Archives de catégorie : Interviews

De la fantasy orientale ? C’est avec Sara Pintado !

Cette semaine, j’ai le grand plaisir de vous présenter une autrice dont la plume va vous faire voyager au-delà de tout ce que vous avez déjà pu lire, j’en suis sûre ! Sara Pintado a écrit Mojunsha, Panthère-des-Ténèbres,  le premier tome d’une série de fantasy, ainsi que Sous les Ailes du Dieu Corbeau, à destination d’un public YA. Ces romans s’inspirent des mythologies indienne, perse, hébraïque : autant dire qu’ils emmènent ses lecteurs bien loin des sentiers battus ! Et Sara sait de quoi elle parle, comme vous allez vous en rendre compte. Merci à elle d’avoir bien voulu répondre à mes questions !

Sara Pintado

 

Au cœur des cultures orientales avec Sara Pintado

 

Marie – Sara, tu as publié deux romans chez Noir d’Absinthe, qui plongent le lecteur dans un univers exotique très particulier. Selon moi, on n’en trouve pas deux comme celui-ci dans la littérature actuelle ! Les décors, les traditions, la religiosité, la société me donnent l’impression d’influences orientales fortes et diverses : indiennes ? hébraïques ? D’autres encore, peut-être ? Peux-tu m’en dire un peu plus sur ces influences ?

Sara – En effet, cet univers regroupe différents pays, inspirés par des civilisations différentes. Dans le tome 1 de Mojunsha, nous découvrons le Royaume Mojun, qui est inspiré de l’Inde en ce qui concerne l’ambiance, les décors, quelques éléments culturels : l’existence d’un système de castes, de nombreux Temples (dédiés à différents Avatars du Grand Dieu)… Je me suis aussi inspirée de l’Inde pour la flore du pays, les costumes, les paysages. Le Royaume de Chaljuse, que l’on voit dans Sous les ailes du dieu corbeau, est surtout inspiré de la Perse achéménide (les Achéménides ayant régné sur l’Empire perse depuis l’époque de Cyrus, au 6e siècle avant notre ère, jusqu’à Darius III, vaincu par Alexandre le Grand et mort en 330 avant notre ère). Bien sûr, dans les deux romans j’ai aussi ajouté, retiré ou modifié de nombreux éléments, ainsi beaucoup de choses ne font pas partie ni de l’Inde, ni de la Perse achéménide… Par exemple, dans Mojunsha : les Avatars ne correspondent pas aux divinités du panthéon hindou, et je n’ai pas reproduit toute la complexité de la mythologie hindoue (car, même si le Royaume Mojun s’inspire de l’Inde, je tenais à ce qu’il en reste bien distinct). En ce qui concerne la Perse achéménide : le Grand Roi aurait eu tout un réseau de fonctionnaires, « les yeux et les oreilles du roi », pour l’informer de tout ce qui se passait dans le royaume… Je me suis inspirée de cette fonction pour le rôle d’espionnage des corbeaux dans Sous les ailes du dieu corbeau. (D’ailleurs, je précise que les corbeaux n’avaient pas, à ma connaissance, une importance particulière dans la perse achéménide… C’est un élément que j’ai choisi d’ajouter dans mon univers). J’ai aussi pris de grandes libertés avec le contenu des Mystères. Un autre aspect de l’Empire achéménide que j’ai choisi de laisser de côté est le fait que la Cour était « nomade », le Grand Roi et sa Cour passant différentes périodes de l’année dans différentes villes. Dans mon univers, j’ai choisi de laisser la résidence royale fixe, à Chaljuse.

Décor du palais de Khorsabad
Les personnages de Sous les Ailes du Dieu Corbeau évoluent peut-être dans un décor de ce type... Décor du palais de Khorsabad - Musée du Louvre - Grand Palais / Angèle Dequier

Des influences hébraïques sont aussi présentes dans mes deux romans, plus ténues toutefois dans Mojunsha (même si le lecteur averti reconnaîtra peut-être quelques versets bibliques déguisés dans le roman, et aussi quelques éléments théologiques inspirés de la littérature rabbinique). Dans Sous les ailes du dieu Corbeau, le concept d’Ecorce est inspiré de la kabbale, là aussi « arrangé » pour les besoins du roman. Dans la kabbale, le concept d’Ecorce est d’ailleurs lié à celui de l’ « Autre Côté » (Sitra Ahra en araméen). Dans mon univers, j’ai choisi de faire de l’Ecorce du peuple Chantant l’équivalent de l’Autre Côté des Chaljusiens, concepts qui correspondent d’ailleurs à l’Avatar Panthère-des-ténèbres chez les Mojun.

La plupart des Noms de pouvoir, dans Sous les ailes du dieu corbeau, ont été construits partiellement sur des mots hébreux ou araméens.

Toutefois, les influences hébraïques seront les plus fortes chez le peuple Chantant de la terre des Chênes Millénaires, dont nous avons déjà entendu parler dans Sous les ailes du dieu corbeau à travers le personnage d’Ijpurna. (Ce pays est aussi mentionné une ou deux fois « en passant » dans Mojunsha). Mais nous devrions découvrir la terre des Chênes Millénaires de beaucoup plus près dans des romans à venir !

Mojunsha, un roman inspiré de la mythologie indienne

 

Marie – Cette réponse me donne encore plus envie de découvrir tes autres romans ! Mais, dis-moi, tous ces détails ont dû te demander énormément de recherches. Ou bien étais-tu déjà passionnée par l’Histoire de ces différentes civilisations ? Comment s’est construit ton univers exactement ? Cette réponse m’intéresse d’autant plus que je me retrouve un peu dans tes propos en tant qu’autrice : j’emprunte beaucoup, çà et là, aux cultures de notre monde en arrangeant ensuite ces éléments pour qu’ils s’intègrent harmonieusement à la trame de mon univers. Je suis donc très intéressée par ton processus de création de monde.

Sara – Effectivement, comme toi j’ai toujours beaucoup aimé l’Histoire, en particulier celle des civilisations antiques ou médiévales – enfant, je me suis longtemps intéressée à l’Égypte antique, à l’histoire de France au Moyen-Age, à l’Espagne médiévale…

Quant à mon intérêt plus particulier pour la Perse achéménide, il s’est révélé en 2015, après une visite au musée du Louvre. A partir de là, j’ai commencé à faire des recherches… Parmi mes principales ressources, je citerai L’Histoire de l’Empire Perse de Pierre Briant, qui est très complet, et la Revue de Téhéran, disponible en ligne, dont certains articles évoquent la période achéménide.

Pour l’Inde, mes recherches ont été plus diffuses, j’ai été inspirée par des romans (par exemple Taj de Timeri N. Murari), par des visites au musée, des photos, divers articles sur la faune et la flore, sur l’habillement, la mythologie…

Taj Mahal
Le roman Taj de Timeri N. Murari met en scène une histoire d'amour... sur fond de construction du superbe Taj Mahal, en Inde.

En ce qui concerne les références hébraïques, je baigne tous les jours dans les textes de la Torah, du Talmud et autres ouvrages de littérature rabbinique… donc ces influences-là se sont naturellement mêlées à mon processus d’écriture.

Je fais mes recherches en parallèle de l’écriture, et corrige ou introduit des éléments au fil des différentes versions de l’histoire. Ceci dit, comme tu le soulignes, quand je construis un univers, la place de l’imagination est tout aussi importante que celle des éléments empruntés… l’équilibre entre les différents éléments (imaginés et empruntés) se met en place en cours d’écriture. Entre deux phases d’écriture, je fais relativement peu de travail préparatoire – j’y consacre entre une et trois semaines -, et souvent je continue le travail « de recherche de fond » pendant l’écriture. Dans mes tapuscrits, je mets régulièrement en commentaire marginal les liens vers les articles qui m’ont été utiles pour développer un point particulier, ou les références des passages de livres que j’ai consultés, afin de pouvoir les retrouver facilement. Il peut m’arriver de faire des cartes et des topos quand c’est nécessaire, mais finalement assez peu : les topos (sur un système de magie, les personnages et leurs relations entre eux, etc.) m’aident à approfondir ma réflexion sur certains points, mais ne restent pas figés : les éléments qu’ils évoquent finissent souvent par se modifier lors de l’écriture.

Mon univers a donc tendance à évoluer et à se développer au fil du temps: depuis février 2015, où j’ai commencé à créer l’univers de Mojunsha et de Sous les ailes du dieu corbeau, il a beaucoup changé, de même que les personnages.

Des personnages de romans en lutte contre le monde… et eux-mêmes

 

Marie – Justement, parlons un peu de tes personnages. Il y en a beaucoup, surtout dans le tome 1 de Mojunsha, qui est un vaste roman choral. Ils luttent contre l’adversité, dont, souvent, une bonne part d’intolérance quant à leur nature (par exemple, Ijpurna dans Sous les ailes du Dieu Corbeau) ou contre eux-mêmes lorsqu’ils sont dominés par un esprit de haine et de vengeance (comme Japsaro dans Mojunsha). Où trouves-tu l’inspiration pour ces beaux portraits ?

Sara – En ce qui concerne mes personnages, il est vrai que j’ai tendance à en mettre beaucoup et à multiplier les points de vue, car j’apprécie le fait d’explorer différentes perspectives sur l’intrigue. En général, mes personnages « s’imposent » à moi avec leur personnalité, leurs aspirations et leur histoire, sans que je puisse y faire grand-chose… même s’il leur est arrivé de garder longtemps certains secrets, m’imposant parfois de réécrire certaines parties de l’histoire.

Toutefois, j’ai remarqué que mes personnages sont souvent influencés par « l’ambiance » dans laquelle j’évolue, les thématiques auxquelles j’ai été confrontées soit parce qu’elles ont suscité mon intérêt, soit parce qu’elles concernent/ont concerné des personnes de mon entourage, soit parce qu’elles font partie de mon vécu. Autrement dit, mes personnages sont influencés par la façon dont je perçois et expérimente le monde (avec des modifications bien sûr, puisque toutes ces problématiques se retrouvent transposées dans un monde imaginaire et subissent l’effet de ce prisme).

Pour en revenir aux deux thèmes que tu évoques : l’intolérance à laquelle Ijpurna est confronté est malheureusement un problème qui touche, à des degrés divers, beaucoup de monde : j’ai eu à y faire face, et de nombreuses personnes de mon entourage ou que j’ai rencontrées par le passé ont dû également l’affronter : que ce soit un rejet lié aux origines, au milieu social, à l’orientation sexuelle ou à l’identité de genre, à des choix de vie ou de style, à des caractéristiques physiques ou à d’autres spécificités (dans le fonctionnement émotionnel et intellectuel par exemple…). L’intolérance parfois exercée par un groupe envers un individu qui diffère de la norme définie par le groupe, entrave encore de nombreuses personnes dans leur épanouissement; ce thème me tient donc particulièrement à cœur.

La lutte contre ses démons intérieurs est aussi une thématique qui m’a toujours intéressée. Nous avons tous, un jour ou l’autre, été confrontés à des sentiments négatifs à essayer de comprendre et/ou surmonter – ou au contraire, qui nous ont entraînés sur la mauvaise pente. Par exemple, Japsaro reste « prisonnier » de son désir de vengeance et de ses sentiments de haine, qu’il entretient (et justifie) tout au long de sa vie. Parfois, ces sentiments dépassent notre individualité et notre expérience personnelle : ils peuvent refléter des traumatismes ou des sentiments de haine/méfiance/rancune qui se transmettent d’une génération à l’autre. C’est le cas de Japsaro : la haine qu’il éprouve à un niveau individuel s’est « amalgamée » avec celle que ses ancêtres ont nourri, pendant des siècles, contre la caste dirigeante. Son désir de vengeance personnel a donc été renforcé par celui hérité de ses ancêtres, qu’il avait « appris » dès l’enfance.

Littérature : les muses de Sara Pintado

 

Marie – Comme je comprends ton attachement à ces thématiques ! Merci beaucoup de cette réponse. 🙂
Je vois que, en tant qu’écrivaine, tu es est influencée par tes études, tes thématiques de recherches, les arts que tu aimes, ton vécu et celui de ton entourage… Certains auteurs et autrices t’ont-ils également marquée et ont-ils orienté ta plume ?

Sara – La réponse à cette question pourrait être très longue, donc je vais tâcher de mentionner les œuvres qui ont été vraiment les plus marquantes dans mon parcours… Mais ce n’est pas facile… Voici toutefois une petite sélection, par périodes de vie :

Dans l’enfance, l’ouvrage qui a eu l’influence la plus déterminante dans mon goût pour la fantasy est la trilogie du Seigneur des Anneaux de J.R.R Tolkien, qui m’avait émerveillée à neuf ans. (beaucoup de mes écrits entre neuf et douze ans ont été très influencés par le Seigneur des Anneaux).

le Seigneur des Anneaux de Tolkien

Vers onze ans, un roman historique qui m’avait particulièrement touchée était Mémoires Ecarlates d’Antonio Gala (sur le dernier souverain de la dynastie Nasride de Grenade, à la fin de la reconquista espagnole : cette période historique m’intéressait tout particulièrement à l’époque). A douze ans, j’ai découvert 1984 de George Orwell, que j’ai énormément apprécié et qui m’a aussi beaucoup influencée… J’ai eu une période, entre 12 et 14 ans, où j’écrivais plus d’anticipation que de fantasy.

Je pense que d’une manière ou d’une autre, ces ouvrages qui ont marqué mes années d’école et de collège ont aussi eu une influence sur mes choix d’écriture (en passant, je mentionnerai aussi la série des Rougon-Macquart d’Emile Zola, dont les vingt tomes m’ont accompagnée entre la cinquième et la seconde… mais il me faudrait les relire un jour).

Ensuite, pendant mes années de lycée et d’études de médecine, j’étais tellement accaparée par mes études que je lisais beaucoup moins de littérature (à partir de la première, j’étais en série S et donc essentiellement plongée dans les sciences… Le souvenir littéraire le plus marquant que je garde de cette période « creuse » en matière de lecture est La Seconde Chance, de Virgil Gheorghiu, un roman très sombre sur l’histoire du vingtième siècle, dont je garde encore un souvenir fort.)

C’est après avoir quitté les études de médecine, à 20 ans, que j’ai réussi à renouer pleinement avec la lecture. Le premier roman que j’ai dévoré alors a été Belle du Seigneur, d’Albert Cohen : même si les personnages m’agaçaient parfois, j’aimais suivre leur histoire, et surtout j’appréciais beaucoup le regard critique que l’auteur portait sur le monde, qui transparaissait très finement à travers l’intrigue.

Belle du Seigneur d'Albert Cohen

Parmi les auteurs que j’ai découverts par la suite et dont les livres m’ont particulièrement marquée, je citerai Alain Damasio (en particulier avec La Horde du Contrevent, même si j’ai aussi beaucoup apprécié La Zone du Dehors et Les Furtifs : les livres d’Alain Damasio poussent toujours à la réflexion, à s’interroger sur le monde, sur nos idées préconçues, nos façons de vivre… et l’explosion de liberté et de vitalité de ces livres m’a beaucoup marquée). J’ai aussi été très marquée par de grandes fresques de fantasy: en particulier les ouvrages de Robin Hobb (L’Assassin Royal, Les Aventuriers de la Mer et Les Cités des Anciens… Il me manque Le Soldat Chamane à lire, qui est dans ma Pile à Lire) et la saga du Trône de Fer de Martin.

Les romans d’Aurélie Wellenstein font aussi partie des ouvrages de fantasy qui m’ont le plus marquée (jusqu’à présent, j’ai lu de cette autrice : Le Dieu oiseau, Mers Mortes, Le Roi des Fauves et Les Loups Chantants. (Il m’en manque quelques-uns que j’espère lire prochainement). J’apprécie beaucoup le rythme des histoires d’Aurélie, les messages portés par ses romans, ses personnages nuancés, voire ambigus.)

Le Dieu Oiseau d'Aurélie Wellenstein

J’ai aussi été beaucoup marquée par Valadonne (que tu connais bien ^^) dont j’ai particulièrement apprécié la profondeur, dans la psychologie des personnages et dans les thématiques abordées.

Je serais bien incapable de dire dans quelle mesure ces ouvrages – et tous ceux que je ne cite pas ici – ont influencé et influencent encore ma façon d’écrire. Toujours est-il que ces lectures ont participé (et continuent à participer) à la construction de mon imaginaire et de mon univers littéraire.

Marie – Merci Sara ! Je suis très émue que tu cites Valadonne (et je précise que ce n’était pas une perche tendue !).

Nous avons énormément de lectures en commun. J’ai lu moi aussi Belle du Seigneur il y a peu de temps et je partage complètement ton ressenti. J’ajouterai que l’absence de ponctuation dans les rêveries du personnage féminin, Ariane, sur de nombreuses pages, mérite à elle seule une visite dans ce roman, car c’est un véritable tour de force !

Je te confirme que Le Soldat Chamane est une merveille. C’est même la série de Robin Hobb que j’ai préférée. Tu constateras que les thématiques d’exclusion qui te sont chères y sont traitées tout en finesse. 🙂

Quant aux Rougon-Macquart, que dire, si ce n’est que cette série m’a en grande partie donné l’envie de créer un univers dans lequel je me baladerai de personnages en personnages… Je suppose que ce n’est pas pour rien que tu as toi aussi cédé à l’appel d’un monde qui se décline de roman en roman au travers de ses héros. 🙂

D’ailleurs, envisages-tu de sortir de cet univers dans d’autres romans ? J’ai entendu parler d’un projet qui m’a mis l’eau à la bouche…

Sara – Oui, je suis d’accord en ce qui concerne la ponctuation dans Belle du Seigneur, qui donne un rythme très particulier au roman qui contribue aussi, je trouve, à l’immersion dans l’atmosphère du roman et dans les ressentis d’Ariane.

Ce que tu dis du Soldat Chamane me donne encore plus envie de le lire assez vite… L’intégrale 1 devrait faire partie de mes lectures du mois de la fantasy (si j’arrive à lire toute ma PAL pour ce challenge lors du mois de mai, sinon je le découvrirai en juin).

Quant aux Rougon-Macquart, il est vrai que j’avais été assez impressionnée par la richesse de cette fresque, qui se penche de près sur les différents membres d’une même famille, leurs différentes trajectoires, leur caractère… Il est fort probable que les Rougon-Macquart aient en partie influencé mon goût pour l’écriture de destinées familiales.

En effet, j’ai commencé récemment un projet qui sortira de l’univers de Mojunsha et de Sous les ailes du dieu corbeau. Je continue bien sûr, en parallèle, d’écrire le deuxième tome de Sous les ailes du dieu corbeau que je suis en train de remanier en profondeur, et lorsque Sous les ailes du dieu corbeau sera terminé (certainement à la fin de son troisième tome), je reprendrai la saga des Mojunsha, ainsi que les autres livres dans le même univers que j’ai en tête. Mais en parallèle (et aussi pour fêter la fin de mes études rabbiniques) j’avais envie d’écrire un ouvrage qui se trouve « au carrefour » de mes vies d’autrice de l’imaginaire et d’étudiante des textes sacrés du judaïsme. J’ai donc pour projet d’écrire un roman centré sur plusieurs personnages bibliques, inspiré des commentaires rabbiniques traditionnels, qui présenterait ma façon d’interpréter certains personnages et thèmes de la Bible ainsi que les textes rabbiniques qui les évoquent. Je souhaiterais aussi donner une forme poétique à cet ouvrage (ou – qui sait ? – à cette série d’ouvrages…), qui correspondra mieux, je pense, à sa teneur. Il s’agira toutefois d’un projet de longue haleine qui me demandera de ré-étudier de nombreux textes et d’en découvrir d’autres, puis d’en donner une interprétation sous forme romancée et poétique. Au fil de l’écriture, je mentionnerai aussi les sources dont je me suis inspirée, afin que le lecteur curieux de les (re)découvrir puisse le faire. J’ai déjà commencé avec les personnages d’Isaac et Rébecca, que nous rencontrons dans le livre de la Genèse… Je ne sais pas encore exactement où ce projet me mènera, mais il devrait bien m’occuper, en parallèle de Sous les ailes du dieu corbeau et de Mojunsha, dans les années qui viennent…

Des textes sacrés à l’imaginaire…

 

Marie – Ce projet me donne terriblement envie, je crois que tu t’en doutes ! J’ai fait quelques recherches à l’instant sur Rébecca et Isaac et j’ai hâte de voir la façon dont tu vas nous offrir à lire ces personnages (d’autant plus qu’il s’agit d’un couple et tu sais combien j’aime les histoires d’amour !).

Cela m’amène tout naturellement à te demander comment tu fais cohabiter ces deux vies dont tu parles, qui correspondent sans doute à deux passions : l’imaginaire d’une part, les textes sacrés d’autre part. Que t’apportent l’un et l’autre ? Vivent-ils en harmonie en toi, se nourrissent-ils, s’opposent-ils parfois ?

Sara – En effet, il s’agit de deux passions qui ont cohabité tôt chez moi – dès l’enfance, j’aimais me plonger dans la Torah, mais aussi dans les romans, et créer mes propres univers. J’ai toujours trouvé les textes sacrés fascinants car ils poussent à s’interroger, du fait de leurs silences, ou d’éléments qui paraissent surprenants, étranges, voire contre-intuitifs ou même choquants, ce qui suscite la réflexion. (Je me rappelle, enfant, les questions que je me posais face au premier chapitre de la Genèse et à l’histoire de la création: les 7 « jours » de la création devaient sans doute correspondre à 7 étapes différentes, et non à 7 « jours » tels que nous les définissons; plus tard, j’ai découvert des textes rabbiniques (notamment dans le Talmud, dans le dernier chapitre du traité Sanhedrin) où nous lisons qu’un « jour » pour l’Eternel correspond à mille années – même encore, l’échelle de temps de la « création » (que je conçois plutôt comme un processus évolutif, qui reste en mouvement) reste bien trop courte face aux données de la science, mais cette interprétation – basée sur un verset des Psaumes – ouvre tout de même la porte à une lecture symbolique, non-littérale, du texte. Il en va de même pour la création de la lumière le premier jour, alors que les astres ont été créés au quatrième jour seulement… cela impliquait que la lumière du premier jour n’était pas de la même nature que la lumière que nous voyons, mais à un autre type de lumière. Je me rappelle aussi les heures passées à lire et à relire le Lévitique, qui présentait un rituel sacrificiel dont le sens m’était complètement opaque et que je tentais en vain d’essayer de comprendre. Plus tard, pour ce texte aussi, j’ai découvert plusieurs interprétations et différentes approches). En bref, l’étude des textes sacrés oblige à s’interroger sur le monde, à la recherche d’une multiplicité des sens, des symboles et des approches de ce qui nous entoure. Elle oblige aussi à tâcher de voir au-delà des apparences ou, lorsque c’est impossible, à accepter nos limites, à admettre que nous ne pouvons détenir toute la vérité sur une question et qu’une partie nous restera inaccessible. La diversité des regards possibles sur un même texte conduit aussi à reconnaître que notre vision du monde n’est pas la seule possible, et que plusieurs façons d’aborder les choses, même lorsqu’elles paraissent contradictoires, sont possibles et devraient pouvoir coexister et entrer en dialogue. Ces textes apportent aussi une dimension transcendante à l’existence qui peut aider à surmonter les situations de crise et/ou à trouver du sens à nos actes et à nos choix.

Sara Pintado en dédicaces avec son roman Sous les ailes du Dieu Corbeau

L’imaginaire m’aide à prendre de la distance par rapport à la réalité. Il m’aide à la surmonter (ou à la supporter…) lorsqu’elle devient trop douloureuse, trop pénible, en offrant un « lieu » où me ressourcer, et où aborder les choses différemment, à travers des personnages d’encre et de papier. A travers l’imaginaire, je parviens à explorer des problématiques qu’il me serait très difficile d’exprimer autrement. Je pense notamment au thème de l’exclusion, évoqué plus haut; ou encore à celui de la « charge » de la mémoire familiale (voire « nationale ») qu’un individu doit porter (thème que j’aborde dans Mojunsha à travers le personnage de Japsaro, mais aussi, différemment, par l’intermédiaire de Neyro et dans les tomes ultérieurs, à travers Daranjo. Ce thème apparaît aussi en lien avec Ijpurna dans Sous les ailes du dieu corbeau). Le thème de la dépendance/de l’addiction, aussi, avec Neyro (et plus tard avec Ijpurna, quand il se retrouvera dans Mojunsha…); les problématiques de genre abordées dans Sous les ailes du dieu corbeau, sont tous des thèmes sensibles pour moi, que je parviens à exprimer bien plus facilement et librement à travers l’imaginaire que dans la réalité de tous les jours. Je réalise aussi que j’ai besoin de l’imaginaire pour vivre pleinement, et de façon équilibrée ; lorsqu’il m’arrivait de « négliger » l’écriture pour passer plus de temps dans les études ou d’autres activités « concrètes », je me retrouvais rapidement sans énergie, avec une impression de vide, de ne plus être entièrement moi-même : comme si je perdais une part de moi-même lorsque je ne m’autorisais pas à écrire.

Ce qui me permet d’enchaîner avec la réponse à la dernière partie de ta question : en général, mon étude des textes sacrés et mes évasions dans les mondes imaginaires coexistent très bien en moi et se complètent. Les deux participent, d’une manière différente, à ma façon de concevoir et d’approcher le monde. Les deux sont aussi essentiels pour moi. Toutefois, il est vrai que faire coexister les deux n’est pas toujours facile, car ces deux domaines demandent de la disponibilité d’esprit et du temps : arriver à trouver un équilibre n’a pas été évident. Une étape essentielle a été la reconnaissance du rôle de l’écriture pour moi, que j’ai parfois été tentée de nier pour consacrer « plus de temps aux choses importantes », jusqu’à ce que je réalise que l’écriture m’était indispensable pour garder le plaisir et l’envie de faire aussi tout le reste.

Marie – Merci beaucoup pour cette réponse. 🙂 J’aime beaucoup la façon dont tu parles des textes sacrés et de ce qu’il t’apporte : une recherche de compréhension du monde, d’ouverture, de tolérance. De plus, je suis comme toi dans mon rapport à l’écriture, me semble-t-il, car je le considère aussi comme un exutoire pour des éléments difficiles à porter de la vie — en plus d’être une source d’accomplissement en tant qu’individu, ce qui va probablement ensemble. Et, tout comme toi, quand je n’ai plus le temps d’écrire, je crois que cela joue sur mon bien-être global.

Un dernier petit mot pour la route, sur ton actualité, tes projets et tout ce que tu souhaites ajouter ?

Sara – D’abord un grand merci à toi pour avoir mené cet échange, pour tes questions et ton intérêt sur mes projets.
J’espère être présente en salons dès qu’il reprendront ; en attendant, la maison d’édition Noir d’Absinthe est en train de concocter un évènement en ligne pour fin juin, où plusieurs auteurices de la maison seront présents – et auquel je participerai peut-être, si mon emploi du temps me le permet. Et bien sûr, je continue l’écriture des projets dont nous avons parlé dans l’interview (en ce moment, essentiellement le tome 2 de Sous les ailes du dieu corbeau et le tout début du projet biblique évoqué dans l’une des dernières questions).


Bon courage et bonne chance à toi aussi pour tes projets d’écriture !

Marie – Merci Sara ! Je souhaite que les ailes du Dieu Corbeau, Panthère-des-Ténèbres, Éléphant-de-Lumière… te portent encore très loin dans ta vie d’autrice !

Pour découvrir plus l’univers chatoyant et merveilleux de Sara, je vous invite à lire Mojunsha, un roman inspiré de la mythologie indienne, ainsi que Sous les Ailes du Dieu Corbeau, plus young adult, qui se place dans le même monde. Dites m’en des nouvelles ! 

Mojunsha, roman inspiré de la mythologie indienne

Entretien avec Jean-Philippe Jaworski

Partager avec vous mes écrits, c’est bien. Mais échanger autour de la littérature, de la fantasy et du fantastique en général, c’est encore mieux ! C’est pourquoi j’ai décidé de vous proposer des entretiens avec des écrivains dont j’aime la plume et qui traitent de thématiques proches des miennes : littératures de l’imaginaire, romans situés dans les antiquités de notre Histoire, récits mythologiques… Mon but est aussi de vous faire découvrir des auteurs et des autrices peu connus, car j’ai la chance d’en connaître un certain nombre (et ils ont un de ces talents !).

Pour inaugurer cette nouvelle aventure, cependant, je ne suis pas allée chercher un anonyme, loin de là. J’ai eu le courage un peu fou de contacter l’un de mes auteurs favoris, l’écrivain qui a donné vie, je les cite pêle-mêle, à Benvenuto, Suzelle et Bellovèse. Jean-Philippe Jawroski a très gentiment accepté de répondre à mes questions. Je l’en remercie beaucoup.

Je vous propose donc en exclusivité une interview de Jean-Philippe Jawroski, l’auteur de Gagner la guerre, Rois du Monde, Janua Vera, Le Sentiment du Fer, entre autres.

Notez que je n’ai pas pu m’empêcher d’être terriblement bavarde moi aussi… 🙂

interview de Jean-Philippe Jaworski

Écriture de fiction et jeu de rôle

 

Marie : Pour commencer, j’ai envie de parler un peu de jeu de rôles, parce que je me dis que cela doit ou a dû nourrir votre plume à un moment ou un autre de votre parcours d’écrivain.

Alors, ma première question sera celle-ci : en premier, l’écriture ou le jeu de rôle ? Et quel lien entre l’un et l’autre ?

 

Jean-Philippe :Voici une question faussement simple, et j’imagine que c’est délibéré de votre part ! En ce qui me concerne, le goût pour l’écriture est antérieur au jeu de rôle. J’ai eu une vocation précoce pour la plume, dès l’enfance, alors que je n’ai découvert le jeu de rôle qu’à l’adolescence. Toutefois, les choses sont plus complexes dans le processus créatif. Dans mon enfance, l’écriture représentant un mode d’expression de l’imaginaire, elle n’était qu’une forme un peu plus élaborée et scolaire de jeu. Le dessin, que je pratiquais beaucoup, était aussi une façon de me raconter des histoires, ce qui revenait un peu à les jouer mentalement.

Les arts dans leur dimension figurative, narrative ou théâtrale, puisent à la même source que le jeu et réciproquement. Il s’agit de ce que l’on appelle couramment l’imagination et de ce que le psychanalyste D.W. Winnicott définit comme une aire intermédiaire d’expérience, une sorte d’interface entre la subjectivité de la vie intérieure de tout un chacun et le rapport au monde réel. Le partage de cette aire imaginaire est à l’origine des expériences ludiques et artistiques – ainsi que religieuses et philosophiques, ajoute Winnicott. Sans aller jusqu’à la religion ou la philosophie, je suis persuadé que le plaisir du jeu et du récit sont liés dès la petite enfance, et dans mon parcours, je n’ai fait que raffiner ces pratiques en vieillissant. Plus tard, j’ai trouvé confirmation dans l’histoire et dans l’histoire littéraire de cette complémentarité entre le jeu et la littérature. Dès la naissance du roman, il existe une certaine interactivité entre le conteur et le public, nous rapporte Martin Aurell dans son essai Le Chevalier lettré. Nombre de tournois médiévaux ou de joutes italiennes de la Renaissance étaient scénarisés, les participants, qu’ils fussent chevaliers ou dames, jouant le rôle de personnages de roman : ainsi, au tournoi du Hem, en 1278, le comte Robert d’Artois incarne Yvain, le chevalier au lion, tandis que la dame de Longueval qui préside à la fête joue Guenièvre. Ce tournoi devient ensuite matière à un roman, Le Roman du Hem, écrit par Sarrasin. On voit comment, dès le XIIIe siècle, l’imaginaire circule du roman au jeu et du jeu au roman, bien avant l’invention formelle du jeu de rôle.

Pour répondre à la deuxième partie de votre question, le lien principal entre jeu de rôle et écriture se trouve donc dans l’expression de l’imaginaire. En ce qui me concerne, c’est la quête d’évasion qui me porte vers l’une et l’autre activité ; les processus de construction de l’univers et des personnages y sont très semblables. En revanche, la forme en est très différente. L’écriture du jeu de rôle, qui ne fournit qu’un support à la création finalisée par la partie, demande une clarté quasiment didactique pour permettre au maître de jeu d’accéder rapidement à l’information ; l’écriture du roman doit être plus suggestive et cultiver le sous-texte qui fait voyager l’imaginaire du lecteur. Sur le plan narratif, l’écriture d’un scénario doit construire une arborescence ouverte tandis que la composition d’un récit conduit à un resserrement progressif des horizons d’attente. Enfin, la communion avec l’imaginaire du public se fait selon des voies différentes. Pour le maître de jeu qui conçoit un scénario et le fait jouer, la réception est immédiate ; elle est différée pour l’écrivain. La gratification apportée par l’œuvre est donc d’un autre ordre.

 

Interview de Jean-Philippe Jaworski : l’écrivain et ses personnages

 

Marie :  Puisque vous parlez d’interface entre intériorité et monde extérieur (donc, dans le cas de la littérature, les autres, ceux qui vous lisent), je me demandais si l’écriture vous permettait d’exprimer des ressentis profonds, voire des réflexions sur le monde. Je reviens à un passage que j’ai lu dans Chasse Royale, II-2. Bellovèse nous dit, alors qu’il est captif, qu’il est en train d’apprendre le détachement, comme son cocher Mapillos, et il précise : « Or cette aptitude-là n’est pas une qualité de guerrier. Chez l’esclave, c’est la première condition de la survie. Mais chez l’homme libre, c’est la vertu du sage — ou celle du roi. »

J’ai beaucoup aimé cette réflexion. De manière générale, j’aime cette littérature qui nous amène à réfléchir, qui nous nourrit et nous aide à affiner notre regard sur nous-même et sur le monde, qui nous interpelle en nous disant : « Mais n’est-ce pas ce que je suis en train de vivre, là ? » . Ma question est donc : l’écriture est-elle pour vous la manière la plus « adaptée », la plus « facile », de partager vos impressions et vos réflexions ? Vos personnages qui se confient confient-ils aussi des petits morceaux de vous ?

Jean-Philippe : Je ne suis pas sûr que l’écriture soit la manière la plus adaptée de partager mes impressions et mes réflexions. Une discussion franche et amicale me paraît être un mode de partage aussi facile et adapté, sinon plus. Bien sûr, la spontanéité de la discussion peut parfois nuire à la clarté des idées ; d’un autre côté, le dialogue permet aussi d’affiner et de nuancer un propos. Quant aux textes de fiction, eh bien ce sont des textes de fiction. Vous l’évoquez vous-même : ce sont les personnages qui se confient, pas moi. Naturellement, je vais puiser dans mes souvenirs, mes expériences et mes impressions du matériau pour nourrir la narration ou les conversations romanesques. Mais je n’exploite dans cette ressource personnelle que ce qui est compatible avec le profil des personnages ; je nourris également la composition de spéculations et d’emprunts à des références livresques, théâtrales, cinématographiques ou ludiques. Les réflexions que je prête aux personnages pour leur donner une consistance psychologique ne sont donc pas forcément les miennes, et vont parfois même à l’encontre de mes opinions. Par exemple, l’anomie de Benvenuto et le machiavélisme du podestat Ducatore illustrent ce que je réprouve au plus haut point ; dans la composition de Bellovèse, je m’efforce de réfléchir à rebours de mon penchant rationaliste. Cela représente à la fois une difficulté et un grand plaisir de la composition romanesque : « se transporter en pensée à l’intérieur de quelqu’un », notait Yourcenar, en se passant « le plus possible de tout intermédiaire, fût-ce de (soi)-même ». Plus que dans les réflexions de mes personnages, qui reflètent tour à tour mon regard, son contraire ou autre chose, je pense que je me livre davantage dans les lignes de force narratives et esthétiques de mes fictions, tropismes thématiques ou poétiques dont je ne suis que partiellement conscient.

Benvenuto, le personnage principal de Gagner la guerre : un héros… atypique !

 

Les femmes dans les univers de l’auteur

 

Marie : J’ai cru voir le mot « empathie » dans votre réponse, mais en la relisant attentivement, je réalise que vous l’exprimez sans la nommer, du moins est-ce ainsi que je le vois. Je trouve que c’est une très belle expérience de lecture que de plonger dans des personnages que l’on désapprouve et, dans le même temps, de suivre leur cheminement et d’arriver à les aimer (ou presque, en tout cas à les comprendre) sans accepter leurs actes. (Et, bien entendu, l’autrice que je suis considère également que c’est une grande expérience d’auteur !)
Votre réponse m’inspire beaucoup de questions. Je reviendrai ensuite à votre esthétique littéraire, mais je voudrais rester encore un peu sur votre rapport à vos personnages. Vous savez peut-être, ou peut-être pas, que certaines lectrices se sentent quelquefois frustrées de ne pas trouver de personnages féminins dans lesquels elles arrivent à se projeter. Je parle en mon nom et en celui de quelques amies. Je ne vous lirai pas avec autant de plaisir si vos personnages féminins ne résonnaient pas en moi par leur authenticité et leur variété. On ne peut pas dire qu’elles soient faites sur le même moule, même si ce sont souvent des femmes fortes ! Est-ce que cela vous semble difficile de vous « transporter en pensée à l’intérieur » d’une femme, pour vous citer citant Marguerite Yourcenar ? Ou est-ce une chose naturelle puisque, somme toute, nous sommes tous des êtres humains pensant, agissant, rêvant, espérant… ?

Jean-Philippe : Vous avez raison, il existe une dimension empathique dans la composition de personnages étrangers à soi. C’est assez singulier de parler d’empathie à propos de personnages fictifs, car dans les faits cela signifie se mettre à la place de personne. Mais le plus singulier est sans doute qu’on apprend parfois de ces personnages, un peu comme j’apprends parfois de mes élèves. Avez-vous lu Aristoï, de Walter J. Williams ? C’est un roman de space opéra où Williams imagine que des mondes sont gouvernés par une méritocratie où les dirigeants sont parvenus à un niveau de puissance presque divin. Leur psyché comporte des « démons », à prendre dans un sens platonicien, qui ont des individualités à part entière avec lesquelles ils tiennent de véritables délibérations intérieures. J’incline à croire que Williams s’est inspiré de ses propres relations avec ses personnages et les a transposées en matériau romanesque. La première partie de Noé, de Jean Giono, comporte aussi des pages extraordinaires sur la cohabitation d’un écrivain et de ses personnages, dans laquelle je me reconnais en partie.

En tout cas, je suis très flatté que vous preniez plaisir à lire les pages consacrés aux personnages féminins de mes bouquins. Je m’en explique en répondant à votre question :

Je vais répondre par l’affirmative à vos deux interrogations, malgré leur apparente contradiction. Oui, cela me semble difficile de me « transporter en pensée à l’intérieur » d’une femme. Non que je nie la part féminine de ma sensibilité, d’ailleurs. Mais mon éducation et mon expérience génèrent des angles morts dans ma perception du monde, qui me rendent plus compliquée la composition des personnages féminins. Voici quelques anecdotes qui éclairent cette difficulté. D’abord mon éducation : j’ai fait tout mon secondaire dans un établissement jésuite qui n’accueillait que des garçons. A un âge clef, cela oriente profondément la personnalité. Par ailleurs, je continue à réaliser, parfois tardivement, que je dispose de privilèges masculins dont je ne suis pas conscient et dont ne bénéficient pas les femmes qui partagent mon quotidien. Par exemple, je n’ai jamais subi de harcèlement de rue. Chaque jour, je vais courir ou marcher en forêt en solitaire, alors que c’est une chose qu’évitent de faire mes relations féminines, qui préféreront se promener en compagnie d’une autre personne ou d’un chien. Il en résulte que mon rapport au monde est forcément différent. Dès lors, la création d’un personnage féminin me demande un effort de décentrage plus important que celle d’un personnage masculin. La composition de ces personnages repose un peu plus sur mes observations et, si je ne m’interdis pas de leur prêter certaines de mes impressions, je le fais avec plus de circonspection, de crainte de gauchir la vraisemblance de leur psyché.

Janua Vera, le recueil de nouvelles dans lequel vous ferez la connaissance du très beau personnage féminin de Suzelle !

Ceci dit, je prête à mes personnages féminins une énergie, des motivations, des qualités et des défauts que j’espère aussi variés et complexes que ceux de mes personnages masculins. Une fois que j’ai cerné leur personnalité, je trouve effectivement intéressant de la nourrir de notre commune humanité. Cela devient naturel, mais après un effort de composition plus ou moins long. J’ajoute que certaines de ces femmes sont des personnages très vivants dans mon imaginaire : Suzelle dans Janua vera, Clarissima dans Gagner la guerre, Dannissa, Prittuse et Cassimara dans Rois du Monde. J’ai d’ailleurs en tête d’autres « femmes puissantes » pour mes romans en projet.

 

Marie : Je connais bien Giono, même si c’est surtout pour son rapport à la nature sauvage que je trouve littéralement habitée dans ses écrits. D’ailleurs, j’en profite aussi pour rebondir là-dessus, en m’excusant si ma pensée a un peu des allures de cabri sautant dans tous les sens ! L’un des plaisirs que j’ai à vous lire est en effet celui de l’immersion dans un environnement très prégnant, notamment au niveau des descriptions « géographiques ». Je retrouve rarement ce plaisir de la description qui s’attarde en se mélangeant à l’action dans des romans, aussi je savoure comme une gourmandise les écrits qui prennent le temps de bien détailler et singulariser l’environnement naturel. Je souhaitais vous demander d’où vous venait cette plume si soucieuse de la géographie et qui plante aussi bien ses personnages que ses décors. D’un rapport particulier à la nature (les marches en forêt en solitaire) ? Ou cela fait-il partie d’un souci plus global de poser une atmosphère très immersive pour le lecteur, à tous les niveaux ?

Je reviens également à votre réponse sur les personnages féminins. Je suis ravie d’abord d’apprendre que vous avez en tête d’autres beaux portraits de femme. Et je dois absolument rebondir sur votre évocation de Suzelle, dans la mesure où cette nouvelle a été ma porte d’entrée dans votre univers. Votre capacité à concentrer toute une vie dans un format court m’a marquée, autant que le destin de ce personnage et la poésie de la forme. De mon point de vue féminin, je le considère d’une grande justesse. Il m’a rappelé un roman de Sally Salminen, Katrina, qui narre une vie de femme en apparence manquée. Suzelle, et évidemment Annoeth, m’ont posé la question du sens de la vie presque dans un sens métaphysique. 🙂

 

Jean-Philippe : Merci pour votre retour sur Le Conte de Suzelle, j’en suis très flatté. Pour la petite histoire, le texte avait été rejeté par une anthologiste (et romancière assez connue de l’imaginaire français) qui m’avait reproché avec beaucoup de véhémence d’avoir mélangé féerie, paysannerie et patois. (En fait de patois, il s’agissait de quelques mots d’ancien français…) Bien que le sujet soit très différent, l’esprit du conte devait pas mal à Un cœur simple de Flaubert et à Une vie de Maupassant.

Le lien que j’opère entre la peinture des personnages et celle de leur cadre repose avant tout sur un souci d’immersion. Bien sûr, il est nourri par mon goût pour la marche et par l’observation du monde qui m’entoure. Mais j’utilise ces impressions personnelles au service du récit. Il me semble que pour donner de l’épaisseur aux personnages, il faut leur prêter des sensations ; or une partie de ces sensations, outre leur rapport aux animaux, aux hommes et à la spiritualité, leur vient nécessairement de l’interaction avec les paysages. Dans une optique somme toute assez romantique, je peins la nature pour étoffer les acteurs du drame. Cela explique d’ailleurs le registre lyrique qui apparaît fréquemment sous ma plume, et qui n’est pas toujours délibéré de ma part.

 

Pourquoi les Celtes ?

 

Marie : Je suis une grande passionnée d’histoire et notamment d’histoire antique et j’aime beaucoup aussi écrire des textes inspirés de la mythologie grecque. Rois du Monde devait fatalement me plaire. Ma question suivante est donc : pourquoi l’antiquité et la mythologie celtes ?

 

Le cratère de Vix, un exemple d’art celte. (© Crédits photo ©Morio60)

 

Jean-Philippe : Différentes raisons m’ont poussé à prendre un sujet celte. Quelques expériences de jeunesse, pour commencer. Encore enfant, un copain m’avait amené à découvrir les vestiges d’un site appelé à tort un « camp romain », qui était en fait un oppidum celte du Ve siècle avant notre ère. Quelques années plus tard, alors que j’étais étudiant, j’y suis retourné pour participer à une campagne de fouilles archéologiques. J’en ai gardé une vraie curiosité pour la civilisation « gauloise » – terme que je ne prise guère, quoiqu’il soit celui que nous imposent notre langue et l’histoire, puisqu’il ne s’agit pas du nom que les Celtes se donnaient à eux-mêmes. Un peu plus tard, alors que je commençais à concevoir des projets romanesques, j’ai réalisé que cette civilisation était quasiment inexploitée par la fiction. Les Celtes insulaires (ceux des îles britanniques) ont été abondamment traités depuis la matière de Bretagne médiévale jusqu’à nos jours. En revanche, les Celtes continentaux de l’antiquité, hormis ceux ayant résisté à la conquête romaine, n’ont guère été abordés par la littérature ou le cinéma. Il y avait une cause évidente à cet angle mort : il ne s’agit pas encore d’une civilisation historique et les sources à son sujet sont très lacunaires. Toutefois, des progrès considérables ont été faits dans les connaissances sur les deux âges du fer celtes au cours des dernières décennies, grâce à des recherches archéologiques, linguistiques, épigraphiques et grâce à l’analyse critique des auteurs latins et grecs. Je disposais donc d’un vaste terrain fictionnel à investir ; revers de la médaille, il demandait un énorme travail de documentation, de spéculations et de synthèse. Cela m’a effrayé au début – mais le défi m’a stimulé, peut-être par masochisme, surtout parce que je pense qu’un bon sujet impressionne par le travail qu’il va nécessiter. Je m’y suis lancé sans avoir la certitude de pouvoir le mener à terme – de fait, les difficultés sont apparues dès les premières pages : comment parler de commerce dans une société qui ignore la monnaie ? Quels arbres poussaient en Europe au premier âge du fer, quels sont ceux qui ont été introduits plus tard ? Comment reconstituer des mythes (et des théonymes) dont ne connaît souvent que des versions galloises ou irlandaises beaucoup plus tardives ? Essayer de construire un récit possédant des accroches romanesques tout en se livrant à une reconstitution vraisemblable ressemblait à une sorte d’exploration créative : cela promettait d’être harassant, mais c’était aussi exaltant. Alors j’ai cédé à l’appel de cette aventure tout intérieure.

 

Interview de Jean-Philippe Jaworski : l’écrivain à l’œuvre

 

Marie : Vous parliez tout à l’heure de romantisme et de lyrisme, et je ressens bien cela quand je vous lis. Votre style est très reconnaissable, très exigeant, très littéraire, et je crois que c’est aussi grâce à ce style que vous réussissez à toucher votre public. J’aimerais beaucoup savoir comment vous abordez la phase de l’écriture par rapport à cela. Les mots et les tournures vous viennent-ils facilement ? Êtes-vous souvent « emporté » par l’inspiration ou passez-vous beaucoup de temps à travailler et retravailler le texte ? Je pense à une phrase de Céline qui disait dans une interview qu’il saignait lorsqu’il écrivait pour essayer de trouver les mots justes (je ne retrouve malheureusement plus la référence, aussi j’espère ne pas trahir son propos en me fiant à ma mémoire). Je me demandais donc quel était votre rapport à cela.

Jean-Philippe : Pour ce qui est de la rédaction à proprement parler, je suis un tâcheron. Il existe des écrivains miraculeux capables d’écrire vite et bien – Molière, Hugo, Cocteau, Giono… (Quitte d’ailleurs à le payer par des problèmes de santé ou des addictions sévères à la drogue.) Je ne ferai jamais partie d’un tel aréopage. Il existe beaucoup d’écrivains qui, pour des raisons contingentes, se trouvent contraints d’écrire vite et mal. Je fais de mon mieux pour éviter de tomber dans ce travers. Je suis donc un auteur laborieux. Je rumine le texte phrase par phrase, j’hésite, je reformule, je corrige, j’élague. Vous évoquiez Céline et son rapport à l’écriture. Disons que sans aller jusqu’à certaines de ses outrances comme « ce roman qu’il faut finir me tue », je me reconnais assez bien dans sa boutade : « Ah la griserie d’écrire ! on me la copiera ! » Non que je nie cette griserie, d’ailleurs… mais c’est une expérience fugace que je n’éprouve que pour quelques pages sur l’ensemble d’un roman. Le plaisir est davantage en amont, pendant les phases de rêveries qui amènent à la composition, et en aval, quand on a franchi cet Everest qu’est l’achèvement du livre.

Marie : Restant sur le travail de l’écrivain, je relaie une question qui occupe beaucoup l’une de mes amies qui écrit également. Elle et moi nous sommes offert récemment une lecture commune de Rois du Monde. Partageant nos impressions, elle s’est demandé si vous étiez de ces écrivains qui planifient le récit de leur roman de A à Z ou si vous vous laissiez porter par vos personnages et par l’intrigue. Architecte ou jardinier ? Comme vous venez de me dire que vous étiez un tâcheron, je crois deviner votre réponse, mais je me trompe peut-être. 🙂

Jean-Philippe : Architecte ou jardinier ? Eh bien, pour sauter directement à la synthèse, je serais plutôt paysagiste. Je dessine les grandes lignes d’un jardin (à l’anglaise plutôt qu’à la française) et à l’intérieur de ce clos, le récit pousse avec une relative liberté. En règle générale, je définis plusieurs éléments au départ. Le plus important est le sujet ; vient ensuite un arc narratif plus ou moins détaillé, dans lequel je vais en particulier fixer ma ligne d’arrivée, et certaines étapes intermédiaires qui me permettront ultérieurement d’établir des préparations. Lorsque la narration est déchronologique, l’arc narratif doit être plus précis que lorsque la narration est chronologique. A l’intérieur de ce cadre, je m’accorde des plages plus ou moins grandes de liberté diégétique. Cette liberté dépend d’ailleurs moins de ma fantaisie que des contingences du sujet, de l’univers et des personnages. Le sujet est vraiment la pierre d’angle de la composition. Julien Gracq l’a exprimé infiniment mieux que je ne saurais le faire : « Un vrai sujet a une pente secrète : si vous cherchez à le préciser, et même sur quelque détail secondaire, il ne vous laisse pas plus dans l’embarras qu’un relief vigoureux ne laisse dans le doute la goutte d’eau de pluie qui tombe sur lui et qui l’interroge sur la direction à prendre. Il tient en quelques lignes, il se laisse embrasser d’un coup d’œil, et il a réponse à tout. » C’est donc de la rencontre entre le sujet et le profil des personnages que surgissent souvent des inflexions dans le récit ; certaines sont prévisibles, d’autres sont inattendues. C’est un grand plaisir du romancier que de voir ainsi se dégager, au fil du processus créatif, des méandres ou des perspectives inattendus, qui font que l’on « découvre » un peu le récit en même temps qu’il s’écrit. (Ce qui n’exclut pas les impasses ni les bras morts.) Tolkien notait dans sa correspondance qu’il avait plus l’impression de restituer quelque chose qui avait existé que de l’inventer ; j’incline à croire qu’il suivait en fait la pente de son sujet en appliquant à la fiction la méthode de spéculation linguistique que le professeur de philologie utilisait dans ses recherches. Simplement, au lieu d’opérer une analyse hypothético-déductive pour dégager la sémantique d’un mot ancien, il le faisait à partir de la matière donnée par son sujet pour développer son « arbre intérieur », la croissance de la fiction. Dans ma façon de travailler, afin que cette croissance soit canalisée, je lui donne pour tuteurs l’arc narratif et les étapes préalablement définies.

 

Marie : Je souhaitais terminer en vous demandant si l’année étrange que nous venons de passer, faite de confinements et d’isolements, de débats et de polémiques en tous genres, de remises en question parfois, que ce soit au niveau individuel ou sociétal, avait impacté / impacte encore votre vie d’écrivain. Je pense au manque de contact avec vos lecteurs, bien sûr, mais aussi à la capacité créatrice, qui peut être mise à mal ou au contraire puiser des ressources dans ces conditions particulières ?

 

Jean-Philippe : Le confinement en soi ne m’a pas gêné. J’ai la chance de vivre sous une lisière, ce qui fait que je n’étais pas privé de nature, et je m’accommode assez bien de la solitude. J’ai essayé de tenir à distance raisonnable les polémiques – ce qui n’était pas toujours évident.

Cependant, mes activités d’écrivain ont été fortement impactées, tout simplement parce que je suis professeur. En fait, avant même la crise sanitaire, elles ont été mises en veille par la réforme du lycée. Il a fallu refaire l’intégralité des programmes pendant l’année scolaire 2019-2020 ; j’ai prévenu mon éditeur qu’il ne me serait pas possible d’écrire dans ces conditions. J’espérais quand même avoir bouclé toutes mes préparations de cours pour le printemps, ce qui m’aurait permis de reprendre l’écriture vers le mois d’avril 2020. Or le confinement nous a imposé une continuité pédagogique à partir du mois de mars. Gérer le travail d’une centaine d’élèves en classe est une chose ; gérer le même travail d’une centaine d’individus éparpillés en est une tout autre. La désorganisation de l’Education nationale a été telle que, lorsque j’ai repris l’enseignement en présence des élèves, j’ai été affecté à d’autres classes et à d’autres niveaux que ceux que j’avais au début de l’année scolaire. Dans ces conditions, il m’a été impossible d’écrire jusqu’en juillet. En ce moment, la reprise des cours en distanciel me fait d’ailleurs craindre de me retrouver à nouveau incapable de dégager du temps pour écrire.

 

Marie : Et que suscitent chez vous les difficultés que vous avez à trouver le temps pour écrire ? En fait, finalement, je pourrais presque vous demander si écrire est un besoin pour votre équilibre de vie ?

 

Jean-Philippe : Manquer de temps de temps pour écrire peut offrir des avantages un peu inattendus, mais présente surtout beaucoup d’inconvénients.

En quoi est-ce positif ? C’est une contrainte, or une contrainte est créatrice si elle est affrontée. Concrètement, le défaut de temps force à être méthodique si l’on veut rester productif ; la frustration qu’entraînent les périodes où le manuscrit dort renouvelle l’envie d’écrire et favorise la maturation inconsciente du récit ; revenir au texte après une interruption de plusieurs jours ou plusieurs semaines permet de se relire et de se corriger avec plus de recul. Cependant, le parti qu’on peut tirer de cette situation n’en compense pas les écueils. Après chaque interruption, il faut fournir un effort de ré-appropriation pour reprendre le fil de la composition ; quoi qu’on fasse, l’avancement des manuscrits est lent alors qu’on ne dispose pas d’un moment pour soi (cela fait plus de dix ans que je n’ai pas pris de vacances) ; quand on a la chance d’avoir un public, celui-ci vous met une pression aimable mais réelle, ou bien abandonne un cycle en cours parce que la publication des volumes est trop espacée à son goût ; à force, la santé s’en ressent fatalement – j’ai déjà reçu un ou deux ultimatums de la part de mes médecins. Dans ces conditions, l’écriture contribue-t-elle à l’équilibre ? Pas vraiment. Cela ressemble plutôt à une activité masochiste. Il m’arrive parfois d’avoir la nostalgie de l’époque où je n’étais pas publié : j’avais alors une qualité de vie bien meilleure ! Visites de famille, parties de jeu de rôle, parties de grandeur nature, tunnels nolife sur MMORPG, théâtre, tourisme, lectures pour le plaisir (et non pour le travail)… Autant d’activités désormais réduites à portion congrue ou abandonnées. Sans parler des amis que l’on perd peu à peu parce qu’on est moins disponible. Pour autant, est-ce que j’abandonnerais l’écriture ? Jamais. Tropisme ? Névrose ? Vanité ? Addiction ? Fatalité ? Allez savoir. Ce qui est certain, c’est que je me réalise dans cette activité et que je suis donc prêt à lui sacrifier beaucoup.

 

Marie : Pour notre plus grand plaisir ! Merci pour cet entretien passionnant.

Jean-Philippe : Merci pour votre curiosité et pour m’avoir ainsi offert l’occasion de bavarder !

 

J’espère que cet interview de Jean-Philippe Jawroski vous a plu !

Si vous ne connaissez pas encore cet écrivain (est-ce possible ?),  je vous conseille de profiter de la sortie imminente, en mai 2021, du troisième tome de Chasse Royale chez Folio SF. Il s’agit de la série Rois du Monde qui se situe chez les Celtes. Une vraie merveille et plusieurs heures de lecture en perspective !

Retrouvez aussi Benvenuto et les autres personnages de Gagner la guerre dans l’adaptation BD de Frédéric Genêt (Éditions du Lombard), dont le troisième tome, La Mère Patrie, est sorti en février 2021.

Et, enfin, le roman graphique Le Service des dames, adapté et illustré par Sébastien Hayez, paru en mars 2021 chez Les Moutons électriques dans la collection « La Bibliothèque dessinée ». 😉

 

Image d’en-tête : couvertures des différents tomes de Rois du Monde par Aurélien Police.

Merci à l’auteur pour l’autorisation d’utilisation de son image.