gravure centaure mythologie grecque

Sacrés centaures !

Mis à jour le 15 novembre 2025

Le centaure dans la mythologie grecque : un individu mal dégrossi, violent et tapageur, bref, infréquentable ! Et, pourtant, quelle allure il a avec son buste d’homme et ses jambes de cheval. Je vous propose de faire connaissance avec lui : ses origines, son caractère monstrueux, le symbolisme de sa sauvagerie primitive et les épisodes lors desquels il va rencontrer les héros de la mythologie.

D’où vient le centaure de la mythologie ?

Le crime d’Ixion

Les centaures sont nés de la démesure et de la tromperie. Dès leurs origines, on est donc dans le cœur du sujet.

Tout commence avec la démesure d’un mortel : Ixion. On le dit fils d’Arès, ce qui n’augure déjà rien de bon quant à sa délicatesse. D’ailleurs, il se distingue très vite en tuant sa femme aussitôt épousée. Personne, parmi les dieux, ne lui pardonne ce crime, sauf un : Zeus. Le dieu des dieux prend pitié de lui. Mais le mortel n’est pas reconnaissant.

Il se trouve qu’Ixion veut conquérir Héra, l’épouse du dieu des dieux, et rien de moins que la déesse de l’institution matrimoniale. Il est même prêt à la forcer si celle-ci ne consent pas. Pour confondre l’indélicat mortel, Zeus façonne une nuée (Nephélê) à laquelle il donne l’apparence de son épouse. Ixion se laisse abuser et viole la nuée. C’est là qu’intervient la ruse, celle du roi de l’Olympe.

Par cet acte, Ixion est dans une double situation de démesure :

  • il a violé une femme
  • il a voulu violer les règles religieuses et civiques de la famille que matérialise Héra

Cette union est à la fois contre-nature et brutale : elle annonce les êtres monstrueux qui vont en naître.

La naissance des centaures

Dans la version la plus élaborée, l’union d’Ixion et de la nuée donne naissance à un homme nommé Kéntauros. C’est un individu très laid, qui finit par s’accoupler aux juments de Magnésie :

« Et de lui naquit une troupe prodigieuse, semblable à ses deux parents, par les membres inférieurs à sa mère, par le haut du corps à son père » (Pindare, Pyth. II, 46-48 Cf Diodore, IV, 12, 6)

Et puis, parfois, les centaures sont directement enfants d’Ixion et de la nuée. C’est le cas dans les Métamorphoses d’Ovide (IX, 100-126).

Petit aparté pour rester dans des histoires de famille : dans la Thébaïde de Stace (VI, 333), on dit que les centaures ont enfanté les cavales stériles d’Admète, des créatures mythiques qui « s’indignent de leur sexe » et dont « toute la vigueur de Vénus est passée dans leurs membres ».

Centaure représenté dans une fresque du Musée du Louvre
Musée du Louvre, Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines

Pourquoi le centaure de la mythologie est-il un monstre ?

Pour les Grecs anciens, les centaures font partie des monstres mythiques. Il faut dire que, dans l’antiquité grecque, on a une obsession pour une certaine forme de « normalité » qui se tiendrait au centre de toutes choses, donc à l’opposé des extrêmes. Or, le centaure s’écarte résolument de ce standard. Nous avons vu plus haut qu’il est né de la démesure.

Un corps monstrueux

D’abord, physiquement. Il est moitié homme (le buste, les bras, le visage) et moitié cheval (tout le bas du corps, du poitrail jusqu’aux sabots). C’est aussi monstrueux que Méduse la gorgone ou le Minotaure.

Dans la Thébaïde, Stace donne d’eux une jolie image, même s’il les qualifie bien de « monstrueux » :

« Tel le Centaure monstrueux se précipite dans les vallées depuis les hauteurs aériennes de l’Ossa ; les cimes des bois tremblent devant l’homme, la plaine devant le cheval. » (IX, 220)

Dans ses Métamorphoses (livre XII), Ovide incite peut-être à réfléchir sur la nature du centaure :

« le gigantesque Biénor, dont la croupe jusque-là n’avait jamais porté que lui-même »

La partie animale pourrait ne représenter qu’un support à la partie d’homme, qui est leur individualité ?

Un tempérament porté à la démesure

Ensuite, par son tempérament. Les Grecs apprécient la tempérance et réprouvent la démesure (qu’ils appellent hybris).

Or, que sont les centaures ? Des brutes agressives. Homère insiste sur leur brutalité. Ils se disputent fréquemment et souvent pour des peccadilles. D’ailleurs, ils aiment se battre. Ils s’emportent pour des bêtises et leurs fureurs sont sans mesure. Ce sont des créatures violentes qui, surtout, ne réfrènent jamais leurs pulsions destructrices, y compris sexuelles : ils s’en prennent souvent aux femmes. Les violences qu’ils leur font subir et cette sexualité sans frein s’opposent au désir régulé qu’incarne la déesse Aphrodite dans la mythologie grecque. On remarque d’ailleurs que celle-ci n’est jamais invoquée comme catalyseur des désirs des centaures. Les actes de ces derniers ne relèvent pas de son domaine, mais d’une violence brute totalement étrangère à son éros civilisé.

(Pour creuser le sujet du désir dans la Grèce antique, je développe ailleurs la symbolique des pommes d’or, qui va à l’opposé de cette pulsion brute, tout comme Aphrodite.)

Par ailleurs, les centaures aiment s’enivrer : ils adorent le vin mais, comme ils n’en produisent pas et n’en boivent donc pas souvent, ils sont très vite saouls, ce qui n’arrange rien.

En plus, le centaure de la mythologie est stupide. Pour des Grecs qui cultivent l’équilibre entre corps et esprit, c’est une tare irrécupérable.

Etienne I Parrocel - Deux centaure jouant l'un de la double trompe, l'autre de la lyre Musée du Louvre, Département des Arts Graphiques, Paris
Etienne Parrocel - Deux centaure jouant l'un de la double trompe, l'autre de la lyre - Musée du Louvre, Département des Arts Graphiques, Paris

Un mode de vie transgressif

Enfin, le centaure ne vit pas comme le Grec l’entend. Il ne vit pas en cité. Il n’est pas civilisé.

Les centaures vivent en dehors des sentiers battus. Ils mangent de la chair vivante, jamais de viande cuite (on n’est pas civilisé quand on n’utilise pas le feu !). Ils chassent comme des primitifs, avec des pierres et des branches, et se battent de même, sans discipline, à coup de massues. Tout juste leur accorde-t-on à l’occasion l’usage de l’arc.

À l’image d’Ixion qui a voulu souiller l’institution du mariage, les centaures ne respectent rien de ce qui fait autorité chez les hommes, notamment la hiérarchie et les interdits. Ils sont particulièrement violents envers les femmes, qu’ils enlèvent et violent dans de nombreux récits.

Dans l’élégie de Xénophane, le respect des règles du symposion et de l’état de pureté partagée qui en découle est rompu quand des légendes mettant en scène des êtres monstrueux et violents comme les Titans, les Géants et les Centaures succèdent aux hymnes adressés aux dieux.

J’ai noté un tout petit bémol dans la Thébaïde de Stace. Le personnage de Tydée, parlant d’eux, dit que, même s’ils sont des monstres, ils sont capables de vivre en bonne entente les uns avec les autres, donc en une forme de société :

« Les Centaures à double corps occupaient, dit-on, les mêmes parcs et les Cyclopes étaient réunis tous ensemble dans l’Etna. Même les monstres enragés obéissent instinctivement à des règles et ont un sens de la justice qui leur est propre » (Livre I, 457-460)

(En aparté : Tydée est l’un des Sept Chefs contre Thèbes. J’en parle dans un article consacré à un héros méconnu de la mythologie grecque si ça vous intéresse. 😊)

Je voudrais terminer ce paragraphe en précisant quelque chose sur le rapport sauvagerie / nature. Car on a une autre vision de la « sauvagerie de la nature » avec le mythe d’Artémis. Celle-ci n’est pas barbarie incontrôlée : elle est certes farouche, mais parce qu’elle incarne une partie de la vie, celle de la jeunesse qui n’a pas encore été civilisée par le mariage. Elle ne s’oppose donc pas à l’ordre humain, elle en fait partie. 🙂

Quelques « hauts faits » des centaures ?

Bien sûr, le tempérament porté à la démesure des centaures fait d’eux des voisins compliqués pour les humains. Ce sont presque toujours des antagonistes qui sèment la pagaille partout où ils passent. Excédés, les humains les chassent pour les exterminer. Les centaures vont notamment affronter Thésée et Pirithoos, Atalante et surtout Héraclès.

S’il faut tirer une morale à l’histoire des centaures, c’est que le dérèglement et la démesure mènent à une issue catastrophique.

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Les centaures contre les Lapithes

Invités aux noces de Pirithoos, chef des Lapithes, les centaures s’enivrent pendant le festin. L’un d’eux, Eurytos, s’en prend alors à la mariée. Il s’ensuit une bagarre générale qui vire au massacre. Les Lapithes finissent par vaincre les centaures et, selon l’Iliade (livre II), Pirithoos chasse les centaures du Mont Pélion (montagne de Thessalie).

Dans la Thébaïde, Stace décrit une coupe appartenant à Héraclès et qui est décorée d’une scène de cet épisode (VI, 535) :

« On y voit, habilement gravé dans l’or, les Centaures sauvages et des scènes terrifiantes : au milieu du massacre des Lapithes volent des rochers, des torches et encore des coupes ; partout les mourants frémissent de colère. »

Mais c’est surtout Ovide qui raconte avec forces détails sanglants le combat des Lapithes et des centaures de la mythologie (Métamorphoses (XII, 210-462) en une scène de centauromachie époustouflante. Il donne 53 noms de centaures qu’il a été chercher dans des catalogues (on retrouve certains de ces noms également dans les noces de Persée et Andromède, dans la chasse de Calydon et aussi dans le récit des chiens d’Actéon).

Eurytion et Nessos contre Héraclès

Les centaures Eurytion et Nessos vont avoir la malheureuse idée de s’en prendre aux fiancés d’Héraclès :

  •  Eurytion essaie d’enlever la fiancée d’Héraclès, Mnésimaché
  • Nessos tente de violer Déjanire, l’épouse du héros

On retrouve avec Nessus l’idée de ruse sous-jacente à la nature du centaure (souvenons-nous de la tromperie dont est victime Ixion). En effet, le centaure parvient à convaincre Déjanire de récupérer son sang. Il lui dit qu’un jour, Héraclès lui préférera une autre femme — si elle veut le garder, elle devra lui remettre une tunique imbibée de son sang.

Cette ruse de Nessos va perdre Héraclès. En effet, le héros a tué le centaure avec une flèche imbibée du poison de l’hydre de Lerne. Le sang du centaure en est contaminé. Bien plus tard, lorsqu’Héraclès, effectivement, voudra imposer une rivale à Déjanire, elle lui offrira la tunique. Celle-ci consumera le héros.

Hylaos et Rhoecos contre Atalante

Dans le mythe d’Atalante, Hylaos et Rhoecos veulent violer l’héroïne. Celle-ci parvient à les tuer de ses flèches.

Il faut dire que la jeune femme est une chasseresse hors pair : on le voit lors de l’épisode d’Atalante dans la chasse de Calydon.

Quel est le centaure le plus connu de la mythologie grecque ?

De manière paradoxale, les centaures mythiques les plus connus sont très différents de l’archétype que je viens de vous décrire. Ils n’ont pas non plus la même origine.

Ce sont Chiron et Pholos, des individus bienveillants envers les humains et dotés de sagesse.

Chiron

Qui est Chiron ?

Le centaure Chiron est un fils du Titan Chronos (le père de Zeus et d’autres Olympiens). Sa mère est Philyra. C’est l’une des trois mille Océanides, filles des Titans Océan et Téthys. Si Chiron est un centaure, c’est parce que Chronos s’est métamorphosé en cheval pour s’unir à Philyra.

Son nom dérive de kheir, « main ». C’est un homme habile, versé dans de nombreux arts : la guerre, la médecine (pharmacopée, chirurgie), la musique. Il connaît bien les ressources qu’offre la nature (drogues, onguents) et est très à l’aise dans la forêt et la montagne. C’est un grand chasseur.

Pour toutes ces raisons, on confie à Chiron des enfants, de futurs héros : Achille, Jason, Asclépios, Atalante, Nestor. Il instruit même Apollon. Le sage Chiron apprend à Achille la science des « remèdes apaisants » (Iliade, XI, 831-832) et à Asclépios « à guérir les douloureuses maladies des hommes » (Pindare, Pyth, III).

Chiron se démarque des autres centaures de la mythologie par sa bienveillance. Homère l’évoque comme le « très juste centaure » (Iliade, XI, 832). Ainsi, il sauve la vie de Pélée lorsque celui-ci est livré aux centaures par le roi Acaste jaloux. Chiron lui rend son arme pour qu’il puisse se défendre.

D’ailleurs, Chiron est souvent représenté habillé dans sa partie humaine : l’animalité est derrière lui.

peinture de Louis-Jean-François Lagrenée montrant le centaure Chiron instruisant Achille
Peinture de Louis-Jean-François Lagrenée montrant le centaure Chiron instruisant Achille.

Chiron : la tension entre mortalité et immortalité

Chiron élève plusieurs héros qui seront tiraillés entre la mort et l’immortalité :

  • Asclépios : il lui apprend l’art de guérir au point que celui-ci finit par transgresser l’ordre naturel des choses en ressuscitant les morts. Zeus le foudroie pour le punir.
  • Achille : c’est un enfant mortel, fils d’une déesse qui ne veut pas qu’il meurt. Elle pratique sur lui des rites qu’un humain ne peut pas supporter afin de le rendre immortel.

Immortel lui-même, Chiron finit par mourir. Il est blessé accidentellement par une flèche d’Héraclès, imbibée du poison de l’hydre de Lerne (notons au passage qu’Héraclès est un mortel qui va devenir immortel). Aucun soin ne parvient à le guérir, mais il souffre atrocement. Chiron réclame alors la mort.

Cependant, échanger la mortalité contre l’immortalité exige un échange : c’est la loi de l’Hadès. Prométhée, dieu présent chez les morts depuis son châtiment par Zeus,.prend l’immortalité de Chiron et remonte à la lumière du soleil, tandis que l’autre prend sa place dans les Enfers. L’équilibre est maintenu.

À noter : Chiron a une fille, « à qui jadis la nymphe Chariclo, l’ayant mise au monde sur les bords d’un fleuve rapide, avait donné le nom d’Ocyrhoé » (Ovide, Métamorphoses, II, 630). Cette jeune fille a un don oraculaire et prophétise le destin d’Asclépios et celui de son père. La seule chose qu’elle tait, c’est que son père, en mourant, va devenir la constellation du Sagittaire.

Ocyrhoé se métamorphose ensuite en jument et prend le nom d’Hippé, la cavale.

Pholos

Pholos est un autre centaure de la mythologie grecque.

C’est le fils de Silène, un satyre qui a plusieurs accointances avec les centaures. En effet, il a été le précepteur de Dionysos, le dieu de la démesure, et il personnifie lui-même l’ivresse. Pholos est né des amours de Silène avec une nymphe des frênes.

On connaît bien ce centaure grâce à un épisode du mythe d’Héraclès. En effet, Pholos accueille le héros dans la grotte des centaures alors que ces derniers sont absents. Il lui sert courtoisement de la viande cuite, alors que lui-même se contente de viandes crues. Mais Héraclès (moins bien élevé que son hôte !) réclame du vin. Pholos hésite : lui-même ne boit pas, mais il a une jarre qui appartient à tous les centaures. On remarque la différence entre Pholos et les autres centaures : lui ne boit pas, tandis que les autres ont une passion pour ce breuvage.

Pholos finit par céder aux désirs de son invité et par ouvrir la jarre. Aussitôt, le parfum du vin alerte tous les centaures. Ils ne sauraient y résister : tous, ils accourent. Furieux et excités, ils attaquent le héros. Héraclès parvient à en tuer deux (Agrios et Anchios) et toute la bande s’enfuit. Mais le héros n’en reste pas là et les poursuit. Ces derniers trouvent refuge auprès du sage Chiron.

Dans la mêlée qui s’ensuit, Héraclès blesse alors le centaure Élatos et, surtout, il assène le coup qui sera fatal à Chiron.

Cyllare et Hylonomé

Un dernier petit portrait sur deux centaures qui se démarquent de leurs congénères par la description qu’en font les poètes. Ce sont Cyllare et la centauresse Hylonomé. On les voit dans les Métamorphoses d’Ovide, au milieu de la bataille contre les Lapithes :

« Au milieu de cette bataille, ta beauté, Cyllare, ne peut te sauver, si toutefois la beauté nous paraît compatible avec une nature comme la tienne. (…) Hylonomé, la plus belle de toutes celles qui ont jamais habité dans les hautes forêts au milieu de ces monstres à demi-bêtes » (livre XII, 400-430)

Ces deux centaures de la mythologie se distinguent par leur attachement l’un à l’autre, par les soins qu’ils prennent d’eux et leur délicatesse, par leur amour absolu, aussi, qui les fait mourir ensemble. Toutes caractéristiques qui les rapprochent de leurs ennemis les humains, à l’image d’un Chiron ou d’un Pholos.

Le centaure dans la littérature : quelques exemples

Créature fantastique ignoble des mythes, romantique du XIXe siècle, fantastique chez Harry Potter, le centaure ne manque pas de captiver par sa capacité à bousculer l’ordre établi. Il est comme un émissaire du chaos, un contrepoint à la civilisation (qui peut être aussi bien protectrice qu’aliénante). Il est aussi impossible à brimer que n’importe quel désordre naturel.

Le Centaure de Maurice de Guérin

Ce poème en prose offre une image romantique du centaure. À mes yeux, c’est le plus bel hommage que la littérature en ait faite à ce jour. On est loin du centaure de la mythologie, brutal et mal dégrossi. Maurice de Guérin retrace la vie d’un centaure depuis sa naissance à sa vieillesse avec
beaucoup de lyrisme. Ici, c’est une créature qui vit en osmose avec la nature, dans une atmosphère cyclique qui montre à la fois la douceur et l’amertume des jours qui s’enfuient.

En voici un extrait choisi.

« Ombres qui habitez les cavernes de ces montagnes, je dois à vos soins silencieux l’éducation cachée qui m’a si fortement nourri, et d’avoir, sous votre garde, goûté la vie toute pure, et telle qu’elle me venait sortant du sein des dieux ! Quand je descendis de votre asile dans la lumière du jour, je chancelai et ne la saluai pas, car elle s’empara de moi avec violence, m’enivrant comme eût fait une liqueur funeste soudainement versée dans mon sein, et j’éprouvai que mon être, jusque là si ferme et si simple, s’ébranlait et perdait beaucoup de lui-même, comme s’il eût dû se disperser dans les vents.

« Ô Mélampe ! qui voulez savoir la vie des centaures, par quelle volonté des dieux avez-vous été guidé vers moi, le plus vieux et le plus triste de tous ? Il y a longtemps que je n’exerce plus rien de leur vie. Je ne quitte plus ce sommet de montagne où l’âge m’a confiné. La pointe de mes flèches ne me sert plus qu’à déraciner les plantes tenaces ; les lacs tranquilles me connaissent encore, mais les fleuves m’ont oublié. Je vous dirai quelques points de ma jeunesse ; mais ces souvenirs, issus d’une mémoire altérée, se traînent comme les flots d’une libation avare en tombant d’une urne endommagée. »

Les centaures de la mythologie décrits par Ovide

J’avais aussi envie de vous donner la description que fait Ovide du centaure Cyllare dans les Métamorphoses (livre XII) :

« Au milieu de cette bataille, ta beauté, Cyllare, ne peut te sauver, si toutefois la beauté nous paraît compatible avec une nature comme la tienne. Ce Centaure avait une barbe naissante, une barbe de couleur dorée, et une chevelure dorée flottait depuis ses épaules jusqu’au milieu de ses flancs. Son visage avait un air de grâce et de force ; son cou, ses épaules, ses bras, sa poitrine et tout ce qui en lui était de l’homme, rappelaient les chefs-d’œuvre de l’art ; au-dessous de son buste les formes du cheval n’étaient pas moins impeccables, moins parfaites que celles qu’il tenait de l’homme ; donnez-lui une encolure et une tête et il sera digne de Castor, tant ses reins offrent une bonne assiette, tant les muscles font saillie sur son poitrail ; tout son corps est plus noir que la poix la plus sombre, mais sa queue est blanche et blanches sont aussi ses jambes. »

Mes centaures dans Atalante

J’avoue une fascination pour cet être insaisissable et irrécupérable pour la cité des hommes. Je lui ai donc donné une place importante dans mon roman Atalante, une réinterprétation du mythe d’Hippomène et Atalante, qui croisent les centaures Hylaios et Rhoikos.

Voici un extrait qui vous donnea un aperçu de mon interprétation du centaure de la mythologie.

« Une troupe de centaures jaillit soudain de la forêt. Ils allaient au grand galop le long du sentier, en méprisant les pentes escarpées qui le bordaient et leur chant du vide. Pendant un court instant, Atalante en resta bouche bée d’admiration. Leur agilité était stupéfiante. Ils donnaient une impression de complétude avec ce qui les entourait : courant de conserve, se frôlant de la croupe et du flanc sans jamais se heurter, sautant les obstacles avec aisance, et ce dos toujours droit, ce corps qui faisait la liaison entre la terre et le ciel ! »

Découvrez mon roman Atalante ici. 😉

Je souhaite que cet article sur le centaure dans la mythologie vous ait plu et je vous dis à bientôt pour de nouvelles incursions en Grèce antique !

Mes sources pour cet article sur les centaures

Transparence : les liens ci-dessous sont des liens affiliés Amazon.
Ils me permettent de soutenir le travail de recherche et d’écriture réalisé pour ces articles. Merci pour votre soutien. 😊

CALAME, Claude, L’Éros dans la Grèce antique, Belin, 1996
HOMÈRE,L’Iliade, traduction de Mario Meunier
LECLANT, Jean (dir.), Dictionnaire de l’antiquité, PUF, 2009, Paris
OVIDE, Les Métamorphoses, traduction de Georges Lafaye
STACE, La Thébaïde, traduction de Roger Lesueur

Foire aux questions sur les centaures dans la mythologie grecque

Les centaures sont des créatures mythologiques mi-hommes mi-chevaux, nées de l’union d’Ixion et d’une nuée façonnée par Zeus à l’image d’Héra. Sauvages et violents, ils représentent la démesure (l’hybris) opposée à la tempérance grecque. Leur double nature — humaine et animale — symbolise le conflit entre raison et instinct.

Les Grecs anciens voyaient dans le centaure un être monstrueux car il échappe à la norme : son corps hybride rompt l’équilibre entre esprit et matière. Né de la transgression, le centaure vit en marge de la cité, méprise les lois humaines et s’adonne à la violence, à l’ivresse et au désordre. Il incarne la sauvagerie primitive, opposée à la civilisation.

Deux centaures se distinguent :

  • Chiron, le sage, fils de Chronos et de la nymphe Philyra. Bienveillant, savant en médecine et en musique, il enseigne à des héros comme Achille, Jason et Asclépios.
  • Pholos, doux et hospitalier, ami d’Héraclès.

À l’inverse, Nessos et Eurytion incarnent les centaures brutaux : tous deux périssent pour avoir voulu enlever des femmes.

Les centaures habitent les montagnes et les forêts sauvages de Thessalie, notamment le mont Pélion, terre rude et indomptée. Loin des cités grecques, leur environnement naturel reflète leur instinct primaire et leur refus de toute discipline. C’est là qu’a lieu leur guerre la plus célèbre, la Centauromachie, contre les Lapithes.

Le centaure symbolise la dualité de l’être humain : la part civilisée et la part sauvage. Il évoque aussi la lutte entre raison et passion. Si la plupart incarnent la démesure, certains d’entre eux, ccomme Chiron ou Pholos, montrent qu’il existe une voie d’harmonie possible entre instinct et sagesse.

La Centauromachie désigne le combat mythique entre les centaures et les Lapithes, survenu lors des noces du roi Pirithoos. Les centaures, ivres, tentent d’enlever les femmes présentes et déclenchent un affrontement sanglant. Cette guerre symbolise le triomphe de la mesure humaine sur la barbarie et la fureur animale.

Crédits image d’en-tête : Stefano Ferrario

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À PROPOS DE L'AUTEURE

Je suis Marie, passionnée d'antiquité et de mythologie grecque depuis l'enfance. J'ai acquis un gros bagage dans ce domaine grâce à mes lectures, innombrables, sur le sujet : ma bibliothèque compte plusieurs centaines d'ouvrages, sources antiques et essais historiques traitant de nombreux aspects de ces périodes anciennes.

Je suis également diplômée d'histoire ancienne et médiévale (Maîtrise, Paris IV Sorbonne). J'ai notamment travaillé sur l'antiquité tardive, le Bas Empire romain et la romanisation des peuples germaniques.

Je suis l'auteure de plusieurs romans et nouvelles, dont Atalante, qui réinterprètent et revisitent la mythologie grecque et l'antiquité.

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