-FAURIAT, Annie, SARTRE, Maurice, Palmyre, La Cité des caravanes, Découvertes Gallimard Archéologie, 2008
STACE, Thébaïde, Traduction Roger Lesueur

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Crédits image d’en-tête : dimitrisvetsikas1969

À PROPOS DE L'AUTEURE

Je suis Marie, passionnée d'antiquité et de mythologie grecque depuis l'enfance. J'ai acquis un gros bagage dans ce domaine grâce à mes lectures, innombrables, sur le sujet : ma bibliothèque compte plusieurs centaines d'ouvrages, sources antiques et essais historiques traitant de nombreux aspects de ces périodes anciennes.

Je suis également diplômée d'histoire ancienne et médiévale (Maîtrise, Paris IV Sorbonne). J'ai notamment travaillé sur l'antiquité tardive, le Bas Empire romain et la romanisation des peuples germaniques.

Je suis l'auteure de plusieurs romans et nouvelles, dont Atalante, qui réinterprètent et revisitent la mythologie grecque et l'antiquité.

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